1. La maladie
Julien avait mené sa vie avec détermination, gravissant les échelons avec une ténacité née des épreuves de son enfance. Orphelin dès sa naissance, il avait perdu son père, policier tombé en service, et sa mère, disparue en lui donnant la vie. Recueilli par l’Orphéopolis, il se jura de faire honneur à leurs mémoires en bâtissant un avenir digne de leurs sacrifices. Après de brillantes études à la Faculté de droit de Toulouse, son talent et son acharnement le menèrent au prestigieux cabinet d'avocats Magistris-Elaud, niché au cœur de la ville rose. L'avenir s'ouvrait à lui, prometteur, radieux, comme un ciel de printemps sans nuage.
À cette époque-là, il croisa le chemin de Michèle, originaire de Pontoise, étudiante en physique, aussi passionnée que discrète. Une très jolie jeune femme, à la fois lumineuse et réservée. Ses cheveux blonds coupés au carré encadraient son visage avec élégance, tombant légèrement au-dessus de ses épaules dans un mouvement fluide et naturel. Quand leur éclat capturait la lumière, ses mèches dansaient à chaque pas qu'elle faisait. Ses yeux, d'un vert profond étaient sans doute l'un de ses plus grand charmes. Leur couleur, oscillant entre le jade et l'émeraude, révélait une douce intensité, presque apaisante. Ils brillaient d'une intelligence vive, teintée d'une sensibilité qui la rendait encore plus fascinante.
Pourtant ni grande, ni petite, sa présence captivait instantanément. Sa silhouette élancée et harmonieuse reflétait à la fois grâce et assurance, et chacun de ses gestes semblait empreint d'une élégance naturelle, presque inconsciente. Elle portait des tenues simples mais raffinées, préférant les vêtements pratiques aux artifices, comme si sa beauté n'avait nul besoin d'être soulignée. Il émanait d'elle un charme discret, celui d'une personne sûre de sa valeur, sans aucun besoin de l'affirmer aux yeux du monde.
Julien avait été immédiatement séduit par l'allure à la fois sereine et captivante de Michèle. Elle incarnait la parfaite combinaison entre douceur et détermination, un esprit brillant logé dans un corps gracieux, et il était tombé sous son charme dès leur première rencontre.
Lui, était un garçon dont l'apparence reflétait à merveille la force tranquille qui le caractérisait. Du haut de son mètre quatre-vingt, il avait une carrure athlétique, en relation avec le sport qu'il pratiquait régulièrement. Ses cheveux bruns ajoutaient à cette image de la rigueur et de la discipline, bien qu'ils se rebellaient parfois en mèches éparses, adoucissant son allure. Son visage était toujours éclairé par un sourire constant, avenant et sympathique, en n'importe quelle occasion. Ses yeux marron, chaleureux et rieurs, reflétaient une joie de vivre peu commune. Mais derrière son sourire enjôleur, on devinait une intelligence vive, une acuité d'esprit qu'il ne ressentait jamais le besoin de mettre en avant.
Mais bien plus que son physique ou son intelligence, c'était sa personnalité qui marquait les esprits. Sympathique et ouvert, il savait écouter, et sa capacité à comprendre les autres, à les mettre à l'aise, faisait de lui quelqu'un que l'on recherchait pour une discussion ou un simple moment de partage. Il était une belle personne avec une âme profondément humaine, sensible et capable d'une empathie rare, peut-être parce qu'il portait aussi le poids de ses épreuves personnelles, qu’il masquait avec une grande dignité.
C'est ce mélange de force et de douceur qui avait séduit Michèle. Leur relation naquit doucement, comme une évidence, un lien solide et sincère qui résista à l’éloignement lorsque Michèle, après l’obtention de son diplôme, retourna auprès des siens, dans sa région natale. Malgré la distance, leurs sentiments restèrent intacts, défiant le temps et les kilomètres. Ensemble, ils avaient imaginé un futur fait de promesses et de rêves partagés et la relation qu'ils entretenaient était une fusion harmonieuse de complémentarité et de soutien mutuel, une belle illustration de l'amour qui se construit à travers des expériences partagées et des défis surmontés ensembles.
Pourtant, en ce début d'année 2024, alors que tout semblait s’accorder dans la vie de Julien, une ombre noire vint obscurcir son horizon.
A 30 ans, en pleine ascension professionnelle, il commença à ressentir une fatigue qu’il ne parvint pas à expliquer. Ses gestes, habituellement mesurés, devinrent soudain brusques, incontrôlables, et les crises commencèrent à se multiplier. L'inquiétude grandit en lui comme une plante vénéneuse. Après de nombreux examens, le verdict tomba, implacable : l'annonce de la maladie neuro-dégénérative dont il était atteint vint éteindre tout ce qu'il avait été, tout ce qu'il aurait aimé bâtir. Il ne lui resterait plus que le présent.
Devant le regard fermé du Dr Giraudeau, Julien avait compris que l'instant serait lourd de sens :
— Docteur, je dois savoir...
Le praticien le fixa intensément, sans détour :
— La maladie dont vous souffrez ne vous laissera aucune chance, avait-il répondu calmement, avec une sincérité brutale.
Julien était resté figé, incapable d'assimiler pleinement la portée de ces mots. Ce fut comme dans ces scènes de films qu’il avait souvent vues, empreintes de tragédie. Ses lèvres avaient formulé la question presque mécaniquement :
— Combien de temps ?
— Un an, peut-être deux... pas plus. Je suis profondément désolé...
Les paroles du médecin, claires et cruelles, avaient flotté dans l’air alors que Julien s'était retrouvé enveloppé d’un silence assourdissant. Les mots résonnaient encore dans la pièce, froids et implacables. Il avait détourné le regard vers la fenêtre. Il essayait de réaliser l'ampleur du moment puis le visage tout sourire de Michèle lui était venu à l'esprit.
Le temps, qui lui semblait auparavant une ressource infinie, s'était brusquement rétréci.
Il quitta le cabinet médical et se retrouva dans la rue, seul, désemparé. Dehors, le temps était froid mais beau et, en toute autre circonstance, cela lui aurait donné l'envie de faire une promenade. Mais, il commença à marcher en direction de la station de métro de St Michel avant de réaliser pleinement l'importance de l'information que venait de lui donner le médecin.
Le choc fut violent : Julien eut l’impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Chaque respiration devenait un effort et il comprenait, seconde après seconde, l'ampleur de cette nouvelle vérité. Lui, qui s’était toujours battu pour surmonter les obstacles, se retrouvait face à un ennemi invisible et insidieux contre lequel il se sentait impuissant. La vision d'une échéance aussi rapprochée provoqua chez lui une paralysie émotionnelle.
Sans s'en rendre compte, il sortit du métro qui le ramenait chez lui, dans le quartier des Minimes. Il descendit l'artère principale, le regard perdu, assailli par la terrible nouvelle. Une terreur oppressante lui étreignait la poitrine : son temps était désormais compté, chaque jour pouvait être le dernier.
Il entra dans son immeuble, appela l'ascenseur et regagna son logement, ses gestes automatiques, son esprit encore en proie aux révélations qu'il venait de recevoir. Le petit appartement où il vivait, était à la fois chaleureux et élégant, où chaque détail avait soigneusement été pensé. La décoration, fut le fruit des conseils avisés de Michèle, et oscillait entre modernité et touches classiques. Les meubles, un savant mélange de pièces contemporaines aux lignes épurées et d'antiquités pleines de caractère, créaient une ambiance harmonieuse. Le bois brut côtoyait le métal poli, tandis que des tissus aux teintes bordeaux et bleu nuit, s'accordaient avec des murs aux couleurs plus claires. Les tableaux accrochés aux murs apportaient une touche artistique à ce petit espace, œuvres d'art abstraites mêlées à des illustrations plus traditionnelles. De cet appartement émergeait une atmosphère vivante et sophistiquée. À côté de ces touches esthétiques, les dernières innovations technologiques se fondaient discrètement dans le décor : une télévision ultraplate trônait au-dessus du meuble en chêne clair et des appareils électroménagers modernes occupaient la cuisine rustique.
Lorsqu'il s'assit dans son canapé, Julien prit presque immédiatement la mesure de tout cela : à quoi tout ce confort matériel pourrait-il servir désormais ?
Alors que le choc initial se dissipait, l’angoisse commença à prendre le relais. Une sorte de panique déferla sur lui, le laissant étourdi. Chaque heure, chaque minute sembla s'étirer sans fin, et l’urgence de vivre se mêla à la peur de ne pas avoir assez de temps pour tout accomplir. Dans son esprit, ses projets restaient inachevés, ses rêves abandonnés, puis, à mesure que le silence s'étirait, ses pensées dérivèrent vers Michèle.
Il l'aimait profondément et même s'il souffrit de leur séparation géographique, il ne lui en fit jamais le reproche, par amour pour elle. Dans l'instant, il ressentit le besoin de rompre avec elle, sachant qu'il ne serait jamais son avenir. De plus, il refusait de lui imposer cette épreuve. Il l’aimait trop pour lui infliger la lente déchéance qu’il savait inévitable.
Heure après heure, jour après jour, Julien commença à se confronter à une réflexion intérieure. Il fut forcé de réfléchir sur le sens de sa vie, sur ce qu’il souhaitait accomplir avant la fin. Cette prise de conscience douloureuse mais aussi révélatrice l'entraîna sur ses regrets, ses réussites, et sur tout ce qu’il aurait voulu changer.
Les conversations, les moments partagés avec Michèle, et les fragments de ses rêves d'antan se transformèrent en une toile de souvenirs qu'il se surprit à scruter avec une intensité nouvelle. Il chercha à donner du sens à ses derniers mois, à faire en sorte que chaque moment comptât, surtout dans le contexte de sa fin, inéluctable.
En dépit de sa peur et de sa tristesse, Julien puisa dans une force intérieure inattendue et se fixa des objectifs concrets pour les derniers instants qu'il aurait à vivre.
Il écrivit des lettres à ceux qu'il aimait avant de partir passer du temps dans un lieu qu'il chérissait particulièrement. Mais avant toute chose, il se devait de rompre avec Michèle, celle avec qui il avait choisi de bâtir sa vie, de fonder une famille et de vieillir côte à côte. Il prit le temps de lui écrire quelques lignes, des mots qu’il espérait justes, sur un papier à lettre qu’il avait soigneusement choisi, d’une élégante simplicité, comme pour adoucir la peine à venir.
Ma très chère Michèle,
Ces mots me brûlent autant qu'ils te blesseront, et pourtant, je n'ai pas d'autre choix.
Je dois partir.
Je ne peux pas t'expliquer pourquoi, et je sais que c'est injuste, que cette lettre te fera souffrir mais je ne puis t'en dire davantage.
Sache que ce n'est ni par lassitude ni par manque d'amour. Si je pouvais faire autrement, si j'avais la moindre issue, je resterai. Mais il y a des choses que même l'amour ne peut changer.
Je suis désolé, tellement désolé...
Je souhaite simplement, de tout mon cœur, que le temps t’apportera la paix, qu’il saura atténuer la douleur que je te cause. Tu mérites le bonheur, Michèle, c'est tout ce qu'il me reste à espérer aujourd'hui.
Julien
Il se sentit déterminé à affronter la maladie, cherchant à préserver un sentiment de normalité et de dignité jusqu’au bout.
Julien avait un ami fidèle, Kévin, rencontré pendant ses années universitaires. Celui-ci, avec sa personnalité chaleureuse et son soutien inconditionnel avait toujours été un pilier dans sa vie. Lorsqu'il prit le soin d'écrire à ses amis, il se tourna naturellement vers lui pour lui faire part de sa maladie et de sa décision de se retirer du monde. Bien que touché par la situation de Julien, Kévin se montra déterminé à l'aider à traverser cette épreuve et approuva son idée.
Après avoir mis son appartement en vente, Julien choisit de se retirer dans l’isolement de Labat d'Aubise, un hameau perdu dans les montagnes des Pyrénées, où il aimait auparavant se retrouver seul ou avec des amis pour de longues randonnées en haute montagne.
Là-bas, loin du tumulte du monde, il se mit en quête d'une paix qu’il savait illusoire. Il acheta une petite ferme où il partagea son quotidien silencieux avec Elisa, sa petite chatte européenne. Elle devint son ultime réconfort, le seul lien ténu qui le rattacha encore à une humanité qu’il avait choisi de fuir. Dans le calme austère de ce lieu presque sacré, entouré par la majesté des montagnes, Julien attendit, sans amertume, la suite de son destin, avec pour seul horizon la nature sauvage et indifférente.
Ses sorties se soldaient par de courtes promenades solitaires dans la nature, et les réflexions sur sa vie lui apportèrent une forme de sérénité. L'acceptation ne fut pas facile et il essaya tant bien que mal de faire la paix avec lui-même.
Il reçut des messages de Michèle sur son téléphone, mais il ne répondit pas, même s'il les lisait tous attentivement. Chaque mot résonnait en lui avec une intensité qu’il s’efforçait de mettre de côté. Ces messages lui rappelaient la vie qu’il avait été obligé de laisser derrière lui, cette vie qu’il ne voulait plus affronter. Il se contentait de prendre connaissance de ses mots, de ses sentiments, mais il restait silencieux.
Seul Kévin savait où il se trouvait dans les Pyrénées et c’était l'unique personne à laquelle il acceptait de répondre. Avec sa discrétion habituelle, il ne lui posait jamais de questions inutiles, respectait son besoin de solitude et d’évasion. Chaque appel de Kévin était bref, précis. Il lui demandait seulement des nouvelles, s'assurait que tout allait bien, puis raccrochait sans s’éterniser.
La distance entre lui et Michèle devenait de plus en plus palpable, comme un gouffre qu’il ne cherchait même plus à combler. Pourtant, à chaque message, il ressentait une hésitation. Quelquefois, il se demandait s'il ne devrait pas répondre, lui donner les raisons de son choix, de sa fuite ? Mais à quoi bon ?
Un matin, alors que l’air frais des montagnes envahissait la petite pièce où il vivait reclus, il vit encore un nouveau message de Michèle apparaître sur l’écran de son téléphone. Il s’arrêta quelques secondes, hésitant. Il composa un message, court, bref, précis, dans lequel il la priait de ne plus le contacter et qu'il avait commencé une nouvelle vie dont elle ne ferait pas partie. Il lut et relut ses mots froids, tentant de se convaincre qu’ils mettraient un terme définitif à cette relation qu’il n’avait plus la force de porter, puis, sans réfléchir davantage, il rangea le téléphone dans sa poche sans envoyer le message, et sortit.
Dehors, les montagnes l'appelaient, éternelles et silencieuses, comme une promesse d’oubli. Un léger vent froid glissait sur sa peau, emportant avec lui une partie de ses tourments. Il envisagea d'y monter une dernière fois, de s’immerger dans cette nature qui l’avait toujours apaisé, avant que sa maladie l'en prive définitivement. Chaque jour, il sentait son corps le trahir un peu plus, comme une machine qui s’épuise, et il savait que bientôt, ces longues promenades en altitude ne seraient plus possibles.
Il prit le chemin qui menait vers une crête, juste au-dessus de la ferme où il vivait, et chercha à retrouver cette liberté, ces sensations, cet apaisement qu'il n'avait plus ressenti depuis longtemps. Il en connaissait bien le chemin et le savait abrupt, mais il voulait se tester, connaître la réaction de son corps malade devant un effort considérable et tester son mental, sa capacité à repousser ses limites devant l'adversité que lui opposait la montagne. Chaque pas le rapprochait du sommet, mais le poids de ses souvenirs restait accroché à lui et il tenta de se convaincre que tout cela finirait par s'estomper, que le temps ferait son œuvre.
Pourtant, alors qu’il s’asseyait sur un rocher pour reprendre son souffle, les yeux perdus dans l’immensité du paysage, le visage de Michèle lui revint en mémoire, avec une intensité qu’il ne put réprimer. Il sortit de nouveau son téléphone, le message toujours là, en suspens, attendant son sort. Ses doigts tremblèrent légèrement, non à cause de l'altitude, mais à cause de l'incertitude qui l'envahissait. Il hésitait, tiraillé entre le désir de rompre définitivement et celui, si fragile, de laisser une porte entrouverte.
Un battement de cœur plus tard, il effaça le message, éteignit son téléphone et reprit sa route vers le sommet. Le silence des montagnes l’enveloppait, tout comme les nuages bas qui s'accrochaient aux crêtes. Chaque pas l'éloignait un peu plus du monde, des choix difficiles, des douleurs qu'il ne pouvait affronter. Ici, il n’y avait que l’immensité du paysage et le murmure apaisant du vent.
Le soir venu, il était de retour dans sa petite cabane, assis devant la cheminée dans son vieux fauteuil usé par le temps. Les flammes crépitaient doucement, leur lueur vacillante éclairant la pièce d’une lumière chaleureuse, contrastant avec le froid qui régnait dehors. Il posa sur la table basse devant lui une carte de la région, qu’il avait étudiée des dizaines de fois, et commença à prendre des notes méticuleuses. Le dernier périple qu’il envisageait de réaliser avant que sa maladie ne gagne la bataille.
Il traça du doigt une ligne sur la carte, suivant les sentiers qui serpentent à travers les montagnes, les cols à franchir, les refuges isolés qu’il connaissait si bien. Ce serait un parcours exigeant, mais il avait besoin de ce défi, comme un ultime pied de nez au destin. Il voulait se perdre dans la nature une dernière fois, repousser les limites de son corps avant que celui-ci l’abandonne définitivement.
Il regarda l'âtre et s'immergea dans ses pensées. Ils revit les premiers signes de la maladie, discrets, presque imperceptibles, quelques tremblements, des douleurs diffuses qu’il avait d’abord ignorées. Puis, petit à petit, les signes étaient devenus plus clairs, plus oppressants, jusqu’à ce que la réalité s’impose à lui avec une violence qu’il n’était pas prêt à affronter. Il repensa à sa résolution de tout quitter pour s’enfuir ici, loin de la ville, des regards pleins de pitié et des questions auxquelles il n’avait pas de réponse, loin de Michèle.
Il écrivit quelques mots dans son carnet, une sorte de journal qu’il tenait depuis son arrivée dans les Pyrénées. Il n’y consignait que des détails pratiques, des observations sur ses randonnées, jamais rien de personnel. Pourtant, ce soir-là, alors qu’il refermait le carnet, il hésita, la plume suspendue au-dessus de la page. Devait-il y laisser quelque chose de plus ? Une trace de ce qu'il vivait, de ce qu'il ressentait vraiment ?
Ne devrait il pas laisser une explication de ses actes ?
La fatigue se faisait sentir, non seulement dans son corps, mais aussi dans son esprit. Il se leva, jeta un dernier coup d'œil à la carte étalée sur la table, et se dirigea vers la cuisine où il prit son traitement, qu'il savait n'être qu'un retardateur de l'échéance finale.
Avant de se coucher, il sortit puis leva les yeux vers les montagnes. Le ciel était éclairé par une lune presque pleine. Il pouvait voir les sommets se dessiner, se dresser majestueux et éternels, comme si rien ne pouvait les atteindre. Il se demanda combien de temps il aurait encore la force de les affronter.
Puis son regard se porta plus haut, vers le ciel où les étoiles scintillaient avec une intensité envoûtante, les constellations l'appelant à lui comme une invitation à se mêler à leur danse céleste, comme si l'éternité de ces astres était lié à la sienne, fusionnant dans une harmonie silencieuse et infinie.
Ce sentiment d'appartenance à l'espace l'accompagna encore lorsqu'il se dirigea vers sa chambre. En se glissant sous les draps, une étrange sérénité l'envahit. Dans quelques mois, il entamerait son dernier voyage, sans savoir s'il reviendrait et pourtant, pour la première fois, cette incertitude ne l'effrayait plus. Au contraire, elle lui offrait une forme de liberté, celle de choisir comment finir cette course contre le temps et la maladie.
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