Chapitre 19: Le Commando

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Point de vue de Constantin

J’ai un terrible mal de tête qui me réveille. J’ouvre les yeux, en crispant la mâchoire et tente de me relever, mais je me cogne la tête contre le plafond. Où est-ce que je suis ? L’endroit est vraiment étroit… j’essaye de me souvenir de ce qu’il s’est passé et me revois, assommé, par deux soldats anglais. Il fait sombre dans cet endroit. Je tente de marcher, mais là où je suis, ça bouge. Je me rattrape par une toute petite fenêtre et vois la vue, sur la mer. Je me frotte à l’endroit où j’ai la bosse et me rappelle que je suis avec le père Athanase.

— Mon père ? Mon père ! Êtes-vous là ?

— Constantin, c’est vous ?

Sa voix est extrêmement faible et je l’entends tousser. Je m’approche au son de sa voix et le vois allongé au sol, le visage pâle. Je pose sa tête sur mes genoux et remarque, que ses lèvres sont sèches. Je rêve où il a maigri ? Je le reconnais à peine. Je verse de l’eau dans sa bouche que j’ai pris depuis ma poche.

— Cela fait combien de jours que j’étais évanoui ?

— Cinq jours…

Je veux l’aider à se relever, mais ses bourreaux l’ont attaché à des chaînes.

— Comment cela se fait-il que je ne me sois pas réveillé ?

— Vous avez subi un grave choc, Constantin, ce qui vous a emmené dans un demi-coma.

— Et vous savez par qui nous sommes détenus ?

— J’ai vu le capitaine de dos lorsqu’ils nous ont monté sur le bateau, mais je n’ai pas son nom…

Je fouille dans ma poche et remarque avec surprise, qu’il me reste un bout de pain que j’ai laissé de côté et lui en donne.

— Reprenez un peu de force mon père.

Il refuse et crache de la bile.

— Je suis désolé, mais j’ai le mal de mer…

Il fallait à tout prix que nous sortions de cet endroit… il m’est insupportable de voir ce curé mourir à petit feu doux… Je vois au-dessus de moi, qu’il y a une trappe et quelques tonneaux vides.

— Il n’y a aucun moyen mon fils… priez et demeurez en la présence du Seigneur. C’est le moment de dire nos sextes.

Je suis ces conseils très à cœur pour ne pas entrer en tentation et les récite avec lui. Il tient autour de son poignet un chapelet et le serre chaleureusement, sur sa poitrine. Soudain, la trappe s’ouvre. Deux soldats en train de ricaner, s’avancent vers nous et attrapent brutalement le prêtre par les cheveux. L’un deux lui retire ses menottes, tandis qu’un autre, m’attrape par le bras.

— Le capitaine veut vous voir.

— Dépêchez-vous ! On n’a pas que ça à faire.

* * *

Nous sommes dans le cabinet du capitaine. Les soldats nous poussent brutalement et nous plaquent le visage contre le bureau. Malheureusement, je n’ai pas pu identifier le capitaine… il est en train de regarder la mer… il se retourne et prend une plume pour écrire. Sa lettre dure longtemps… je commence à avoir une crampe au cou… puis, il la pose substantiellement dans son encrier et soupire de soulagement.

— J’espère que le petit séjour dans ma cave vous a plu, mon frère.

Je reconnais cette voix… l’anglais m’attrape par l’épaule et me met face au capitaine.

— C’est bien moi, en chair et en os, s’exclame-t-il en posant ses bottes sur le bureau.

— Hamish ? Que fais-tu là ?

Je suis assez étonné de le voir avec des pirates… Il leur demande de nous lâcher et de nous laisser tranquille. Ils obéissent et crachent sur le père Athanase. Il ne réagit pas. Leurs baves coulent sur sa joue. Mon cœur se brise pour le jeune missionnaire. L’un deux, pour s’amuser, lui arrache la barbe et donne une baffe. Le capitaine grogne et ils cessent en quittant la pièce. J’ai envie d’aider mon ami, mais ils nous ont remis les menottes…

— N’est-il pas merveilleux mon commando ? Qu’en penses-tu Alexander ?

Mon ancien nom m’a donné des frissons.

— Pourquoi fais-tu cela ?

Il se moque de ma réponse par un rire strident.

— Tu n’es pas heureux que moi, ton propre frère, puisse posséder un si merveilleux bijou ?

— Hamish…

— Tu es jaloux, c’est ça ?

Je me tais et romps le silence.

— Tu as une dent contre ton propre frère ? Moi ? Qui t'a aidé à fuir de la terre d’Amérique ? Allons Alexander… tu ne peux pas l’oublier…

— Je te remercie de m’avoir aidé, mais je ne veux pas que mon petit frère devienne un braconnier.

— Pourquoi ? Cela ne t’intéresse pas de voler des bijoux, de tuer des femmes et des enfants, de chercher la gloire et la richesse ?

— Non Hamish, plus maintenant. J’ai quitté l’armée pour suivre la voie du Seigneur.

Il frappe volontairement dans ses mains et pose ses jambes au sol.

— Toi ? Alexander ? Qui veut suivre le Seigneur ? Je n’aurais jamais entendu ça, venant de ta part…

— J’ai changé Hamish. Je ne veux plus tuer les indiens, car le Seigneur m’a montré les voies de la sagesse.

— C’est pour ça que tu suis comme un bon toutou ce vieux curé ? Allons Alexander, nous sommes protestants, quitte moi ce prêtre et viens me rejoindre. Ensemble, nous allons parcourir toute la mer Méditerranéenne et pourchasser des trésors perdus, sur des îles lointaines.

— Tu rêves un peu trop Hamish… je te l’ai déjà dit, je ne suis plus le même. Et mon nom n’est plus Alexander, mais Constantin.

Il se masse le visage et rit à l’intérieur de lui-même.

— Constantin… quel nom ridicule… arrête de jouer, Alexander.

— Je ne rigole pas.

J’ai offusqué mon frère. Son visage est devenu ténébreux.

— J’ai une proposition à te faire : sois tu me rejoins et ensemble, nous allons défendre notre pays. Sois, tu rejoins ton bon curé avec les rameurs du commando.

Je reste silencieux à sa réponse. Il frappe les poings sur la table.

— C’est ainsi que tu me réponds ? Très bien, gardes ! Emmenez-les sous la coque et que je ne les revois plus jamais.

D’autres gardes nous emprisonnent une nouvelle fois et partons dans le lieu des esclaves.

* * *

Il fait nuit dehors. Je suis en train de ramer. Mes muscles se déchirent, mais je reste concentré, car si je m’arrête, un des soldats nous fouette jusqu’à la mort. Nous sommes tous alignés. Quatre personnes rament avec moi. Je n’ai pas vu le père Athanase dans cet endroit… je me demande bien où il peut-être. Les deux personnages à côté de moi sont à bout de souffle et s’arrêtent. Le soldat ne se gêne pas de les prendre et de les fouetter. Je ne veux pas voir la scène. J’entends leurs hurlements me glacer le sang. Les deux personnes tombent au sol et continuent de les frapper, jusqu'au sang. Un autre soldat a une meilleure idée. Ils les emmènent en dehors du bateau pour les jeter à la mer. Quelle terrible scène… nous sommes plus que deux à ramer. C’est extrêmement plus compliqué…

— Vous aussi vous êtes français ? chuchote la personne.

Miracle. Il s’agissait d’un ancien mousquetaire.

— Je suis anglais, pour être honnête, mais je vous soutiens, vous avez ma parole.

— Moins fort les deux du fond.

Nous continuons à ramer.

— Vous aurez une idée où se trouve le père Athanase ?

Nous restons extrêmement discrets, car un anglais passe devant nous.

— Il doit être dans la salle des fours.

— Qu’est-ce donc ?

— Il doit les alimenter les cheminées du bateau…

— Je ne comprends pas, nous ramons, cela suffit non ?

— C’est pour aller plus vite que le capitaine a installé ces fours… c’est tout récent.

— Dernier avertissement les deux du fond.

Nous nous taisons et je remercie le jeune français, d’avoir répondu à mes questions. Pourvu que le père Athanase ne soit pas fatigué… je vous le confie Seigneur, entre vos mains…

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