Chapitre 24: Le mariage
Point de vue d’Étienne
Je vais bientôt rejoindre ma bien-aimée. J’attends que mes amis quittent leur poste, avant de me faufiler dans un couloir. Nous nous sommes donnés rendez-vous à la tour d’est. Je monte les marches avant de la rejoindre. Elle est toute seule. Le vent vient chatouiller ses cheveux. Nous avons une magnifique vue sur les forêts qui dépassent dans le jardin. Je m’approche d’elle pour la prendre dans mes bras, mais elle ne réagit pas. Sa réaction m’est étrange…
— Tout va bien Adélaïde ? Je vous sens pâle…
Elle me regarde, les larmes aux yeux. Je tente de la rassurer, mais elle me rejette.
— Tiens, tiens, tiens, ma sœur avec un mousquetaire. Comme c’est touchant.
Je recule, en remarquant qu’il s’agit de Louis-Henri. Mes mains sont en forme de poings. Je suis prêt à le frapper.
— Laissez la partir, dis-je en voyant son frère la prendre par le bras.
— Étienne… je vous en conjure… partez…
— Vous ne pouvez plus rien faire Étienne. Elle a déjà un époux, n’est-ce pas Adélaïde ?
Je suis pris sous un terrible choc. Son annonce m’a brisé le cœur.
— Vous n’êtes qu’un menteur.
— Oh je vois, ma sœur ne vous l’a pas dit… montre lui Adélaïde que tu es déjà mariée.
Non, c’était impossible… sinon je l’aurais vu son alliance… il prend sa main pour me montrer et vois qu’effectivement, elle est déjà mariée. Je suis dépourvu et manque de m’évanouir.
— Dites-moi que c’est faux Adélaïde…
Elle ne réagit pas et baisse la tête. Son frère rit à l’intérieur de lui-même.
— Vous ne pouvez plus rien faire Étienne. Ma sœur s’est déjà mariée depuis un bon moment avec le prince d'Orléans.
— Vous mentez ! dis-je les larmes aux yeux.
— Il a raison Étienne… je suis bien mariée avec lui… je ne voulais pas vous le dire pour ne pas que vous soyez blessé…
Pourquoi n’ai-je pas vu l’alliance avant ? L’enlevait-elle à chaque fois que nous nous rencontrions ? Et son époux ? Où était-il ? Je ne l’ai jamais vu… sous le coup de la colère, je brandis mon épée et la positionne sous son cou. Sa sœur est éberluée et me demande de cesser de jouer avec le feu. Je regarde le prince avec rage et frappe mon poing à côté du mur.
— Mon père veut vous voir d’ailleurs, il a des choses à vous dire.
Le prince rit de son plein gré et demande à sa sœur de le suivre. Je l’attrape en cours de route.
— Dites-moi princesse que tout ceci est faux, n’est-ce pas ?
Elle ne prend même pas le temps de me regarder et part, sans dire un mot. Le cœur brisé et anéanti, je me pose contre la muraille et verse de chaudes larmes…
* * *
Je suis attendu à la salle de la préfecture. Le duc de Bourbon m’a invité. Il regarde par la fenêtre et me donne une feuille.
— Qu’est-ce donc monsieur le duc ?
Il renifle du nez avant de prendre la parole.
— Vous êtes renvoyé monsieur Martel.
Avant même qu’il ait prononcé ses mots, mes amis insistent sur le fait de rentrer. Constantin et Paul entrent en furie dans la salle.
— Vous ne pouvez pas renvoyer notre ami. Vous n’avez pas le droit sans les ordres du roi, rouspète Paul.
Constantin se tient derrière lui. Le duc, ayant oublié ce petit détail, me tend tout de même la feuille.
— Soit, mais j’ai les responsabilités, alors je peux très bien vous renvoyer.
— Si vous le renvoyez, vous me renvoyez aussi. J’en ai marre de travailler pour vous, répond Constantin.
Mes amis me soutiennent et cela me réjouit le cœur, même s’il est déjà détruit par mon chagrin d’amour…
— Qu’est-ce que c’est cette plaisanterie ? Voulez-vous tous démissionner ou ça se passe comment ?
Nous tenons tête face au duc, qui soupire et reprend la feuille.
— Vous avez de la chance que vos amis soient là, mais la prochaine fois, quoi qu’il en coûte, je vous renverrai ailleurs. Est-ce que j’ai été assez clair ?
Nous nous abaissons devant lui et partons, le cœur soulagé.
— Quelle pourriture ce duc, vivement que le roi revienne, insiste Paul.
Constantin voit que j’ai une mine assez sombre et me demande si je vais bien.
— Oui oui ce n’est rien… nous devons encore surveiller le palais, avant que d’autres problèmes ne reviennent…
Je remets mon ceinturon en place, et pleure lorsque je prends les devants.
* * *
Le duc a décidé de marier son fils, pendant l’absence du roi. Tout a été organisé la veille. Les domestiques n’étaient pas au courant de ce dernier changement… Paul a aidé Marthe, très gentiment. Il a décoré la chapelle, tandis que moi et Constantin, nous avons eu l’ordre de surveiller tous les invités.
* * *
Pendant la célébration du mariage du prince avec la princesse d’Orléans, je regarde Adélaïde, qui contemple son frère avec le visage éteint. Je soupire à mon tour, en regardant à peine l’échange des alliances… ce mariage est une honte aux yeux de tout le monde… nous le savions bien, que le prince n’aimait guère sa princesse… et qu’elle se faisait bien avoir… le duc, a l’air d'apprécier et à la fin, il les félicite et nous sortons. La princesse de Bourbon, par la foule qui est pressé de voir les mariés, désire me voir, mais je l’ignore totalement, en quittant la chapelle pour aller guetter les portes du roi, le cœur saignant de douleur…
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