Chapitre 13: Roméo et Juliette 

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— Ça sera tout monsieur ?

Je regarde le vendeur de fleurs, avec un bouquet d’œillet et de lys et rends la monnaie. En quittant le marchand, j’hume la douceur des parfums des fleurs et observe l’heure sur la grande horloge de l’église. À mon avis, la princesse a terminé son repas. Elle est éventuellement dehors avec sa famille, avec le bon temps.


* * *


Je monte les grandes marches du château pour chercher ma nouvelle tenue. C’est Ophélie, la couturière, qui doit l'avoir dans sa buanderie. En tournant, je croise la belle princesse qui discute avec une autre princesse. Elles sont toutes les deux ravissantes, mais la princesse de Bourbon est bien plus gracieuse dans ses gestes. Elles sont en train de pouffer de rire, lorsqu’elle me voit dans le couloir. Ses yeux… je les dévore lorsque je plonge mon regard dans les siens. Elle tient un magnifique éventail. Elle porte une sublime chaîne, comme pendentif, sa médaille de baptême et un cœur doré. Elle demande à la princesse de nous laisser seul. Elle nous quitte en rigolant une dernière fois.

— Que désirez-vous, princesse ?

Le soleil joue avec ses cheveux. Elle est plus éblouissante que lorsque je l’avais rencontrée la première fois. Elle s’assoit sur un banc et admire la resplendissante verrière, donnant une vue épatante, sur les bassins.

— Je voulais vous remercier de nous avoir sauvés. Vous risquez votre vie pour nous.

Je me tiens à côté et cache le bouquet de fleurs.

— Je le sais, princesse, mais c’est de mon devoir et vous le savez.

Elle me tend un léger sourire.

— Je ne connais toujours pas votre nom. Vous vous nommez ?

— Étienne Martel, princesse.

Elle a l’air d'apprécier mon nom.

— Vous pouvez m’appeler Adélaïde. Tout le monde me nomme ainsi.

— Et comment va votre père ? J’espère qu’il n’est pas trop effrayé à l'idée qu’un imposteur rôde dans les parages…

Elle replie son éventail et relève souplement son menton.

— Un peu, sans vous mentir… mais, en attendant, il a d’autres projets… il veut que mon frère aîné se marie avec la princesse d’Orléans. Très gentille fille d’ailleurs. J’ai bien peur que mon frère ne l’aime guère et qu’il le fait par simple intérêt…

Mon Dieu, c’est terrible…

— Pensez-vous que votre frère est un assez brave soldat pour la secourir ?

Je taquine son frère. Elle me donne aimablement une frappe sur l’épaule.

— Vous le voyez ainsi mon frère ? Oh d’accord, je vois…

— Et vous, princesse ? Votre père vous a-t-il arrangé un mariage ?

Elle a les joues qui deviennent rouges.

— Pour l’instant non, je suis assez tranquille là-dessus.

Nous savourons ce bon moment, sous la douceur du soleil. J’en profite pour lui tendre le bouquet de fleurs. Touchée par mon geste, elle caresse les fleurs et respire l'agréable odeur des parfums sauvages.

— Merci monsieur Martel. Il, il ne fallait pas.

Pour me remercier, elle enlève sa chaîne en or pour prendre le cœur et l’attache à un autre pendentif pour le mettre autour de mon cou.

— Merci princesse.

— Faites attention à ce que personne ne le voit. On risque de vous dire que vous êtes un voleur.

Nous nous quittons ainsi. Mon cœur bat à la chamade. J’aimerais tant la voir plus longtemps. Lui proposer de faire des balades, de visiter le parc et éventuellement de l’embrasser… soudainement, je percute une personne. Je m'excuse et remarque qu'il s’agit du prince de Bourbon.

— Tiens-donc mousquetaire, que faites-vous là ?

— Je suis venu récupérer ma tenue.

Il goupille en roulant des yeux.

— Ne traînez pas davantage dans les couloirs, surtout avec ma sœur.

Nos visages s'inspirent de haine et de mépris.

— J’attends toujours mon combat avec vous, monsieur Martel.

C’est ainsi qu’il part de l'autre côté. Il ne me fait pas peur ce prince. Ce qui m’inquiète, c’est qu’il est comme son père. De vraies catastrophes…


* * *


Je me promène seul, dans les rues de Versailles. Je croise une petite taverne. Je rentre pour me prendre un verre. Des gens discutent entre eux autour d’une bonne bière. Au comptoir, je vois Benoît, touchant à peine sa boisson. Il est aussi la garde royale. Pourquoi se sent-il si mal ? Je m’approche de lui et demande au barman, de prendre le même verre que lui.

— Que fais-tu là Benoît ? Je pensais que tu étais avec ton épouse ?

Il soupire en titillant le bout de son verre.

— Elle n’est pas rentrée ce soir… elle a encore beaucoup de travail à faire à l’école…

— Oh je vois…

Notre discussion est très mélancolique, je trouve. Le barman arrive avec mon tonneau de bière. Je le remercie et reste un petit moment avec Benoît.

— Tu es sûr que tu vas bien ?

— Oui, oui, je me sens un peu fatigué… passe une bonne soirée.

Il rend la monnaie et part. Bizarre ce comportement... je me demande ce qu’il peut bien manigancer… je bois en une trêve et quitte le bar. Je croise sur ma route Paul, avec deux jeunes blondinettes. Il rigole avec elles et les abandonne au bord du trottoir. Alexandre se promène aussi. Décidément, on avait rien à faire ce soir…

— Oh Étienne, tu es seul ? Viens avec moi ! Je vais te prendre une bière.

— C’est très gentil Paul, mais je viens d’en boire une.

— Raaa, c’est pas vrai ! Ce crétin de charabia à voler tout mon fric. Quel crétin !

La dame de l’auberge râle devant nous et voyons une silhouette mystérieuse au bout de la ruelle. Il porte un chapeau noir.

— C’est peut-être lui le fugitif, parle Alexandre.

— Regardez ce que j’ai trouvé par terre.

Nous lisons la lettre que Paul a trouvée.

— « Je suis désolé. »

— Ça veut dire quoi ? Que le gars est désolé pour toute la pourriture qu’il fait au château ?

— Apparemment, il n’a pas le choix Paul, répond Alexandre.

— Je pense qu'il n’est pas le seul dans l’affaire, dis-je en remettant la lettre dans ma poche.

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