Chapitre 2 : Partir

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Tony se réveille en sursaut, affalé sur son canapé, avec un mal de crâne atroce. Toujours ce même cauchemar si réaliste. Il n’arrive pas à s’en débarrasser. Les somnifères qu’il prend ne lui sont d’aucun secours. Désespéré, il a fini par en parler à David. Son ami s’empresse de le rassurer. Il ne s’est en aucun cas saoulé, et encore moins emporté contre le journaliste. Quant à la dernière partie de son rêve dans la chambre d’hôtel, qu’il conserve cette scène pour son prochain roman, lui répond-il avec humour ! Mais Tony n’a pas envie de rire.

Peut-être a-t-il tout simplement besoin de laisser son inconscient s’exprimer librement. À bien y réfléchir, il aurait été ravi de s’emporter contre ce genre de journaliste. Quant à ce qui s’est passé dans la chambre d’hôtel, comment l'interpréter autrement qu’un banal fantasme ?

Comment a-t-il pu donner le change durant toutes ces années sans perdre son sang froid ? Au début de sa carrière, il se donnait à fond dans l’exercice promotionnel, que ce soit dans les salons littéraires, les émissions ou sur les plateaux de télévision. Il s’est vite aperçu qu’une partie de journalistes peu scrupuleux ne s’intéressait pas à ses romans, mais davantage à sa vie privée. La préserver est un travail éreintant, surtout quand son éditrice lui conseille, pour le bien de sa carrière, de s’inventer une vie, au bras d’une femme, pour satisfaire le grand public. Aujourd’hui, Tony Volli a l’impression de n’être plus qu’un produit à vendre. Ce jeu de promotion est devenu insupportable. L’énergie qu’il dépense pour ça s’est fait au détriment de l’écriture. Il en mesure amèrement les conséquences.

Il est minuit passé, Tony est au bord des larmes. Il se décide à appeler son éditrice. Il sait qu’à cette heure-ci, elle est en train de faire diminuer sa pile de manuscrits pour y trouver la perle rare. Il l’imagine dans son vieux fauteuil Volaire, à pester encore et encore, devant la qualité médiocre de ce qu’elle a l’habitude de recevoir. Elle décroche à la première sonnerie et se félicite d’entendre qu’il est enfin prêt à accepter son offre : un séjour dans le Lubéron, dans sa maison personnelle, cadre idéal pour écrire son prochain roman. Vingt minutes plus tard, Tony reçoit de sa part dans sa boîte mail, son billet de train aller-retour pour le lendemain et l’assurance que la maison sera préparée à temps pour son arrivée. Son amie et voisine, Suzanne Landrieux, sera ravie de l'accueillir.

Après avoir raccroché, Tony pousse un lourd soupir de soulagement. Il espère relâcher la pression. Combien de temps durera son séjour ? Dix jours, trois semaines, deux mois ? Il n’en a fichtrement aucune idée. Il emmène son ordinateur portable, des fois qu’il aurait une idée lumineuse à coucher sur papier. Alors qu’il dispose de tout le confort nécessaire pour écrire dans son appartement parisien de haut standing, il doute que ce nouvel environnement soit suffisant pour relancer la machine, après quinze ans de succès. Tony sent que ce n’est pas qu’une histoire de panne sèche, mais quelque chose de plus profond. Il n’a pas osé en parler à son éditrice, car il ne la connaît que trop bien. Elle risque de balayer ça d’un revers de la main en minimisant la situation. Impossible de lui dire qu’il a envisagé de mettre un terme à sa carrière, elle deviendrait folle. Son métier d’écrivain lui permet de remplir confortablement son compte en banque, mais il sait que l’argent est loin de faire son bonheur, surtout aujourd’hui. Il s’agit avant tout de se refaire une santé.

Anne-Marie est persuadée d’avoir eu raison d’insister pour ce séjour. Elle aime s’occuper et choyer l’écrivain phare de sa maison d’édition : tu pourras rester aussi longtemps que tu veux dans ma petite bicoque perdue dans les montagnes, c'est la tienne. À cette saison, la foule de touristes n’a pas encore débarqué dans la région, alors profites-en. Tu y seras tranquille et au calme, je te le promets.

Tony boucle sa valise. Il se sent plein de gratitude envers Anne-Marie qui a su l’écouter une fois de plus. La perspective d'être dans une poignée d’heures dans le Lubéron lui redonne déjà un peu le moral. Il quitte son appartement le cœur plus léger que la veille.

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