Chapitre 15: Le fugitif
Paul nous montre la tenue noire du bandit. Je m’en doutais bien qu’il s’agissait de lui. Il n'était pas très honnête hier soir à mon goût…
— Nous le tenons enfin, rétorque Paul.
— Je vais appeler le roi, merci à vous d’avoir trouvé le coupable.
Alexandre voit que je n’ai l’air pas convaincu de cette histoire. Il s’approche de moi pour demander si tout va bien, mais je reste sur mes soupçons. Quand nous quittons sa chambre, je vois une lettre s’échapper de la poche de mon partenaire. J’aimerais lui dire qu’il a fait tombé, mais ils sont partis dans la salle de la préfecture. Il ne manquait plus que ça… au dos de l’enveloppe, je vois que la lettre est écrit en anglais. J’arrive à comprendre qu’elle s’adresse à l’empereur anglais… je commence à dévisager Alexandre lorsqu’il ouvre la porte pour rapporter au roi ce que nous avons découvert. Pour une surprise c’en était une… et moi qui pensais qu’Alexandre était comme nous… devrais-je le dire au roi que j'ai trouvé un autre mousquetaire à capturer ? Non, ça ferait trop… en attendant, je préfère parler avec lui, seul.
* * *
Les gardes poussent violemment Benoît. Sa tête heurte sur un rocher. Du sang en gicle. Un garde le soulève par le col, tandis qu'un autre le tient par les poignets de force. Le roi s’approche de lui, méconnaissable.
— C’est donc vous, qui essayez de jouer avec nous.
Benoît a la tête penchée.
— Mettez-le en prison mon lieutenant. Ah, j’allais oublier une chose.
Il s’approche du caporal Bourbon et lui demande de lui repasser l’insigne, mais le duc ne veut pas. Alors, le roi le lui arrache et le redonne enfin, au caporal Dubain.
— Vous m’avez épaté cette fois-ci mon colonel. Je vous en félicite.
— Sa majesté, si elle le souhaite, pourrait éventuellement exécuter l’assassin ?
Le roi ne semble pas contredire la proposition au duc.
— Majesté, il me semble qu’un interrogatoire serait préférable. Je pense qu’il n’est pas le seul dans cette affaire, suggère monsieur Dubain.
— Pensez-vous que d’autres personnes veulent ma mort ? Ah, qu’ils essayent donc de me tuer.
— Je pense qu’il serait plus prudent de l’interroger… ce jeune mousquetaire ne mérite pas la mort…
— Je vous suggère de l’éliminer sur le champ.
Monsieur le duc n’en fait qu’à sa tête. Ne croit-il pas au repentir ?
— Très bien, vous pouvez l’interroger, mais je ne veux pas voir un de mes mousquetaires condamnés. Je ne tue pas sous le coup de l'impatience, monsieur le duc.
Le roi quitte la basse-cour, accompagné de deux autres mousquetaires, tandis que les gardes prennent Benoît sous leur charge. Je lis sur son visage qu’il est livide et se laisse entraîner par ses bourreaux.
— Vous avez été brillant mon caporal, s’affirme Paul.
— Merci à vous d’avoir découvert l’imposteur. Maintenant, nous allons l’interroger.
— Vous pensez qu’on devra le torturer ?
— Non Alexandre, je connais chacun de mes mousquetaires et à mon avis, la torture ne l’aidera pas.
Avant de rejoindre le prisonnier, j’attrape Alexandre et le plaque contre un mur en lui montrant la lettre.
— Peux-tu me dire de quoi il s’agit, monsieur Alexander Beaufort ?
Il essaye d’attraper la lettre, mais je l'en empêche.
— Penses-tu que ça ferait plaisir au roi de savoir qu’il y a un autre traître parmi-nous ?
— Écoute Ernest, je vais tout t’expliquer…
— Vous venez où ça se passe comment ? ronchonne Paul.
Il reprend sa lettre et la cache dans sa tunique.
— Je ne te dénoncerais pas Alexandre, mais si tu commets la moindre erreur envers notre pays, je t'exécuterais.
Au moment de partir, il m’attrape par le bras.
— Justement, je n’avais pas l’intention d’envoyer cette lettre… et je ne sais pas quoi en penser de cette situation…
Une idée me vient en tête.
— Te confesser serait la meilleur des idées.
* * *
Point de vue d’Athanase
Je récite mon chapelet devant la belle statue de la Sainte-Vierge. J’en suis à mon dernier mystère. Je la confie entre ses mains, les mousquetaires et l’avenir de la France, mais je regarde plus particulièrement Sainte Jeanne d’arc. C’est elle qui a sauvé notre France, et je dois bien la prier aussi. Je confie tous mes paroissiens, le roi et la reine et termine en faisant un signe de croix. En allant quitter la chapelle privée du roi, je vois Alexandre au fond. Il a l’air anormal et attristé… je le sens, dans mon cœur. Il reste debout. J’ai l’impression que c’est la première fois qu’il découvre une chapelle… n’était-il pas croyant ? Il s’avance vers moi pour se mettre à genoux et contemple à son tour, la Sainte-Vierge, vêtue d’un manteau bleu et d’une couronne à douze étoiles.
— Mon père, puis-je me confesser ?
Je l’invite à aller dans un confessional et j’attends qu’il fasse son acte de confession.
— Vous ne le connaissez pas j’imagine ?
— Non mon père, je suis protestant.
Je doute de sa foi. Un protestant… ne serait-il pas de France par hasard ?
— Et vous voulez tout de même vous confessez ? Vous en êtes sûr ?
— Oui mon père, absolument.
Je fais le signe de croix et disons ensemble l’acte de confession. Je l’aide à répéter mot après mot.
— Allez-y mon fils, je vous écoute.
— Pardonnez-moi mon père, car je suis un espion.
Cela ne me surprend pas.
— Continuez.
— J’avais ordre de l’empereur George d'espionner le roi, si jamais je venais à parvenir en France… mon frère et moi, nous nous sommes jamais assez bien entendu… il vous déteste, les français et je n’ai jamais été du même avis… depuis que nous avons perdu tous nos frères lors de la colonisation, maman est tombée rudement malade et est morte à cause de la perte de mes frères. Je suis l'aîné, dans ma famille. J’avais sept frères, dont un qui est encore en vie… ma mère nous a toujours enseigné la foi protestante. Je n’ai jamais été ni contre ou ni pour. Je me rendais au culte et rien de plus. Je n’ai jamais eu une grande foi avec votre Dieu. J’ai toujours cru ce que nous enseignait Martin Luther… mais je vous remets entre vos mains, tous les indiens que j'ai tué lors de la colonisation... et je promets de servir la France dorénavant pour toujours. Me pardonnez-vous mon père ? Après tous les crimes que j’ai commis ?
— Oui mon fils, que Dieu vous fasse miséricorde et qu’il vous pardonne tous vos péchés, jusqu’à la vie éternelle.
Je récite la bénédiction finale et me lève pour partir.
— Votre pénitence sera de venir avec moi en Amérique.
Alexandre est stupéfait.
— Je vais en parler au roi, pour que vous puissiez aider les pauvres innocents que vous avez tué.
— Ça sera un honneur monsieur le curé de venir avec vous.
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