Satanée salope

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L’inspecteur Pelletier n’aurait jamais imaginé passer une journée comme celle-ci. Le réveil avait été doux, après un rêve dans lequel il s’était vu au lit avec son plus grand fantasme. Le sourire jusqu’aux oreilles, Franck était resté quelques minutes au lit pour profiter des dernières bribes de rêves encore accrochées à son esprit. Il avait pris une bonne douche froide et un petit déjeuner copieux avant d’aller au travail. Et son téléphone avait sonné. Depuis il était dans la salle d’interrogatoire avec un individu qui le faisait frissonner. Ce dernier avait déjà avoué les meurtres, il avait appelé la police lui-même, mais Franck devait tout de même faire son travail et en savoir plus.

  • Que s’est-il passé, Julien ? Pourquoi avoir tué votre femme et vos voisins ?
  • Je l’ai saigné comme une truie et…
  • Non, non, non. Je veux tout savoir, reprenez depuis le début. Depuis le tout début. Je vous ai demandé « Pourquoi » et pas « Comment ». Ce n’est pas ça qui m’intéresse là tout de suite.
  • Qu’est-ce qui vous intéresse alors ?
  • Je vous l’ai dit, comprendre votre acte.
  • Quel intérêt ?
  • Je suis curieux d’en apprendre plus sur le Mal.
  • Le Mal ? Comme vous y aller, ah ah ah ! Je ne suis qu’un homme, comme vous. D’ailleurs, je suis sûr qu’on se ressemble plus que vous ne le pensez. On est fait du même bois, je peux le voir dans vos yeux. Tout peut basculer d’une min…
  • Pourquoi les avoir tués, Julien ? Etait-ce un acte prémédité ? Un coup de folie ? Votre femme couchait-elle avec votre voisin et vous avez vu rouge ?
  • Vous ne posez pas les bonnes questions, inspecteur.
  • Eclairez-moi alors.
  • Bon. Je suis né un jeudi, vers 22 h 45, un soir de Mai. Il faisait très chaud d’après mes parents et je…
  • Ne remontez pas aussi loin, ne faites pas le malin.
  • Vous disiez vouloir comprendre le « Mal », vous le ne voulez plus ?
  • Je ne pense pas qu’une naissance peut vous amener à basculer. Et je ne suis pas psy, ce n’est pas à moi de décider si vous êtes un taré ou un psychopathe.
  • Oh ! Un peu de tenue, inspecteur. Je vous l’ai dit, je ne suis qu’un homme comme vous, un homme qui a brisé ses chaînes.
  • Pourquoi les avoir tués ? Je ne vais pas jouer à ce jeu toute la journée.
  • Bon d’accord, mais c’est bien parce que je vous aime bien et que je trouve qu’on se ressemble. Cette satanée salope, ma femme donc, voulait que j’arrête d’écrire. J’écris un livre, enfin j’écrivais, je l’ai terminé avant que la police arrive d’ailleurs. Bref, elle voulait que j’arrête d’écrire, soi-disant que je ne la regardais plus, que je ne la touchais plus, bla bla bla. Tu m’étonnes, je n’allais pas fourrer une grosse vache qui prend pas soin d’elle…
  • Vous l’avez donc tué parce qu’elle voulait que vous soyez son mari, un homme, un vrai qui respecte sa femme ? Ou parce qu’elle ne correspondait plus à la femme que vous aviez épousé ?
  • Elle braillait, elle faisait que ça. Alors que moi je voulais juste continuer et mettre un point final à l’histoire que j’avais en tête. J’ai résisté, mais hier je n’en pouvais plus. J’écrivais un moment crucial et elle est venu pour m’emmerder.
  • Et vos voisins ?
  • On peut se tutoyer, tu sais.
  • Et TES voisins, qu’est-ce qu’ils viennent faire là-dedans ?
  • Ils l’ont entendu gueuler quand je lui ai planté le stylo dans la jugulaire. Ils sont venus, ils ont tambouriné à la porte et voilà. J’allais pas les laisser appeler les flics, pas avant d’avoir terminé mon histoire.
  • Et les langues arrachées ?
  • Je te l’ai dit, cette satanée salope parlait trop, et mes voisins aussi. On se faisait des repas à l’occasion et ils jactaient, ils me racontaient leur vie, qu’est-ce que j’en avais à foutre. J’ai encaissé, des semaines, des mois et au final ben j’ai craqué, et bordel ça fait du bien.
  • Vous m’avez… Tu m’as l’air sain d’esprit pourtant.
  • Excepté le fait que j’ai massacré ma grognasse et mes enculés de voisins ? Bien sûr. C’est juste un petit détail.
  • Et pourquoi tu t’es rendu juste après ? Tu n’avais pas envie de continuer à tuer pour le plaisir ? Tu as eu des remords ? Un brusque retour à la réalité ?
  • J’ai terminé d’écrire en attendant les poulets, et écrire avec du sang, ça en jette ! Les feuilles sont encore chez moi, si tu veux lire mon histoire.
  • Je vais m’en passer. Qu’est-ce qui amène quelqu’un à commettre pareil acte ?
  • Le Mal comme tu dis, une libération, ah ah ah.
  • Je veux comprendre.
  • T’es sûr ? Tu n’es pas prêt, pas encore du moins.
  • Essaye tout de même, j’en ai vu passer des fous, des psychopathes, des sociopathes. Je n’arrive pas te mettre dans une des cases. Et ça m’intrigue.
  • Pourquoi me définir ? Et si j’avais juste envie de le faire à l’instant T ? Y a des choses qui ne s’expliquent pas. Tu y as déjà pensé, avoue.
  • Pensé à ?
  • A te libérer, à tuer. C’est grisant !
  • Je suis du bon côté de la loi, je suis là pour arrêter les gens comme toi.
  • Il te suffit d’un pas de côté, tu sais. Rien de plus facile.
  • Mon ex-femme parlait beaucoup, surtout quand je faisais du sport pendant mes congés, mais ça m’est jamais venu à l’esprit de la tuer. Mes voisins font du bruit jusqu’à pas d’heure parfois, là non plus je n’ai jamais eu envie de leur trancher la gorge et de leur arracher la langue.
  • Parce que la porte de l’Enfer qui est en toi ne s’est pas encore ouverte.
  • La porte de l’Enfer ? Pas encore ?
  • Oui, elle finit toujours par s’ouvrir.

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