Chapitre 33: Le réveil
Point de vue d’Étienne
Je revois des images de la princesse Bourbon. Son doux sourire me fait raviver le cœur. Son teint si étincelant, me coupe le souffle. Son visage d’une beauté au mille éclats, papillonne et tourbillonne dans mon âme. Je savoure les moments que nous avons passés dans les jardins. Je vois les papillons qui tournent autour d’elle. Son charme et son élégance me font palpiter le cœur. J’enlace ma main dans la sienne, mais soudainement, elle devient noir et je vois le décor qui s’efface et qui devient ténébreux. Je la vois se moquer de moi avec le duc d’Orléans et ensemble, ils me demandent de ramasser de la terre et de la manger. Je ne me sens pas bien et je gémis, sans en prendre conscience, que je bouge dans le lit. Elle me jette des cailloux et me donne un coup de pied en pleine poitrine. Je me réveille à la suite de cette horrible image, le corps couvert de sueur. J’entends quelqu’un qui a hurlé à côté de moi. Apparemment, je lui ai fait peur. J’essaye de calmer ma respiration et entends la personne se réjouir.
— Oh Étienne, je suis si heureuse de vous voir vous réveiller.
La princesse de Bourbon s’exclame et m’enlace dans ses bras. Étonné de son geste, je la tapote doucement et vois au coin de la pièce, monsieur le curé qui me sourit.
— Content de vous retrouver, Étienne.
— Comment vous sentez vous ? Tout va bien ? Vous n’êtes pas trop fatigué ?
Elle me touche le visage sans arrêt et je recule ses mains, gentiment.
— Tout va bien princesse, je suis encore un peu fatigué et j'ai encore mal à la tête, mais tout va bien, rassurez-vous…
— Vous êtes sûr que vous ne voulez pas prendre un médicament ?
Son inquiétude me donne la nausée. Pour qu’elle parte un petit moment, je lui demande d’aller me chercher à boire et s’exécute, en quittant la salle.
— Soupire, je ne comprends pas trop ce qu’il lui arrive…
— Elle fait semblant d’aimer le prince d’Orléans… elle vous aime profondément Étienne, mais elle le cache bien.
Elle ment bien, décidément…
— Je n’arrive plus du tout à croire, sans mentir, mon père…
— Je le comprends mon enfant et vous avez bien raison. Cette princesse est aussi une très belle manipulatrice… je suis désolé pour vous…
— Ce n’est rien mon père… j’aurais dû écouter le colonel avant de me fiancer avec elle…
Le prêtre est tout désolé et me prend la main.
— Que s’est-il passé pendant mon absence ?
— Soupire… l’histoire est bien compliquée en ce moment… le duc n’arrête pas d'insister sur le fait d’augmenter les impôts et d’instaurer de nouvelles lois au peuple…
— Mon Dieu, qu’il est cruel cet homme…
— Il y a eu une nouvelle émeute, récemment… Paul s’en est très bien occupé. Vos amis ont été très inquiets de votre absence… ils vous croyaient tous mort…
Je ris légèrement.
— Malheureusement, les dettes croulent et le roi n’arrive plus à payer… j’ai bien peur que quelque chose de plus grand nous arrive à nous tous…
Je suis perplexe et me repose dans mon lit.
— De quoi vous voulez parler ?
Il lève son regard, les yeux scintillants.
— Qu’un grand bouleversement arrive en France…
Sans trop en parler, la princesse revient avec un verre d’eau et me donne à boire. Puis, elle me caresse les cheveux et demande au prêtre de partir. Il l’écoute et nous laisse tranquille. Elle est très attentive lorsqu’elle me prend les mains et s’assit à côté de mon lit. Elle contemple mon visage et repose le verre sur la table. Elle se penche un peu plus vers mon visage et caresse mes mains.
— Pourquoi êtes-vous si compatissante avec moi, princesse ? Je pensais que notre relation était finie…
Je repousse ses mains et tourne la tête.
— Étienne… je… je devais faire semblant… sinon, mon époux allait se douter de quelque chose…
Je ne la regarde pas et je m'en moque totalement. Elle essaie d’attirer mon attention en voulant enlever mon bandeau sur la tête, mais je l’attrape par le poignet et fronce des sourcils.
— Aie, vous me faites mal !
Je la lâche et retourne dans mes couvertures en faisant semblant de dormir. J’entends des sanglots et elle part en courant. Je verse à mon tour des larmes, en serrant l'oreiller et attends sagement, dans mon lit.
* * *
Paul et Constantin sont venus me rendre visite. Je leurs ai raconté la scène que j’ai vécu avec la princesse, les larmes aux yeux. Ils m’ont réconforté et m’ont dit que la princesse n’avait pas été très aimable avec moi… elle n’a pas arrêté de se plaindre ces derniers temps au prince et qu’elle voulait que je parte d’ici… décidément, tout le monde a une dent contre moi dans ce château… elle m’a même accusé de l’avoir frappé lorsque je l’ai prise par le poignet et que je l’aurais menacé avec un couteau… encore un prétexte pour ne plus que je fasse partie de la garde royale… fort heureusement, le roi ne l’a pas cru et c’est lui qui est venu me remercier de les avoir sauvés… de la part de la princesse qui ne voulait, soit-disant, pas me le dire. Quelques jours plus tard, monsieur le curé m’a donné la permission de partir de l’infirmerie pour reprendre mon poste de travail. Il m’a demandé de faire attention à ma tête, car elle était encore bien fragile. Je dois encore porter le bandeau et l’enlever d’ici deux, trois jours. J’ai encore des cicatrices sur mon visage. Des marques de petits bouts de verres sont présentes, sur mes joues et mon front et j’en ai encore sur le long de mes bras… bref, je ne ressemble plus à rien avec mes belles cicatrices… j’arrive à marcher, j’en suis encore heureux, mais je sens assez souvent, l’envie de tomber. Mon corps reste encore fragile… j’ai repris des forces aujourd’hui en allant à la messe. Nous avons eu un très beau sermon sur Saint Joseph, comme c’est sa fête aujourd’hui. Nous sommes le dix neuf mars 1789 et je vois le roi, qui repense à son fils… car il portait aussi le même nom en versant quelques larmes… je prie de tout cœur pour son fils en le dévouant au Saint des pères des familles et des morts et fais mon signe de croix, lorsque nous arrivons à la fin de la messe.
* * *
Point de vue de Louis XVI
Aujourd’hui, une nouvelle dispute a éclaté avec mes ministres… je n’arrive plus à les supporter.. ils veulent à tout prix instaurer une nouvelle loi sur le droit de l’homme et de la citoyenneté… et veulent bannir le Christianisme de la France… et ne vivre que dans la période des lumières… le ministre des affaires veut impérativement brûler tous les livres de Jésus-Christ dans ma bibliothèque et le ministre des finances, veut remplacer les pièces de monnaie par un autre symbole. Je n’arrive plus à les suivre… et moi qui leurs faisait tellement confiance…
— Je pense, qu’il serait préférable d’avoir des députés avec vous, n’est-ce pas votre majesté ?
Je suis à deux doigts de m’endormir face à la remarque de mon ami et me masse le front. Je suis assis sur une chaise.
— Je vous l’ai déjà dit plusieurs fois. Je ne suis pas d’accord avec vous. Je ne veux pas qu’on remplace notre Seigneur par des choses insensées. Vous avez vos idées, et vous en avez parfaitement le droit. Si vous ne voulez plus aller à la messe et lire des livres philosophes athées, vous pouvez, mais je ne participerai jamais à tout cela. Je le refuse.
Le duc n’est pas heureux de ma réponse et les députés aussi.
— Mais, votre majesté. Il est primordial à ce que le Christianisme s’efface. Vous le voyez bien que votre peuple n’a plus aucune idée, peut-être. Les temps ont changé, vous devez vous adapter à votre peuple. Vous devrez lire des livres philosophes. J’en ai d'excellents à vous proposer.
Je soupire devant la remarque du ministre des affaires.
— Nous devons aussi mettre les enfants à l’école. Il serait obligatoire que les parents ne fassent plus cours à la maison.
— Comment ça monsieur des finances ? Vous ne voulez plus que leurs mères leurs apprennent les cours ? Enfin, c’est grotesque ! Et s’ils préfèrent travailler dans les champs, que feriez-vous ?
— Ils n’en auront plus les droits et s’occuperont davantage de leurs études.
Je n’arrive plus du tout à les suivre… ils se révoltent tous à la manière dont je gouverne le monde avec notre Seigneur Jésus Christ…
— Et pour les enfants qui ont des difficultés à l’école ? Ils seront obligés d’y aller ?
— Évidemment votre majesté, mais eux, nous les mettront à part. Nous préférons à ce que ce soit des élèves brillants qui y arrivent.
Je regarde par la fenêtre ce qu’il se passe dehors et vois le vent qui souffle sur les arbres.
— Pour le moment, là n’est pas le problème votre majesté. Nous allons avant tout, continuer d’augmenter les impôts et instaurer de nouvelles lois, comme pour les terrains, afin que les paysans doivent les payer en votre nom. Vous aurez beaucoup plus de facilité à payer tout ce que vous n’avez pas pu le mois dernier…
Je suis désespéré face à cette situation… je les aime énormément mes paysans et accepte la proposition à contre cœur, au ministre des finances…
— Dernière petite affaire votre majesté. Pour les hommes qui travaillent, j’avais suggéré que grâce à leurs impôts, nous pourrons éventuellement en acheter pour des armes et des munitions, si jamais une guerre éclate…
Cela me dépasse. Je me lève brusquement, dans une colère noire et fais partir tout le monde de la salle de préfecture. Puis, je m’écroule de tristesse contre la porte et entends des bruits de pas s’approcher. Je sens que quelqu’un me prend par les bras pour me rassurer et pleure sur sa poitrine.
— Calmez-vous votre majesté, ce n’est que moi…
— Je sais, mon père, mais ces affaires deviennent bien lourdes à mon goût… mon peuple est en train de me haïr… et mes ministres veulent gagner plus d’argents… je suis perdu et anéanti.. ils veulent tous me nuire…
— Restez fort votre majesté, notre Seigneur Jésus-Christ vous accompagne dans cette lourde tâche.
Lui aussi, fut roi lorsque nous l’avons crucifié sur sa croix… il sait la charge et les responsabilités d’un royaume…
— ll est avec vous votre majesté, ne l’oubliez jamais. Ayez confiance en lui et tout ira pour le mieux.
Sa présence me rassure. J’ai vraiment l’impression que c’est le père éternel qui me parle et me sens mieux, en le remerciant pour cette intervention.
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