Chapitre 16: Le parfum

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Point de vue d’Étienne

Nous nous rendons dans les cachots pour rendre une petite visite à notre cher Benoît. Les gardes l’ont attaché à des chaînes. Notre caporal ouvre en premier la cellule et nous rentrons un à un. Notre chef attend qu’il parle, mais notre prisonnier dort. Paul le réveille en frappant son épée contre la paroi du cachot. Il se lève brusquement et nous regarde enfin.

— Partez, je n’ai rien à vous dire.

— Pas si vite, jeune homme. Nous avons des questions à vous poser.

— Je ne travaille avec personne, mon colonel, c’est bon pour vous ?

— Je vois, nous allons devoir employer les grands moyens.

Paul le prend par le cou et y pointe un poignard. Le prisonnier se moque de sa mort.

— Vous pouvez me tuer, je ne répondrai à aucune de vos questions.

Je me penche vers lui. Ses longs cheveux cachent son visage pâle.

— Et tu pourrais nous dire où tu as acheté cette tenue ?

Il regarde brièvement son costume que je lui tends.

— D’accord, je vois. Vous avez gagné. C’est un monsieur masqué qui me l’a offert.

Paul se moque de sa réponse.

— Arrête de mentir et dis nous sincèrement la vérité.

Il soupire avant de nous dévoiler l’identité de la personne, mais soudainement, il s’écroule au sol. Nous sommes surpris de sa mort imminente. Le caporal se penche vers son bout de pain et remarque, qu'il a été empoisonné.

— Mince ! On aurait dû être plus rapide !

— Calme-toi Paul, on finira bien par trouver.


* * *


Je me rends dans la cour pour guetter la porte du roi, mais je vois qu’il y a une calèche. Des servants sont en train de la remplir avec des bagages. Surpris, je remarque Alexandre, qui sort de la grande grille en or pour aller déposer ses affaires.

— Qu’est-ce que tu fabriques ?

Il s’arrête pour se tourner vers moi.

— Pas le choix, monsieur le curé veut que je l’accompagne.

— Mais où vas tu ?

— Je n’en ai pour pas longtemps, rassure-toi.

Il pose sa valise sur les pavés pour me dire au revoir.

— Monsieur le curé m’a donné l’opportunité de me racheter, en aidant les indiens en Amérique.

— Donc tu ne pars pas pour te battre ? Et ton pays alors ?

Il titille la jambe gauche, mains dans les poches.

— Je ne suis plus avec mon pays… ce sont des traîtres…

— Pourquoi le roi ne m’a-t-il pas envoyé pour combattre contre ton pays ?

— Je suppose qu’il a besoin de toi ici. Il y a une majorité des mousquetaires qui nous accompagneront demain.

Le caporal Dubain est en train de les préparer une dernière fois. Je suis heureux qu’il ait changé d’avis et je le saisis dans mes bras pour lui donner une petite frappe au dos.

— Fais un bon voyage Alexandre.

— Prends bien soin du roi Étienne, nous comptons sur toi. Alors ? Le petit Benoît a enfin craché le morceau ?

— Hélas non… on ne sait pas qu’il l’a tué, mais il est mort avant de nous le dire…

— C’est malin…

J’ai le cœur déchiré de voir mon ami partir. Sa décision a été radicale. Pas facile de trahir son propre pays pour en défendre un autre… Paul est venu pour lui dire au revoir aussi, ainsi qu’au curé, qui vient tout juste de nous rejoindre.

— Fais bien attention à toi Athanase. Je ne veux pas que tu meurs…

— Ne t’inquiète pas Paul, avec le Seigneur, nous ne craignons rien. Bon courage pour trouver le coupable.

— Merci.

Nous les saluons depuis la cour et les voyons monter dans le carosse. Alexandre me regarde une dernière fois, le visage plein de compassion et les chevaux tirent la calèche. Nous les voyons partir avec Paul.

— Pourvu que les anglais ne les tuent pas…

— J'espère aussi Paul…


* * *


Nous sommes dans le jardin des fleurs. Un jardinier est en train de tailler des belles roses. Le roi est avec le duc de Bourbon et son fils, pour organiser un jeu de golf pour son mariage. Louis-Henri est très partant, tandis que le duc propose de le mettre derrière les bassines d'eau. Nous passons devant le jardinier, qui se prosterne avec élégance, devant le roi. Je suis le seul à surveiller le roi. Une servante, très aimable, veut s’adresser au roi.

— Voulez-vous que j’enlève votre veste à votre majesté ? Vous devez avoir chaud.

— Ah oui, merci Marthe. Vous pouvez la mettre près de la terrasse.

Elle obéit et part à notre opposé, tandis que nous continuons notre marche pour organiser les festivités.


* * *


Après un bref détour, le roi me demande d’aller récupérer sa veste, car le vent est en train de se rafraîchir. Je trotte pour aller la chercher et la lui mets. Une fois posé sur ses épaules, le roi se met à gratter le dos.

— Baliverne, ça me gratte ! Qu’avez-vous mis dans ma veste pour que ça me gratte autant ?

Le roi est énervé et veut à tout prix enlever sa veste. Je veux le faire, mais le duc est plus rapide que moi.

— Mon dos me démange ! Enlevez immédiatement ce que j’ai au dos !

Le duc lui propose d’appeler un médecin et partent, comme des flèches. Curieusement, je regarde la veste et pose mon doigt. Je remarque qu’il s’agit de poil à gratter. Je repense à la fameuse scène de la servante qui l'enlève. Non, ça ne peut pas être Marthe… impossible. Cette dame ne trahirait jamais le roi… en parlant d’elle, elle s’approche de moi en courant pour me dire que le roi, Louis XVI désire me parler… il ne manquait plus que ça…


* * *


— Vous avez osé mettre du poil à gratter dans ma veste ? Qu’avez-vous donc tous à plaisanter avec moi ?

Je ne l’ai jamais vu en colère… c’est la première fois que je le vois tout rouge… le duc est à ses pieds, il essaye de lui enlever les derniers poils à gratter.

— Voulez-vous encore que je vous les enlève ?

— Non, merci, ça ira ! Je ne veux plus vous voir Étienne.

— Écoutez votre majesté, il s’agit d’un malentendu…

— J’AI DIT DEHORS !

J’obéis et quitte la salle. Je trouve cette situation injuste… apparemment, le fugitif a une dent contre moi… il veut à tout prix m’éliminer, mais je le retrouverai. Je regarde autour de moi s’il y a des mousquetaires. Personne en vue. J’espionne la conversation derrière la porte.

— Cela ne peut plus durer Louis… j’en ai assez de cette affaire avec mes mousquetaires… croyez-vous qu’ils veulent tous ma mort ?

— Je l’ignore votre majesté…

— Oh non, pas mes mousquetaires voyons. J’ai une confiance totale envers Étienne… pourquoi me trahirait-il lui qui a sauvé ma femme ?

— Peut-être qu’il voulait simplement jouer avec vous, votre majesté.

Quel menteur ce duc, je le déteste ! Quelqu’un toque à l’autre porte de la salle à manger. Une autre servante s’approche du roi, avec un cadeau. Qu’est-ce que cela pouvait bien être ?

— Qui est donc cette personne qui m’envoie un cadeau ?

— Étienne Martel, votre majesté, pour se faire pardonner.

— Oh, mais comme c’est gentil, qu’est-ce donc ?

Un cadeau ? Mais quel cadeau parlait-il ? Je vois le duc qui a l’air de le découvrir aussi et veut participer à l’ouverture.

— Oh, ne bougez pas votre majesté, je vais chercher Étienne.

— Non Louis, ne bougez pas. Restez avec moi.

— Mais, enfin votre majesté, il devrait peut-être s’excuser devant vous, tout de même.

Il en rajoute trop à mon goût…

— Non non, laissez-le. Il est bien dehors.

— Pour participer au cadeau, je vous propose un verre de champagne.

— Avec plaisir monsieur le duc.

J’ai de gros doutes et remarque que le roi l’a découvert. Il s’agit simplement d’un parfum, apparemment « adresser à mon nom ». Ce cadeau ne m’inspire pas confiance… alors qu’il va se parfumer, j’ouvre la porte en donnant un grand coup de pied et supplie le roi, de ne pas s’en mettre. Le duc est éberlué. Il tient dans ses mains une bouteille et deux verres.

— S’il vous plaît votre majesté, testez sur une plante avant de vous en mettre.

— Le roi vous a ordonné de rester dehors.

— Attendez monsieur le duc. Continuez Étienne.

— Puis-je savoir qui vous a offert ce parfum ?

Le roi est perplexe sur ma question.

— Enfin Étienne, il s’agit bien de vous, non ?

Il fronce les sourcils.

— Je ne vous ai jamais offert de cadeau.

— Vous dites des sottises, il s’agit bien de votre écriture.

Je prends la lettre, écris avec un encrier posé sur un meuble en marbre et le lui montre. Le roi n’en revient pas qu’il ne s’agit pas de moi et le duc aussi. Il en fait tomber sa bouteille.

— Testez, maintenant, sur un arbre.

Je connais cette méthode pour tuer les gens. J’ai déjà vu un passant le faire une fois dans le bar… c’était terrible… il asperge un citronnier et celui-ci en perd ses feuilles.

— Mon Dieu, mais qui a pu m’envoyer ce parfum ?

— Je l’ignore votre majesté… nous menons encore l’enquête… mais restez prudent la prochaine fois que vous recevez un cadeau…

— Donc ce n’est pas vous qui avez mis le poil à gratter ? Qui a pu le faire ?

— J’imagine que c’est peut-être Marthe, puisque c’est elle qui a proposé de prendre votre veste.

— Vous n’avez pas tort monsieur le duc, allons la voir.

— Pas si vite mon roi. Je ne pense pas que ça soit elle.

— Et pourquoi dites-vous cela ?

Ils s’arrêtent devant la porte pour écouter la suite de ma conversation.

— Je l’ai observé lorsqu’elle est repartie. Elle est montée directement dans les chambres, après avoir posé votre veste sur la chaise de la terrasse.

Le roi doute maintenant, et monsieur le duc attend une réponse.

— Vous avez une autre personne Étienne qui vous vienne en tête ?

Une idée me traverse soudainement l’esprit et cela me semble évident.

— Oui votre majesté, je crois savoir qui est le coupable.

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