Chapitre 20: Le magicien prodigieux

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Point de vue du roi Louis XVI

Pour me changer les idées, le duc de Bourbon m'a proposé d’aller à l’opéra de Versailles. Je n’ai pas refusé son offre et nous sommes sortis en famille, pour aller voir la pièce de théâtre, de Pedro Calderón du « magicien prodigieux ». J’ai dévoré ce livre quand j’étais petit… mon père m’en faisait la lecture avant de le perdre si jeune… je suis heureux de voir mes enfants et ma femme m’accompagner. Je la tiens sous le bras et marche dans la cour, d’un temps très lumineux.

— Tout va bien Louis ? Je vous sens pâle…

Je soupire et vois Armand et Louis-Joseph qui pourchassent un papillon avec leur grande sœur, Marie-Thérèse. Elle tient Sophie dans ses bras.

— Cette histoire d’assassin me perturbe… je ne dors plus de la nuit…

Ma bonne épouse me rassure en me caressant la main.

— Vos mousquetaires trouveront le coupable, j’en suis persuadée.

— Soupire, je l’espère… j’ai bien peur qu’il vous arrive un malheur ma chère Antoinette… je ne veux pas vous perdre…

Elle pose délicatement une main sur ma joue et me regarde, joyeusement.

— Faites leurs confiance, Louis. Ils vont finir par le retrouver.

J’applique les conseils de ma bien-aimée et lui baise sa main.

— Vous êtes si charmante, ma douce reine…

Je me sens plus confiant et entre dans la salle d’opéra pour regarder la pièce de théâtre.

* * *

Je suis tout émerveillé devant la pièce de théâtre. L’acteur joue assez bien le rôle de Saint Cyprien qui fabrique une potion d’amour, pour envoûter la jeune Sainte Justine. Les comédiens sont sur scène. C’est la fameuse scène où lorsque la chorale chante pour ensorceler la jeune Justine, à tomber follement amoureuse de Saint Cyprien, alors qu’elle a la vocation de devenir religieuse.

— Cette pièce de théâtre est brillante, papa, confirme Marie-Thérèse.

Je la prends dans mes bras et dépose un baiser sur sa tête.

— Vous verrez, la suite est bien plus intéressante.

* * *

Point de vue d’un musicien

Alors que nous terminons l’acte un, je prends la clarinette avec moi et passe dans les coulisses. Tous les acteurs sont en train de changer de costume. Les décorateurs changent le cadre et nous passons à une peinture de tour. J’ai fait attention de cacher l'arme dans l’instrument, puis dans la boîte avant que les mousquetaires viennent l’ouvrir. Un violoniste prend le poignard et change à son tour, de costume.

* * *

Point de vue de Paul

Je guette tout le moindre mouvement. Des musiciens sortent de l’entracte pour venir s’installer à leurs places. Les comédiens se mettent sur scène. L’acte deux va se poursuivre. Je marche dans les coulisses et tourne de tant à autre la tête. Au moment où les rideaux s’ouvrent, je sens qu’on m’attrape par le cou et me tend un poignard sous la gorge.

— Lâche ton arme.

J’obéis et la lance.

— Maintenant, tu vas m’écouter : tu vas voir le roi et lui offrir des chocolats. Tu lui diras qu’ils viennent de tes parents et que tu les as goûtés.

— Et je fais quoi si je ne t’écoute pas ?

Il enfonce la pointe dans mes cordes vocales.

— Fais ce que je te dis ou je te tue.

— Ça n’a pas de sens, car si tu me tues, je ne pourrais pas apporter les chocolats au roi.

À ces derniers mots doux, je tire la corde à côté de moi et un gros sac lourd tombe sur l’homme. Assommé, il tombe au sol. J’ai le temps de récupérer mon épée, mais ce petit coquin en a une aussi. Nous nous battons derrière la scène de décor, pendant que la pièce de théâtre est en train de jouer. Heureusement que la musique est forte, car sinon, on nous aurait entendu. Je réapprends mes mouvements et m’amuse avec lui. Il n’arrête pas de s’énerver. Je ne connais pas du tout cet homme, mais je présume qu’il doit être un comédien ou un musicien… nous nous glissons sous les sous-sols de la scène et continuons à nous attaquer, jusqu’à ce que, sans faire exprès, une bougie tombe au sol. Je ne fais pas attention, mais le bois est en train de prendre feu. Je continue mon combat et le vois, qui me cerne dans un cul de sac. Je suis piégé. Il pose son épée, horizontalement, sous mon menton. Je vois la mort venir à mes yeux et panique, en sentant la fumée me piquer les yeux. Nous toussons tous les deux. Le feu grignote assez rapidement et chauffe la scène. Je repense à Marthe, la servante préférée de la reine, qui joue le rôle d’une figurante. En l’imaginant mourir sur scène, je donne un coup de coude dans son estomac, prends une bougie et lui brûle les yeux. Il crie de douleur et tombe. Au lieu de le tuer, je lui marque une cicatrice, avec le bout de mon épée et remonte le plus rapidement sur scène.

* * *

Point de vue de Étienne

Je sens une drôle d’odeur me chatouiller le nez et entends le public crier au feu. Une gigantesque flamme jaillit de la scène et prend en feu, les rideaux. Je suis tout en haut de l’opéra et je vois les comédiens se jeter dans la fosse. Une poutre tombe au milieu de la scène. Tandis que j’évacue les gens, j’entends une jeune femme appeler au secours. Subitement, je vois Paul secourir Marthe qui est cernée par un cercle de feu. Je n’arrive pas à les voir, car la poutre me gêne. Pourvu qu’il y arrive… je descends le plus rapidement possible pour aider le roi et sa famille à partir. Une fois dehors, nous pouvons voir l’opéra qui brûle de mille flammes. J’entends la reine qui demande d’un ton effrayant, où est passé le dauphin. Perplexe, je rentre à nouveau dans la salle en feu. C’est une véritable fournaise. Je pose ma main sur mon visage et cherche désespérément le dauphin. Je passe dans les rangs du bas et ne le trouve pas. Je crache de tous mes poumons. J’ai les yeux qui me brûlent. Je cherche, quand tout à coup, les étages du dessus tombent et bloquent l’accès de sortie. Je cours pour ne pas recevoir les brides et me cache au milieu. Je suis perdu… je ne sais pas comment je vais faire pour m’en sortir de là… soudain, je vois dans la rangée de gauche, une personne qui en porte une autre. C’est le colonel Dubain, je le reconnais. Il porte dans ses bras le dauphin, évanouit. Il se cache avec moi derrière les fauteuils et me conseille de ramper au sol, pour respirer l’air du bas. Nous rampons au sol, en tirant le dauphin, et prenons l’autre sortie qui mène directement dehors. Il passe le jeune dauphin pour que je puisse le porter et le pose confortablement dans mes bras. À deux doigts de la sortie, une nouvelle planche craque. Le colonel me pousse violemment en nous séparant. Je tombe en roulade et ne le vois plus.

— Non mon colonel ! Non !

Je m’éloigne le plus rapidement possible. Je dépose délicatement le dauphin dans les bras de la reine, qui est au bord de ses larmes et me remercie mille fois de l’avoir secouru. Le roi caresse les cheveux de son enfant, en le voyant se réveiller doucement, le visage couvert de sueur noir. Je vois Paul, qui rassure Marthe en pleure aussi… il la tient dans ses bras… tandis que moi, je me retourne, et vois l’opéra disparaître dans les grandes flammes de Versailles, emportant avec lui, le colonel Dubain…

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