Chapitre 28: La comtesse de La Motte

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Point de vue d’Étienne

Je suis devant le roi. À côté, il y a Paul, qui se tient devant une bibliothèque. Un feu a été allumé dans la cheminée. La reine y demeure, assise, avec sa fille aînée qui brode avec elle. Constantin lui, est de l’autre côté de la porte. D’un ton étincelant, le roi accueille une amie à la reine. Elle a de long cheveux blond. Elle a une servante à côté d’elle, qui tient sa boîte à bijoux. La reine, heureuse de retrouver son amie, l’invite à s’asseoir. Toutes les deux, elles discutent, tandis que je vois la princesse de Bourbon venir et s’installer près d’elle, très discrètement.

— Je suis si heureuse de vous revoir, Marie-Antoinette. Cela faisait si longtemps qu’on ne s’était pas revues.

— Moi aussi Jeanne, très heureuse de vous retrouver.

— Alors ? Qu’en pensez-vous de la parure que je vous ai montrée il y a deux ans ?

La reine lâche un petit soupir et découpe le fil.

— Je ne sais pas, pour tout vous dire… je réfléchis encore…

— Ça serait un merveilleux cadeau pour vous, je ne me trompe pas ?

Apparemment, la reine cache quelque chose… et le roi aussi…

— Oui, ça serait très beau de l’avoir, mais j’ai déjà assez de bijoux… parlons un peu de votre mari, comme va-t-il ?

Lorsque la comtesse parle, je remarque quelque chose d’anormal. Son rouge à lèvre à la comtesse… j’ai l’impression de l’avoir vu quelque part…

— En tout cas, je suis heureuse de pouvoir rester quelques jours ici.

Les deux amies se lèvent, avec les enfants et je croise ma belle fiancée. Lorsque les mousquetaires referment les portes, je vois Paul me faire un clin d’œil et nous laissent un petit moment. J’en profite pour la prendre dans mes bras et lui dire à quel point je l’aime. Je l’embrasse chaleureusement sur la joue, mais elle recule de quelques pas.

— Écoutez… Étienne… vous vous en souvenez de l’histoire dont je vous ai parlé ? Du mariage que mon père a envisagé il y a quelques mois ?

Oh oui c’est vrai, je m’en suis souvenu vaguement…

— Pour tout vous avouez… je…

— Il vous l’organise ? C’est ça ?

Ses yeux brillent de larmes. Que pouvait-elle bien me cacher ?

— Oh Étienne, je suis si désolée…

Elle pleure toutes les larmes de son corps et m’embrasse une dernière fois sur le front.

— De quoi ? Dites-moi.

Elle me regarde droit dans les yeux, les larmes coulantes.

— Mon frère avait raison… je suis bien mariée

Je le savais. Je ne réagis pas et regarde ailleurs, le cœur froid.

— Je sais que je vous ai menti en disant que mon frère avait tort… mais je ne voulais pas vous faire de la peine… je sais que c’est mauvais ce que je fais… mais je dois faire un choix. Je suis désolée Étienne, d’avoir joué avec vos émotions…

Elle quitte la pièce sans dire un mot et referme les portes. La dernière fois que j’ai éclaté en sanglots, c'était donc bien vrai. Je garde mes larmes et me pose contre la cheminée, en lâchant un long soupir. Paul avait raison… j’aurais dû m’en méfier… cette princesse n’a fait que de mentir… je me sens trahi d’un seul coup… je regarde le feu qui crépite dans la cheminée. Cette fois-ci, je pleure toutes les larmes de mon corps et frappe mon poing contre les briques. Je n’aurais jamais dû me mettre avec elle, c’était bien trop dangereux… mais j’étais si fou amoureux d’elle… pourquoi m’a-t-elle menti ? Pourquoi ? Je n’arrive plus à calmer mes émotions et m’effondre, contre un pied de cheminée, sous la pluie battante, au beau milieu de la nuit…

* * *

Je suis livide pendant le repas. Paul et Constantin rigolent avec les autres. Je n’ai soudainement pas faim et laisse mon assiette de côté. Constantin le remarque et m’éloigne du groupe. Nous nous mettons sous le petit abri pour nous rafraîchir.

— Le père Athanase m’avait déjà tenu au courant à propos de la princesse de Bourbon… je suis désolé pour toi…

Je reste collé contre le pilier, le regard vide.

— Paul avait raison… j’aurais du l’écouter…

Il me donne une petite frappe amicale.

— Tu en trouveras d'autres de princesse dans ta vie.

Je souris tout de même.

— Et toi alors ? Tu n’as pas envie d’être avec une femme ?

Il soupire dans sa barbe.

— J’ai la vocation de devenir religieux, mais le père Athanase veut que j’attende.

Je lâche un petit « oh ».

— Elle est assez mystérieuse je trouve l’amie de la reine. Qu’en penses-tu ?

Lui aussi l’avait remarqué ? Décidément, je n’étais pas le seul…

— Je ne sais pour quelle raison, mais j’ai l’impression de l’avoir déjà vu quelque part…

Je regarde une dernière fois la pluie battante sur les tuiles du château et rentre, avec le soutien de mon ami.

* * *

Point de vue du père Athanase

Le cardinal m’a convoqué dans son bureau. Je me demande bien ce qu’il me veut… j’entre, tard dans la nuit et m’installe à une chaise.

— La reine m’a donné l’ordre de vous donner ceci.

Il me passe une feuille. Il y a un magnifique prix d’une grande parure argenté, comportant six-cent-cinquante diamants et deux mille huit cent carats. Décidément, la reine voulait se faire plaisir… et l’a même signée pour le prendre.

— Il faut le donner au colonel d’Argenteuil pour qu’il puisse l’acheter. Je vous laisserais l’emballer à leurs retours.

— Bien monseigneur.

Suspicieux, je lis une dernière fois la feuille. Je ne sais pas pourquoi, mais cette affaire me semble étrange…

Comtesse de La Motte : personnage historique vrai avec l'affaire du collier.

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