5. La ferme
Le réveille matin sortit Julien de son sommeil : Quatre heures...
Il lui fallut quelques secondes pour retrouver ses repères. Puis, brusquement, les souvenirs lui revinrent : le crash de l’aéronef, le sauvetage de la jeune femme...
Se redressant légèrement, il alluma la lampe de son téléphone pour balayer la pièce du regard. Dans l’autre petit lit, Elena dormait paisiblement, son visage détendu, comme si le chaos de la veille n’avait jamais existé.
Il se leva, sortit de la chambre sans bruit pour se rendre dans la cuisine. Le refuge était plongé dans la pénombre. Toujours éclairé par la faible lueur de son portable, il prépara deux cafés qu'il posa sur une assiette puis, il prit une petite boîte contenant des biscuits dans son sac.
Il retourna dans la chambre et s’approcha lentement d’elle.
Allongée sur le côté, elle était tournée vers le mur, sa respiration douce et régulière, comme bercée par un calme fragile. L’observant un instant, il sentit une vague de soulagement le traverser. Après tout ce qu’elle avait vécu, la voir ainsi, paisible, le rassura, ne serait-ce qu’un instant.
Il repensa aux paroles d'Elena
"lls voudront me questionner... Il faudra que je parle, coûte que coûte. Ils voudront connaître tous mes secrets, toutes mes connaissances puis, quand ils auront tout ce qu'ils voulaient..."
Il ferma les yeux un instant puis, d’un geste délicat, il tendit la main pour effleurer sa joue du revers des doigts. Sa peau était tiède, incroyablement douce, contrastant avec la fraîcheur qui régnait encore dans la pièce. Elena entrouvrit doucement ses yeux, tourna la tête et vit le visage souriant de son nouvel ami :
— Bonjour, murmura-t-il.
Son regard était empreint de douceur. Julien ressentit soudain l'envie irrépressible de poser ses lèvres sur les siennes.
Comme si elle avait perçu cette intention, elle recula doucement et s'assit, le dos appuyé contre le mur.
— Je vous ai préparé un café. Attention, c'est chaud.
Elle prit la tasse que Julien lui tendait en souriant.
"Un biscuit fourré au chocolat." ajouta-t-il. Elle porta la douceur à son nez, respirant l'arôme sucré.
— C'est très bon, vous allez aimer, lui dit-il doucement.
Puis, il s'assit à côté d’elle, remarquant sous la lumière tamisée combien elle paraissait plus jolie que la veille. Son visage avait retrouvé une teinte plus vive, ses traits s’étaient adoucis. Elena goûta le biscuit du bout des lèvres :
— "Jhera !"J'adore ça, c'est délicieux !
— "Jhera" ? demanda julien.
— Du chocolat, nous en fabriquons sur notre planète. Le vôtre est un peu différent mais il est très bon, dit-elle avant de souffler sur sa boisson. Elle but une gorgée puis grimaça légèrement.
— Ça aussi, c’est bon, mais c'est plus amer.
Julien sourit, amusé :
— Oui, c’est vrai, le café est souvent comme ça... amer.
Les yeux brillants, Elena observa le jeune homme brièvement avant lui demander :
— C’est une coutume de votre planète de manger dans un lit ?
Julien mit sa main devant la bouche et rit délicatement. Il commençait à apprécier l'humour de la jeune femme :
— Non, c’est plutôt une tradition. Enfin... C’est ce que font les amoureux quand ils… Il s’interrompit brusquement, un peu gêné. Non, je ne voulais pas dire que je suis amoureux... En fait, c'est pas ce que je voulais dire, vous comprenez ?
Elena, amusée par sa maladresse, esquissa un petit sourire :
— Oui, je comprends, dit-elle en posant la tasse sur l'assiette. Merci pour le café et le biscuit, c’est très gentil à vous.
Julien se détendit, soulagé de ne pas l’avoir mise mal à l’aise, et profita de l’occasion pour changer de sujet :
— Comment vous sentez-vous ce matin ?
Elena grimaça en essayant de bouger son pied :
— Ma cheville me fait moins mal mais je pense qu'elle est un peu enflée. Je vais sûrement avoir du mal à marcher.
Julien hocha la tête, compréhensif :
— C’est normal, mais ne vous inquiétez pas, j'ai pensé à vous. Regardez !
Il prit les deux faces de la cagette qu'il avait récupérée la veille et sortit le pied droit d'Elena en dehors de la couverture :
— Je peux ?
Avant qu'elle ne réponde, il les positionna soigneusement de part et d'autre de la cheville d'Elena. Ses gestes étaient précis, malgré l'urgence de la situation. Puis il prit une fine cordelette trouvée dans son sac à dos, et, avec une attention minutieuse, il fixa les morceaux de bois autour de sa cheville, créant ainsi une attelle de fortune.
Ses doigts glissaient habilement sur les nœuds, serrant juste ce qu'il fallait pour immobiliser la blessure sans lui causer davantage de douleur.
La jeune femme, bien que silencieuse, serra les dents face à la gêne, mais le regard de Julien, concentré et apaisant, l'aidait à supporter l’inconfort. Une fois l'attelle en place, il laissa échapper un souffle de soulagement, satisfait de son travail improvisé.
C’était loin d’être parfait, mais suffisamment solide pour qu'elle puisse marcher.
— C'est comment ?
— Ça ira, répondit-elle en grimaçant.
Il se leva pour aller chercher un verre d'eau et un antalgique. A son retour, Elena le remercia, touchée par son attention.
Une connexion discrète mais sincère semblait se tisser entre eux dans ce refuge temporaire.
Puis, ils s'habillèrent en silence chacun de leur côté lorsque Julien vit qu'Elena avait enfiler son uniforme argenté :
— Nous allons profiter du calme de la nuit pour partir, lui dit-il.
Mais avant de sortir, Julien lui tendit sa polaire :
— C’est moins voyant, dit-il en lui faisant un clin d’œil.
Puis, plus sérieusement, il ajouta :
— Allez... C'est le moment de prendre la route.
Ils quittèrent le refuge sans un bruit, s’enfonçant dans la nuit, en direction du sud.
Elena, soutenue par Julien, s'appuyait sur sa béquille et avançait prudemment. La marche vers la voiture serait long, Julien l'ayant estimé à près de quinze heures.
Sous la pâle lumière de la lune, ils progressaient lentement, chaque pas résonant dans le silence de la vallée. Toujours attentif, il gardait un rythme régulier pour ne pas l'épuiser.
Elle, malgré la douleur et la fatigue, s'efforçait de rester concentrée, se focalisant sur ses pas. A chaque pause, Julien scrutait l’horizon, toujours sur ses gardes. Il tentait de maintenir le moral d’Elena, lui parlant de la Terre, ou partageant avec elle des anecdotes légères pour alléger l'atmosphère.
Les heures passèrent lentement lorsque enfin, la lumière de l’aube commença à poindre au-dessus des montagnes. Julien accéléra le pas, soulagé de voir les premières lueurs du jour :
— On avance bien, murmura-t-il à Elena, qui s’accrochait à lui avec détermination.
La lumière du jour leur donna un nouvel espoir, une énergie renouvelée. Lorsqu’ils atteignirent la lisière de la forêt en contrebas, Julien proposa de s’arrêter quelques instant pour se reposer et manger un peu. Ils trouvèrent un coin abrité, à l’écart des sentiers. Il sortit du pain, du fromage et un peu d’eau de son sac, puis ils mangèrent en silence, savourant cette pause bienvenue :
— Encore cinq heures de marche, mentit-il doucement, en consultant sa montre. Il savait qu'il en faudrait bien plus, leur cheminement étant très lent.
Elena hocha la tête, déterminée malgré la douleur. Il lui donna un nouvel antalgique, puis Julien l'aida à se relever en ajustant sa béquille :
— Prête ? demanda-t-il.
Elle le regarda et ferma les yeux en guise de réponse, serrant la mâchoire pour contenir la douleur.
Ensemble, ils s'enfoncèrent à nouveau dans le chemin, déterminés à rejoindre la voiture avant la tombée de la nuit.
Le sentier devenait de plus en plus escarpé à mesure qu’ils progressaient, les racines des arbres formaient des pièges invisibles sous leurs pieds fatigués. Pourtant, inexorablement, ils avançaient.
Julien jetait régulièrement des regards inquiets vers Elena, dont le visage se crispait de douleur à chaque pas. Il voyait bien qu’elle peinait, mais son silence tenace témoignait de son courage et de sa détermination. Le soleil encore haut dans le ciel, la chaleur et la soif se faisaient ressentir, lorsque oudain, elle s'arrêta net, haletante :
— Je n'en peux plus.
Julien perçut la panique dans sa voix :
— Ça va aller, ne t'inquiète pas, je suis là.
— J'ai juste besoin de souffler une minute, murmura-t-elle en s'asseyant sur une grosse pierre.
— Il s'assit à ses côtés, sortit sa gourde pour la faire boire, lentement.
— Prends ton temps, Elena, on va y arriver, murmura-t-il. Nous serons bientôt chez moi... d'accord ?
Courageusement, elle se releva et sans hésiter, Julien la souleva de terre pour la prendre dans ses bras. Malgré sa maladie et sa perte musculaire, Il restait un homme fort et déterminé. Pour lui, Elena était presque aussi légère qu'une plume :
"Pourvu que je ne flanche pas", pria-t-il silencieusement avant de reprendre leur chemin.
Au bout d'une demi-heure, il fit une pause, reposant son amie au sol. Elle s'appuya lourdement sur sa béquille pendant qu'il glissait son épaule sous son bras, afin de la soutenir davantage. Il savait que chaque seconde comptait, mais il ne pouvait pas la forcer au-delà de ses limites. Si près du but, la route semblait pourtant interminable.
Il souffla à son oreille :
— Courage...
Elle leva les yeux vers lui et lut dans son regard une force rassurante. D'un lent hochement de tête, elle ferma brièvement les paupières, puis inspira profondément :
— Je suis prête, déclara-t-elle enfin, la voix plus assurée.
Ils reprirent la marche, seuls les bruits de leurs pas et le murmure des feuilles agitées par le vent rompant le silence. Ils marchaient à un rythme lent mais déterminé. Elena boitait de plus en plus, chaque pas s'accompagnant d’une grimace de douleur qu’elle essayait de dissimuler. Julien gardait son bras fermement autour d’elle, son regard oscillant entre le chemin et le visage crispé de la jeune femme.
De temps en temps, il la prenait dans ses bras mais la fatigue aidant, il ne pouvait la porter guère plus d'un quart d'heure.
Mais il savait que cela la soulageait véritablement.
Les minutes s’étiraient, l’air devenant plus frais à mesure que le soleil disparaissait derrière les hauts sommets.
Puis, au détour d’un virage, la vieille Lada de Julien apparut enfin, stationnée le long du ruisseau, sa silhouette familière réconfortante dans l’obscurité naissante :
— Voilà la voiture, dit Julien avec un soupir de soulagement. On y est...
Pour toute reponse, Elena esquissa un sourire fatigué.
Lorsqu'ils atteignirent le 4X4, Julien ouvrit rapidement la portière côté passager :
— Assieds-toi.
Il l’aida à s’installer et prit soin de glisser la béquille sur le siège arrière. Une fois assise, Elena laissa échapper un profond soupir, soulagée d’être enfin hors de cette marche interminable :
— Merci, murmura-t-elle, reconnaissante.
— Je t'en prie, répondit-il en souriant. Puis, Il referma doucement sa portière, fit le tour de la voiture et s'installa derrière le volant.
Lui-même était épuisé. Un instant, il posa son front contre le volant, remerciant silencieusement le ciel de ne pas avoir eu de crise pendant le trajet du retour. Puis, il démarra la vieille voiture.
Le ronronnement rassurant du moteur diesel brisa le silence qui régnait dans le hameau tandis qu’ils s’engageaient sur le chemin menant à la ferme.
Il jeta un rapide coup d'œil à la jeune femme qui semblait souffrir mais elle ne dit pas un mot.
— Dans quelques minutes, nous serons à la maison, la rassura-t-il.
La route serpentait à travers des champs endormis, alors qu'au loin, la ferme de Julien perçaient timidement l’obscurité.
Bientot, la vieille bâtisse en pierre apparut totalement, entourée de quelques arbres noueux. Le porche, éclairé par des dernière lueur du jour, leur offrait un accueil modeste mais chaleureux.
— Voilà mon château, dit doucement Julien en coupant le moteur.
Elena ouvrit les yeux, encore embrumée par la fatigue, mais elle trouva la force d’esquisser un sourire à sa plaisanterie.
Il sortit rapidement, contourna la voiture et ouvrit la portière :
— Tu permets, Princesse ? dit-il en se penchant vers elle. Elena se mit alors à rougir et dut cacher son visage pour ne pas qu'il ne s'en aperçoive.
Sans attendre de réponse, il la souleva délicatement dans ses bras et la porta jusqu’au porche, où il la déposa sur le petit banc de bois, accolé sur le mur en pierre de la ferme. Son sourire apaisant rencontra son regard :
— Juste le temps d'ouvrir la porte.
Ce qu'il fit, d'un geste familier, puis il se tourna vers elle avant de la prendre de nouveau dans ses bras pour passer la porte :
— Encore une coutume, dit-il en souriant. C'est ce que font les jeunes mariés lorsqu'ils franchissent le pas de leur maison.
Elena sourit sans qu'il la voit alors qu'il la portait jusqu'à l'intérieur. Il l'aida à se mettre debout, sachant qu'elle n'avait plus de force. Elle s'accrochait à lui, les bras autour de son cou et les jambes tremblantes sous l’effort.
Il la fit s'asseoir délicatement sur le vieux canapé en cuir avant de retourner à la voiture chercher la béquille et son sac.
La ferme se dévoila alors à Elena, simple mais empreinte de chaleur. L'air était chargé de l'odeur apaisante du bois et de la terre, comme un refuge dans la tempête. Engourdie par la fatigue, elle prit un moment pour observer l'intérieur de ce havre. Les murs en pierre, robustes et accueillants, semblaient murmurer des histoires anciennes, tandis que le vieux canapé lui offrait un confort apaisant, comme une étreinte familière.
Les dernières lueurs du jour filtraient à travers les fenêtres, créant des jeux de lumière dansants sur le sol en bois, ajoutant une touche de magie à l'atmosphère.
Elena se sentit enveloppée par cette ambiance chaleureuse, comme si la ferme était un refuge, un havre de paix, loin des tumultes du monde extérieur. Chaque détail, du vieux mobilier aux petites décorations, contribuait à créer un sentiment de chez-soi. Un sourire se dessina sur ses lèvres en réalisant qu'elle était ici, dans ce lieu vibrant de vie et d'accueil.
Julien entra puis referma la porte derrière lui.
Elena aperçut un petit animal se frotter à ses jambes, ronronnant de bonheur à la vue de son maître.
— Voilà, on est enfin à la maison, dit-il avec un sourire tendre.
— Bienvenue chez moi ! Installe-toi confortablement, je vais te préparer une boisson chaude.
Elena s’affaissa doucement sur le canapé moelleux, laissant son corps s’alourdir après tant d’effort. Son regard fatigué continuait à parcourir la pièce, tandis qu'il la regardait un instant.
Un mélange de soulagement et de tendresse brilla dans ses yeux.
Puis, il se dirigea vers la petite cuisine attenante, attrapa une casserole pour y versa du lait, le silence de la maison ponctué seulement par le bruit de ses gestes. Julien remua doucement la cueiller dans la casserole sur le feu, laissant ses pensées vagabonder au rythme apaisant du liquide qui chauffait.
Malgré la douceur apparente de ce moment, une douleur sourde vint à le saisir, s’installant dans le haut de son dos et dans sa poitrine. Ses muscles commencèrent à se raidir. Il enserra le bord du comptoir pour se soutenir, le souffle devenu un peu plus court. Il ouvrit rapidement un placard de la cuisine pour y saisir la boîte de médicaments de secours.
Ses mains tremblaient et rendaient la tâche difficile, mais il réussit à sortir une dragée de l’emballage avec un soupir de soulagement. Se saisissant d’un grand verre d’eau, il avala le comprimé avec précaution, espérant que l'apaisement viendrait vite.
Il posa délicatement le verre sur la table de travail, ferma les yeux un instant, avant de prendre une profonde inspiration pour essayer de calmer la douleur qui persistait.
Il savait que ce n’était pas le moment de s’écrouler, il devait rester fort, pour Elena, pour lui-même, encore quelques instants.
Après quelques minutes, il sentit la douleur se dissiper lentement et ses muscles se décontracter. Il se redressa dans un effort, avant de reprendre la casserole en main. Il en versa le contenu dans une tasse, puis le chocolat et il se dirigea vers le salon.
Quand il s'approcha d'Elena, il la vit installée sur le canapé, ayant trouvé une posture plus confortable.
Ses yeux s’ouvrirent avec une lueur de gratitude lorsqu’elle vit Julien arriver. Il s’assit sur une chaise, face à elle, posant la tasse sur la table basse avec un sourire rassurant.
— Voilà, reprit-il d’une voix douce. Il ajouta en souriant :
— "Jhera !" Ça aussi, c'est délicieux... moins amer que le café.
Elena prit la tasse avec des gestes encore lents mais plus assurés. Tandis qu’elle dégustait la boisson chaude, Elisa monta sur le canapé et s'installa à ses pieds en l'observant attentivement. Julien s’installa près d’elle, prenant soin de ne pas montrer le moindre signe de fatigue ou d’inconfort.
— N'aie pas peur, dit-il en souriant. Elle est un peu intrusive mais elle ne te fera pas de mal.
— Je sais, répondit-elle en regardant la chatte multicolore puis elle s'adressa à lui:
— J'aime les chats. J'en ai plusieurs sur Lyräan mais ils sont légèrement différents, un peu plus gros.
Elle le regarda, ses yeux brillants cherchant ceux de Julien :
— Je ne sais pas comment te remercier, murmura-t-elle.
Julien hocha doucement la tête, les yeux plongés dans les siens avec une tendresse sincère. Il était heureux de la voir retrouver un peu de confort, même si sa propre douleur était loin de s’évanouir :
— Lyräan... C'est le nom de ta planète ?
Elle le regarda et hocha la tête de manière rapide en buvant son chocolat. Elle avait ouvert de grands yeux, et sa mimique fit sourire Julien.
La soirée avait rafraîchi l'air de la pièce.
Cette odeur, celle des vieilles pierres, lui évoquait des souvenirs d'enfance passés dans la campagne de sa planète, où chaque recoin des maisons était imprégné de l'amour de ceux qui les habitaient.
Le crépuscule déclinait lentement, laissant la place à une douce pénombre. Il se leva en direction de la vieille cheminée, ses pas résonnant légèrement sur le sol en bois poli, puis s'agenouilla devant l'âtre.
Il choisit soigneusement les bûches, les arrangeant en un petit monticule, puis ajouta quelques brindilles sèches et un peu de papier froissé parmi les morceaux de bois. Il accomplissait ces gestes avec une certaine solennité. Puis, il saisit la boîte d'allumettes posée sur la poutre, en tira une et la craqua.
La petite flamme dansa un instant sur le côté avant de dévorer le bois sec. Une lueur dorée commença à s’élever doucement, faisant vaciller les ombres sur les murs. Les crépitements du feu se mêlèrent au silence ambiant, créant une mélodie rassurante et semblant leur offrir la paix pour un temps. Julien souhaitait que tout soit parfait pour elle, que ce moment, après tant de douleur, soit un instant de sérénité.
Il ajouta une ou deux bûches supplémentaires, ajustant le bois pour permettre au feu de se répandre plus largement.
Les premières flammes formèrent une danse vive.
Peu à peu, la chaleur du feu se diffusa dans la pièce, enveloppant l'espace d'une douce tiédeur. La lumière dorée, mêlée à la pénombre du crépuscule, dansait sur les vieux fauteuils en cuir usés, projetant des éclats scintillants qui se reflétaient sur les murs de pierre.
— Nous y sommes finalement arrivés, murmura-t-il en se tournant vers elle.
Mais Elena s'était endormie, épuisée par la douleur et la fatigue. Il prit le plaid du vieux fauteuil et le déposa délicatement sur la jeune étrangère.
Il resta quelques instants à la contempler, réalisant qu'il ressentait pour elle des sentiments délicats et troublants qu'il ne comprenait pas.
Le silence envahit alors la pièce, uniquement troublé par le doux crépitement du feu qu'il venait d'allumer et la pensée qui traversa son esprit :
"Que pouvait-elle ressentir, blessée, épuisée, si loin de chez elle ?"
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