Chapitre 10: La rencontre du duc de Bourbon
Point de vue de Athanase
— Ce repas était exquis, votre majesté, félicite le duc de Bourbon.
— Votre femme et votre petit garçon ne sont pas venus ? s'interroge le roi.
— Non, car ma femme voulait participer au baptême de notre cousin.
Je vois, comme toujours, le majordome prendre nos plats pour passer au dessert. Mon estomac est à deux doigts de craquer. Jamais à la maison on ne mangeait autant… je n’en ai pas l’habitude…
— Tiens donc mon cher roi, vous invitez des prêtres à votre table ?
Le duc tourne son regard vers moi, le visage couvert de vanité.
— Figurez-vous, que notre cher curé, s'occupera de la messe pour notre petit-fils, Louis-Joseph. Il est en train de le préparer à sa première communion.
— Et le mariage de mon fils, cela avance-t-il ?
Décidément, ce monsieur ne prête aucune attention au roi… j’ai de la peine pour lui et réponds à sa place.
— Monseigneur de Rouen s’occupera du mariage de votre fils avec la princesse d’Orléans. Bathilde, c’est bien ça son nom ?
— Oui monsieur le curé, c’est bien cela. Les tensions que nous avons eu avec eux s'apaiseront enfin. Nous l’espérons de tout cœur.
Ces mariages arrangés m’arrachent l’âme. Pourquoi forcer son fils à épouser une demoiselle, dont il n’est même point amoureux ? Mon Dieu, mon Dieu, je vous les confie entre vos mains…
— Êtes-vous un lève-tôt ou un lève-tard monsieur le duc ? demande la reine très poliment.
— Lève-tard, pourquoi votre altesse ?
Le dessert arrive enfin. Le majordome tend le plat pour que le roi se serve en premier. C’est une mousse à la fraise, avec quelques pâtisseries. Je le vois depuis le bout de la table. Je suppose qu’à ma droite, il s'agit de la princesse de Bourbon, si je ne me trompe pas de nom.
— Parce que monsieur le curé, nous propose de dire les laudes le matin, continue la reine.
— Oh non, hors de question ma reine. Je préfère roupiller que de réciter mes prières.
Décidément, je suis encore bien loin de mes surprises…
— Bien et qu’est ce qu’il vous ferait plaisir ? demande le roi, très amicalement, au duc.
— Un tir au pigeon.
Je vois que le roi n’a pas l’air satisfait de sa réponse. Il s’attendait davantage à une partie de chasse.
* * *
La reine m’a invité dans sa chambre pour que je l’aide à progresser dans ses cours de catéchiste. Pour être honnête, cela m’ennuie terriblement… j’ai l’impression de répéter toujours les mêmes cours. Une servante la coiffe. Elle s’admire devant le miroir et demande à ce qu’on lui mette son collier, que le duc de Bourbon avait rapporté hier.
— Je désire la porter ce soir au bal, qu’en pensez-vous Marthe ?
— Cela vous va à merveille, répond la belle servante, le montrant devant la glace.
— Monsieur le curé ?
— Oui votre majesté ?
Je referme les grandes fenêtres pour me tourner vers elle.
— Est-ce un péché d'être coquette ?
— Non votre majesté, bien sûr que non. C’est un péché lorsque vous commencez à vous aimer vous-même ou à en abuser…
— Oh je vois, merci mon père.
Je retire ce que je viens de dire. Non, pas des leçons de catéchiste, mais des questions plutôt inutiles, sans vouloir la critiquer…
— Seriez-vous partant, mon père, si nous allions voir les sœurs de la sagesse cette semaine ? Il me semble que les soutenir serait un besoin nécessaire.
— Oh oui votre majesté. Elles seraient heureuses si vous pouviez les aider à agrandir leur hôpital pour qu’elles puissent accueillir plus de monde.
Ma réponse semble la satisfaire.
— Et que diriez-vous si vous veniez célébrer une messe là-bas ? Seriez-vous heureux ?
Je rêve où la reine me connaît par cœur ?
— Ça serait une très grande joie ma reine. Venir au secours des pauvres, serait une grande offre de charité. D’ailleurs, j’aimerais visiter l’église pour voir son état, si j’ai votre permission bien sûr.
— Bien sûr mon père que vous pourriez visiter cette église. Ça serait avec joie de vous aidez. Je demanderai à quelques servants de vous aidez. Et comment avance le bal Marthe ?
— Très bien votre majesté. Nous finissons de préparer la table dans le grand salon et nous avons mis le billard dans le salon de musique. Cela vous convient-il ?
— Mettez plutôt le billard dans la petite pièce.
— Bien votre majesté.
Marthe s’abaisse pour saluer la reine et quitte la chambre en prenant des draps avec elle.
— Vous vous ennuyez mon père.
La reine se lève avec un chignon banane, qui est très élégant. Je ne cache pas qu’elle est d'une extrême beauté, mais je ne suis pas venu ici pour trouver les gens beaux.
— Que désirez-vous à part vous occuper de cette église et des petites sœurs ?
— Rien d'autre, votre majesté. Éventuellement, confesser des mousquetaires, si certains parmi eux le veulent…
La reine, d’un geste très délicat, pose la broche à cheveux sur sa ravissante coiffure et se tourne vers moi.
— Soupir, nous rentrons dans un siècle bien compliqué mon père… les gens se détournent de vous…
— Je le sais ma reine. Malheureusement, les gens pensent bien à autre chose… libres sont-ils, comme dirait notre Seigneur, Jésus-Christ.
— Vous me promettez que vous ne partirez pas d’ici ?
Elle a l’air d’être inquiète. J’espère que tout va bien pour elle…
— Je vous le promets, votre majesté.
— Veillez bien sur mes enfants, c’est tout ce que je demande.
— Oui votre majesté. Si jamais vous avez besoin de vous confesser, dites-le moi.
Elle me sourit.
— Nous nous retrouvons demain à la chapelle pour la messe ?
— Avec plaisir mon père. Viendrez-vous au bal de ce soir ?
— Oh non ma reine, ce n’est pas fait pour moi. Le Seigneur m’appelle à d’autres obligations.
— Vous préférez peut-être avoir une cellule ?
La reine est très attentive à mon égard.
— Heu… j’aimerais ma reine, si possible... pour que je puisse dire mes prières durant la journée, si cela ne vous dérange pas…
— Je vais m’en occuper, rassurez-vous. J’aimerais que ce soit vous, qui célèbrez demain.
— Bien votre majesté. Voulez-vous que je le dise à monsieur le cardinal ?
— Non c’est gentil.
Nous quittons sa chambre, et sens son parfum de jasmin, me tourner la tête.
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