Chapitre 11 :
Hyde Park, Boston, Massachusetts
Adone :
J'observe Fox gravir les marches qui le séparent de son appartement. Si je l'ai épié des heures durant sur le trottoir, tel un détraqué, c'est la première fois que je pénètre dans son immeuble. Ses fesses galbées dans son jean m'obnubilent au point que j'en oublie presque la raison de ma venue. J'ignore pourquoi j'ai accepté de le suivre, son excuse puérile pour désinfecter mes plaies n'est qu'une façon détournée d'obtenir ce qu'il désire. L'envie de se faire culbuter une seconde fois se lit sur son visage fatigué. J'ai pleinement conscience que je déroge à toutes les règles lorsque je m'immobilise sur le pallier, face à la porte où le numéro 43 peine à tenir, mais je m'en moque pas mal. Si mon patron décide de me buter en apprenant que je m'adonne à des jeux de séduction avec sa cible, alors j'accepterais ma sentence en souriant. Le désir d'être avec Fox est plus fort que mon bon sens. Suis-je devenu fou de le vouloir au point de me condamner ? Non, désaxé, je l'ai toujours été, bien avant que sa crinière blanche et ses yeux verts fassent irruption dans ma vie. J'ai quitté Bologne parce que le sang avait souillé mes doigts, il y a plus de dix ans. Fou, je le suis depuis que je suis né.
Sa main tremble alors qu'il tente d'insérer la clé dans la serrure. Le trousseau lui échappe et tombe au sol en un cliquetis désagréable. Il râle, se penche en frôlant mes hanches de son postérieur appétissant et réitère ses gestes en fronçant les sourcils. Ma paume englobe ses doigts frémissants afin de lui apporter de l'aide.
— Pourquoi es-tu si nerveux ? m'enquiers-je contre son oreille.
Il frissonne, baisse la tête alors que je déverrouille l'appartement.
— C'est la première fois que je laisse entrer quelqu'un chez moi.
Une fois à l'intérieur, je le plaque contre la porte après l'avoir claquée. Ma cuisse s'immisce entre ses jambes afin de me presser contre son corps.
— C'est toi qui m'y a convié, tu regrettes déjà ta proposition ?
— Ta main est amochée, pour qui je serais passé si je n'avais pas proposé de nettoyer alors que c'est à cause de moi que tu es blessé ?
— Crois-tu vraiment que c'est une si petite blessure qui m'effraie ?
— À constater les nombreuses cicatrices qui marbrent ton visage, je ne pense pas.
Son index caresse la longue entaille, depuis longtemps guérie, qui barre ma joue. La pulpe de ses doigts est à la fois douce et ferme. Son regard croise le mien puis dérive vers ma bouche qui s'étire en un sourire provocateur.
— Alors, sois honnête et dis-moi pourquoi je suis là.
— Pas avant que tu me dises pourquoi tu t'évertues à me suivre.
Je roule des yeux en reculant d'un pas. Cette histoire n'en finira jamais. Il risque de prendre peur si je lui avoue la raison de ma traque. J'évolue dans le petit appartement qui s'illumine d'une lueur tamisée lorsque Volpe actionne l'interrupteur. Intrigué, j'examine les lieux en inclinant la tête. Mon attention se braque immédiatement sur la table du salon ensevelie sous un tas de documents et images que je ne parviens pas à distinguer. Un tableau blanc est dressé près du canapé, sur lequel tout un tas de mots est listé.
— Désolé, je ne pensais pas avoir de la visite. C'est un peu le bordel.
D'un geste empressé, il se rue dans le séjour, regroupe quelques papiers en les empilant maladroitement.
— Attends ! Qu'est-ce que c'est ? demandé-je avec curiosité.
— Euh... je travaille sur une affaire avec la police de Boston. C'est un peu le foutoir mais je vais débarrasser.
Ma main sur son coude l'immobilise. Il se fige, lève un visage livide dans ma direction alors que je récupère le dossier qu'il a en main. Des clichés de corps mutilés sont étalés partout dans la pièce mais certains d'entre-eux attirent davantage mon attention. Je m'incline, attrape les photos sur lesquelles je reconnais parfaitement la dépouille et les examine en prenant mon temps. À mes côtés, Fox s'affole et paraît ne plus tenir en place.
— Comment peux-tu ne pas être bousillé si tu vis constamment avec de telles horreurs sous les yeux ?
J'agite une image sous son nez et l'observe se décomposer.
— Qui est-ce ?
— Mo..., commence-t-il avant de se stopper, les yeux exorbités. Wolfgang River. L'une des victimes qui hantent mes nuits.
— Et ceux-là ? m'enquiers-je en pointant les autres clichés.
— Craig Jenkins, Alaric Drake et Pedro Martinez.
— Ces photos sont datées d'il y a presque trois ans et celles-ci sont toutes de cette année. Quel est le rapport entre ces hommes ?
— Pourquoi tu veux savoir ça ? se braque-t-il en me dévisageant. Je ne suis même pas censé parler de toute cette histoire avec des personnes extérieures à l'enquête.
— Il fallait y songer avant de me faire pénétrer dans ton intimité, aussi lugubre soit-elle.
— Ça ne t'effraie pas ?
Un éclat de rire m'échappe alors qu'il paraît réellement se poser la question. Je m'incline vers lui, effleure son nez du mien et souris contre sa joue.
— Crois-tu que je suis quelqu'un de facilement impressionnable ?
— Non. Mais il s'agit tout de même des victimes d'un détraqué mental, ou même plusieurs psychopathes en cavale !
— Tu ignores tout du monde duquel je viens, m'amusé-je en frôlant sa mâchoire.
— Je ne suis pas complètement idiot. Ça se ressent de chaque pore qui te constitue, tu es probablement une bête sanguinaire.
— Et pourtant je suis là, chez toi.
— Je n'ai pas peur de mourir, déclare-t-il avec assurance.
Son aplomb m'amuse autant qu'il m'exaspère. Je fais un pas en arrière, jette les documents sur le canapé et m'adosse au mur. Son regard flamboie et me scrute avec intensité.
— Le danger t'excite, c'est galvanisant et si désespérant. Comment peux-tu affirmer que tu n'as pas peur de la mort alors que tu ne parviens pas à retenir tes tremblements.
— J'appréhende simplement tes faits et gestes.
— Et si, je n'étais pas mieux que ces types que tu traques avec le lieutenant Benson Tolken depuis des jours ?
— Pardon ? s'exclame-t-il, les sourcils froncés. Comment tu sais ça ?
— J'en sais plus que tu ne l'imagines.
— Pourquoi ?
— Pourquoi quoi ?
— Je ne comprends pas pourquoi ma sonnette d'alarme ne se déclenche jamais quand je suis avec toi alors que tout ton corps, ton comportement et même ton regard, me confirment que rien ne tourne rond chez toi !
— On appelle ça l'obsession, Volpe Bianca.
— L'obsess..., souffle-t-il. Non, je ne suis pas obsédé.
Je tends le bras pour enrouler mes doigts autour de son poignet. Il geint lorsque je l'attire à moi dans un geste brusque et empressé. Son torse se heurte au mien, nos souffles se mêlent, nos respirations désormais désordonnées semblent jouer une nouvelle mélodie. De celles qui font perdre l'esprit.
— Ce n'est pas ce que tu m'as fait comprendre quand tu as joui dans ma paume.
— Je ne suis pas encore certain qu'il y ait un lien entre Wolfgang et les autres victimes.
— Pourquoi est-ce seulement maintenant que tu réponds à ma question ?
— Je n'ai jamais embrassé personne, murmure-t-il, les joues joliment rougies.
J'éclate d'un rire rauque alors qu'il semble pantelant dans mes bras. Mes mains glissent sous son tee-shirt et découvrent la texture de sa peau. Mon sang s'échauffe, j'ai envie de le plaquer contre le mur pour le baiser si fort qu'il en oubliera jusqu'à son prénom.
Son être tout entier est un appel à la luxure, de ses longs cils clairs qui balaient ses pommettes lorsqu'il ferme les yeux à ses lèvres carminées qui réclament d'être comblées.
— Tes propos sont aléatoires quand tu commences à angoisser.
— On n'a toujours pas nettoyé ta main, bredouille-t-il laborieusement.
— Était-ce une façon de me quémander un baiser ?
— Probablement...
Sa voix est si basse que je peine à l'entendre mais son cœur s'acharne contre mon torse brûlant. Ses battements sont vifs et puissants, à tel point que j'en ressens les vibrations dans tout le corps.
Avec une lenteur qui m'étonne moi-même, je dépose ma bouche contre la sienne. Son hoquet de surprise se meurt contre ma langue lorsque je lèche sa lèvre inférieure. Ses doigts se referment sur mes boucles qu'il tire sans ménagement. Dressé sur la point des pieds, il gémit en serrant les paupières. Ce serait mentir de dire que je n'éprouve rien. Mon sang boue dans mes veines, mon cœur a cessé de battre et ma queue est au garde-à-vous.
Je n'avais jamais imaginé qu'un simple baiser pouvait m'ensorceler.
— Embrasse-moi encore, Volpe, ordonné-je alors qu'il tente de s'éloigner. Je ne te laisserai plus jamais partir.
Ses gestes sont timorés, il n'a pas fabulé en affirmant n'avoir jamais goûté aux lèvres d'un étranger. Je me délecte de ses baisers maladroits en emprisonnant son corps contre le mien.
— Ton frère n'est pas mort en vain, susurré-je contre ses lèvres.
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