8. Découverte.

15 minutes de lecture

Julien frappa doucement à la porte de la chambre d'Elena. Il n'eut aucune réponse et lorsqu'il entra sur la pointe des pieds, il fut baigné dans la pénombre apaisante de la pièce. Il s’approcha silencieusement du lit, déposa sur la table de chevet une assiette sur laquelle reposaient un chocolat chaud fumant, un verre de jus de fruits frais, deux madeleines dorées, et un antalgique soigneusement disposé à côté.

Il ouvrit délicatement la fenêtre, laissant entrer une brise légère et vivifiante. Le chant discret des oiseaux du matin accompagnait le mouvement des volets qu’il rabattit lentement, puis il tira le rideau juste ce qu'il fallait pour adoucir la lumière du jour naissant. Une douce lueur dorée envahissait désormais la pièce, créant un cocon de calme et de douceur.

S’approchant de son amie, Julien se pencha près de son visage, sa voix un murmure rassurant :

- Elena, il est l’heure.

Elle cligna des yeux, ses paupières lourdes encore alourdies par le sommeil. Ses premiers mots furent un murmure indistinct, une sorte de protestation, avant qu’elle ne laisse échapper un grognement presque enfantin. Avec une lenteur théâtrale, elle attrapa l’oreiller et le plaça sur sa tête, comme pour se protéger de la réalité de ce réveil trop matinal à son goût. Sans un mot de plus, elle se tourna sur le côté, enfouissant son visage dans les draps.

Julien sourit tendrement, amusé par sa réaction. Il s’agenouilla doucement près du lit, au niveau de sa tête, et murmura d’une voix encore plus douce :

- Je t’ai apporté un chocolat chaud, et des madeleines... Ça aussi, c'est délicieux.

Il laissa ces mots flotter un instant, sachant que l’appel du chocolat et de la douceur pourrait peut-être l’attirer hors de son cocon. Après un long moment de silence, il vit l’oreiller bouger légèrement, puis une main émerger de sous les draps, hésitante, comme un signal d’abdication.

- Mmmh... Je crois que tu as déjà compris comment me convaincre, marmonna-t-elle, encore à moitié endormie, sa voix étouffée par les couvertures.

Elle finit par retirer l’oreiller de sa tête et ouvrit lentement les yeux, clignant plusieurs fois pour s’habituer à la lumière douce qui baignait la pièce.

Ses cheveux noirs, en désordre, tombèrent en mèches indisciplinées sur son visage, accentuant la fragilité et la vulnérabilité que Julien croyait avoir déjà perçues en elle, la veille. Cette même émotion, ce frisson qui l’avait traversé alors, refit surface.

"Elle est tellement jolie."

La pensée jaillit sans prévenir, le prenant au dépourvu. Julien sentit une chaleur étrange s'emparer de lui, puis, une angoisse discrète :

"Et si elle pouvait lire dans mes pensées ?"

Le malaise le traversa, laissant une gêne subtile flotter dans l'air.

- Tu es adorable, dit-elle en soupirant doucement, un sourire tendre se dessinant sur ses lèvres malgré son réveil difficile. Il déglutit, tentant de cacher son trouble, et se leva doucement pour lui tendre l'assiette avec un sourire bienveillant :

- J’ai pensé que ça te ferait plaisir... Une petite douceur avant de commencer la journée. Comment te sens-tu ce matin ?

Elena s’assit avec précaution, réajustant un oreiller dans son dos pour se caler plus confortablement. Ses mains, encore engourdies par le sommeil, enveloppèrent la tasse de chocolat chaud. La chaleur contre ses paumes la réconforta instantanément, et elle laissa échapper un soupir de contentement :

- Merci, murmura-t-elle, ses yeux trouvant ceux de Julien avec une reconnaissance sincère. Je me sens vraiment reposée, enfin. Je vais pouvoir reporter toute mon attention sur ma cheville.

Le silence qui s’installa entre eux n’était pas pesant, mais au contraire, chargé d’une douce complicité. Les premières gorgées de chocolat chaud réchauffèrent Elena tandis que Julien, satisfait de l’avoir réveillée en douceur, se dirigea vers par la fenêtre.

Il observa un instant le paysage, profitant de la tranquillité qui imprégnait la pièce. Le monde extérieur semblait lointain, presque irréel. Ils savaient tous les deux que la réalité finirait par les rattraper, mais pour l’instant, ils savouraient ce calme fragile.

Puis la voix d’Elena brisa doucement la quiétude :

- Julien ?

Il se tourna immédiatement vers elle, surpris par le ton de sa voix :

— Oui ?

Elena hésita un moment, ses yeux scrutant son visage comme pour déceler une vérité invisible, puis elle se décida enfin :

- Il y a quelqu’un dans ta vie ?

La question flotta un instant, suspendue entre eux, plus lourde que Julien ne l’aurait cru. Il ressentit une légère tension se glisser dans son corps, comme si une part de lui avait attendu cette question depuis un moment sans vouloir y faire face. Le regard d’Elena, bien que curieux, n’était pas intrusif. Il y avait dans ses yeux une tendresse sincère, un désir de comprendre sans juger.

Il resta silencieux quelques secondes, cherchant ses mots, mais aussi cherchant la vérité en lui-même. Sa première pensée alla immédiatement à Michèle, à son visage, à ses messages et à cette rupture qu’il lui avait imposée, seulement pour la protéger, mais qui l'avait laissée également dans le flou, pleine d’incompréhension et de douleur.

"Est-elle encore dans ma vie, même si je l’ai quittée ?"

Cette question le déstabilisa :

- Il y a... Il y a eu quelqu’un, oui, finit-il par dire d’une voix légèrement étouffée par l’émotion qu’il tentait de masquer.

Il tourna légèrement son visage vers la fenêtre, évitant le regard d'Elena :

- Mais les choses sont... compliquées. J’ai pris une décision que je pensais juste... pour elle.

Elena, silencieuse, l’observa attentivement, devinant la peine derrière ces mots. Elle ne chercha pas à en savoir davantage, mais quelque chose dans son regard trahissait sa compréhension. Elle tendit la main vers lui comme une invitation :

- Viens, approche.

Il prit la chaise de la chambre et vint s'asseoir à côté de son lit, maintenant une légère distance entre elle et lui, comme s'il voulait éviter tout contact charnel.

- Parfois, la distance qu’on impose pour protéger l’autre finit par le blesser plus qu’on ne l’avait imaginé, murmura-t-elle.

Ses mots flottaient doucement dans l’air.

Julien hocha légèrement la tête, sentant le poids de la vérité dans ses paroles. Il savait qu'elle avait raison, mais admettre cela à haute voix semblait si douloureux. L’image de Michèle lui revint encore, de plus en plus claire. Il lui devait une réponse, elle méritait de connaître la vérité. Mais pour l’instant, il ne pouvait se résoudre à affronter cette réalité.

- C'est ta maladie qui t'a fait prendre cette décision ? demanda Elena, brisant le silence. Sa question était directe, mais posée avec une sensibilité palpable.

Son cœur se serra et Julien ferma les yeux un moment. Il savait qu'il ne pouvait pas continuer à cacher la vérité, mais le poids de l’admettre tout haut était presque insupportable. Il se sentait pris entre le désir de se libérer de ce secret et la peur de dévoiler sa vulnérabilité.

- Oui, dit-il enfin, sa voix tremblante. C’est... c’est en partie à cause de ma maladie. J’ai voulu... j’ai cru que c’était mieux pour elle si je m’éloignais. Mais je ne savais pas à quel point cela lui ferait mal.

Il s’arrêta, cherchant ses mots, la douleur de sa propre décision visible dans ses yeux. La vérité était désormais sur la table, fragile et brutale, et il savait qu’il devait maintenant faire face aux conséquences de ses choix. Puis il reprit ses explications et Elena l'écouta attentivement, son regard reflétant une compréhension profonde, mêlée d’une compassion silencieuse.

Julien sentit une vague de soulagement mêlée de tristesse, se rendant compte que même s’il venait de partager un lourd fardeau, il avait encore beaucoup de chemin à faire pour comprendre et accepter ses propres décisions. Le silence revint entre eux, mais cette fois-ci, il était teinté d’une compréhension silencieuse, d'une sorte de solidarité entre deux âmes blessées.

Puis il lui sourit :

- Nous n'avons pas beaucoup de temps devant nous et nous devons nous préparer. C'est l'heure de se lever !

Elena le fixa un instant, ses yeux pétillant d'une admiration sincère. Elle trouva une force et une résilience dans sa présence, malgré les épreuves qu'il traversait. Le choix difficile qu'il avait dû faire, sa maladie, et maintenant son aide inébranlable... Tout cela commençait à transformer sa vision des habitants de cette planète : Ils étaient plus que des étrangers, mais ils étaient des âmes courageuses, façonnées par leurs propres batailles.

Julien perçut la profondeur de ses pensées, la manière dont elles faisaient écho à ses propres réflexions. Il savait qu'il avait touché quelque chose en elle, une compréhension et un respect qu'il appréciait :

- Il y a un endroit près de la grange où le coucher de soleil est magnifique, dit-il, avec un sourire complice. Si nous réalisons nos objectifs de la journée, je promets de t’y emmener.

Il sortit de la chambre en lui lançant un dernier regard encourageant avant de se rendre dans la salle de bain pour se préparer. Le bruit de l’eau qui coulait et les éclats de lumière traversant les fenêtres lui offrirent une pause bienvenue. Il se prépara avec une routine rapide mais méthodique, afin d'affronter la journée avec la même énergie qu'il avait mise dans ses paroles. Il prit son traitement puis se rendit dans sa chambre pour aller s'habiller.

Pendant ce temps, Elena, enveloppée dans ses couvertures, laissa un sourire serein se dessiner sur ses lèvres. L’idée de ce coucher de soleil, prometteur d’un moment de beauté et de tranquillité, était une lueur d’espoir dans une journée chargée de défis. Elle se leva lentement, posant difficilement le pied au sol et enfila des vêtements confortables qu'avait mis Julien à sa disposition. Elle s’étira pour chasser les dernières traces de sommeil, prit sa béquille et se dirigea vers la cuisine où l’odeur du chocolat chaud et des madeleines encore tièdes flottait dans l’air.

Sur la table, elle découvrit un petit mot que Julien avait laissé à côté de la tasse, rédigé avec une écriture soignée :

"Prends ton temps Princesse, la journée sera belle."

Son cœur manqua un battement :

"Pourquoi a -t-il utilisé ce surnom ?" pensa-t-elle. Mais ce geste simple et attentionné lui apporta un réconfort inattendu. Elle le lut avec un sourire, se sentant prête à affronter la journée avec une énergie nouvelle, puis elle glissa le petit mot dans la poche de la chemise de Julien, qui lui servait de chemise de nuit. En se dirigeant vers la salle de bain pour se préparer, elle jeta un dernier regard vers le ciel encore pâle à travers la fenêtre, se remémorant les paroles de son ami et l'espoir que la journée leur offrirait.

Julien sortit de sa chambre, prêt pour la journée et attendit Elena, un éclat de détermination dans ses yeux. Lorsqu'elle aussi fut prête, ils échangèrent un regard complice avant de sortir, prêts à affronter les découvertes qui les attendaient dans le monde extérieur. Ils savaient que chaque moment qu'ils partageraient serait précieux, chaque pas qu'ils feraient ensemble les rapprocherait un peu plus de leurs objectifs. Le temps filait rapidement alors qu’ils s’organisaient, leur complicité grandissante renforcée par leurs échanges et leur préparation. La promesse d’un coucher de soleil magique se profilait à l’horizon, comme une douce récompense après une journée pleine de défis et de découvertes.

- Où allons-nous demanda-t-elle ?

- A Laruns, un petit village dans la vallée. Nous allons y faire quelques courses. J'ai préparé une liste de tout ce dont nous avons besoin, à commencer par te trouver des vêtements. Il marqua une pause, réfléchissant, les yeux levés vers le ciel :

- Il y a un marché là-bas qui est assez réputé. On pourra y trouver tout ce qu’il nous faut, et peut-être même dénicher quelques trésors locaux.

Elena hocha la tête, le sourire se dessinant sur ses lèvres alors qu’elle imaginait la scène. La perspective d’une sortie dans un village local, avec son marché animé et ses étals colorés, était un contraste rafraîchissant avec ses missions scientifiques sur Terre et son quotidien sur Lyräan. Julien semblait également impatient, comme si cette escapade offrait une bouffée d’air frais au milieu de leur mission.

Ils se mirent en route pour Laruns. Le trajet dans la vieille Lada se déroula dans une atmosphère légère, ponctuée de rires et de discussions. Julien parla des différents produits locaux et des endroits intéressants à visiter, tandis qu’Elena les comparait à ses propres découvertes et anecdotes de son monde lointain.

Il se rendit immédiatement au centre commercial, où il choisit avec soin des vêtements pour Elena pendant qu'elle l'attendait dans la voiture. Il acheta un jean, une robe, quelques tee-shirts, deux pulls en polaire, et une paire de baskets. Il la rejoignit par la suite et se dirigea vers une aire de repos, où elle put se changer en toute tranquillité.

A leur arrivée dans Laruns, le petit village de montagne les accueillit avec ses ruelles pavées et ses boutiques pittoresques. Le marché était vibrant, rempli de couleurs et de sons, les étals regorgeant de produits locaux allant des fruits frais aux tissus artisanaux. Elena, émerveillée par la diversité des marchandises, se laissa guider par Julien à travers les stands, appréciant chaque nouvelle découverte.

Lui, attentif à ses besoins, veillait à ce qu’ils trouvent tout ce qu’il avait inscrit sur sa liste. Entre les achats nécessaires et les petites curiosités, ils réussirent à compléter leur mission tout en s’imprégnant de l’atmosphère animée du marché. Puis, il prit le temps de s'arrêter dans une pharmacie où il acheta une bande adhésive qu'il utilisa pour "strapper" la cheville d'Elena.

— Ça va accélérer ta guérison, lui confia-t-il.

A midi, ils se rendirent dans un petit restaurant proche du centre de la commune. Julien choisit le menu du jour, voulant faire découvrir de nouvelles saveurs à son amie. Quelques minutes plus tard, le serveur arriva, apportant un plat simple mais généreux à base de légumes et viande cuisinés à l'huile d'olive et de fromages locaux, agrémentés d'un vin blanc de Bordeaux. Ils mangèrent en silence pendant quelques minutes, savourant chaque bouchée.

- Tu sais, dit-il après un moment, c'est exactement ce dont on avait besoin : Un bon moment de calme et de détente.

Elena le regarda, un léger sourire se dessinant sur ses lèvres :

- Je pensais exactement la même chose.

Et sous la douce lumière de midi, entourés des rires et des discussions des autres, ils profitèrent de ce moment suspendu, une parenthèse de tranquillité après une matinée bien remplie. Après le dessert et un café serré, ils se rendirent dans une boutique spécialisée dans les vêtements et équipements de montagne où ils achetèrent tout ce dont ils auraient besoin pour effectuer leur périple puis, ils prirent le chemin du retour.

Quand il arrivèrent à la ferme, ils furent reçus par les miaulements intempestifs d'Elisa qui semblait les accuser de l'avoir délaissée. Julien pénétra dans la pièce principale et lui caressa la tête.

Alors qu'il se rendit dans la cuisine pour aller chercher ses croquettes favorites, il ressentit ce qui était bien plus qu’une douleur habituelle. Une vague brûlante monta en intensité dans sa poitrine et dut se contenir la poitrine, comme si chaque souffle devenait une épreuve. Ses jambes tremblèrent sous lui, l'obligeant à s'agenouiller et quand il tenta de se redresser, ses muscles se contractèrent violemment, devenant rigides comme de la pierre. Ses mains se crispèrent douloureusement, les doigts s'arquant dans une posture inhabituelle, presque effrayante, déformées par les spasmes.

Il sentit son corps lui échapper et chaque mouvement devint un effort herculéen face à la souffrance qui ne cessait de grandir, accentuée par une impossibilité de respirer comme si un étau invisible comprimait sa cage thoracique.

A la vue de son ami, Elena jeta sa béquille au sol et se précipita vers lui. Son cœur battait à tout rompre en voyant la douleur dans les yeux de Julien, mais elle ne pouvait pas se laisser submerger par ses émotions.

Elle s'agenouilla à ses côtés, attrapant son cylindre sans hésitation. D'une main sûre, elle se concentra sur l'étrange objet et murmura quelques mots dans sa langue natale, des mots qu'elle n'avait pas prononcés depuis longtemps :

"Ôr Aelara’n vel, Ôr virren árah,

Éy lun velmir Aen, Vé lüma sé nariel,

Vé tarin sé velyan, Vé shéa nélin ëmral."

A peine les avait-elle prononcés que le cylindre émit un grésillement étrange, presque imperceptible au début, puis de plus en plus fort. Une lumière douce d'un vert pastel, à peine visible à l'œil nu, s'échappa de l'objet, enveloppant la pièce d'une chaleur apaisante :

- Skila, turum, ascla is, Skila, Ascla is.

Julien, pris dans l'étau de sa douleur, sentit soudain une étrange vibration parcourir son corps. Ce n'était pas violent, ni douloureux , mais désagréable, comme une onde qui tentait de briser la rigidité de ses muscles et de sa poitrine. La douleur, qui quelques instants plus tôt était insupportable, commença à se dissiper, laissant penser que le grésillement du cylindre agissait directement sur les spasmes qui déformaient son corps.

Elena tenait délicatement le cylindre entre ses doigts :

— Skila, tyn'ra is, vel'anël, shaenël.

La chaleur émanant de l'objet semblait s'infiltrer dans chaque fibre du corps de Julien. Il réussit à inspirer profondément pour la première fois depuis le début de la crise, sentant la pression s’alléger dans sa poitrine. Ses mains, autrefois crispées et déformées, commencèrent lentement à retrouver leur forme naturelle. Les spasmes qui secouaient son corps perdirent en intensité, remplacés par une lourde fatigue.

- Elena... je suis désolé, réussit-il à articuler entre deux respirations, la voix semblait brisée.

Elena ne répondit pas tout de suite. Elle tint le cylindre encore quelques secondes, connectée à lui, le fixant comme si elle contrôlait quelque chose d'invisible :

- Ura es temis, Skila, Ura es Temis. Adiate.

Puis, elle se déconnecta du cylindre dont le grésillement s'arrêta progressivement, la lumière émise se dissipant. Elena rangea l'étrange objet dans sa poche. Agenouillée à côté de lui, Elle prit la tête de Julien dans ses mains, la posa délicatement sur sa cuisse et lui caressa les cheveux :

- Ne t'excuse pas Julien, tu n'es pas responsable de ta maladie.

Il la regarda, une larme coulant le long de sa joue :

- Que s'est-il passé ? Que m'as tu fait ?

- C'est... un savoir ancien, murmura-t-elle doucement. Ça ne guérit pas mais ça apaise. Elle effleura délicatement son visage :

- Relaxe-toi maintenant.

Elle se mit à fredonner un air doux, un sorte de berceuse qui faisait penser à une musique celte ou nordique, comme un chant mystique, tout en caressant le visage de son ami. Les battements du cœur de Julien se calmèrent et quelques minutes plus tard, les douleurs étaient oubliées mais avaient laissé la place à une grande lassitude. Elle l'aida quand il voulut se relever et debout, il lui fit face en la regardant tristement :

- Ça n'avait jamais été aussi violent. Je crois que mon traitement ne suffit plus. Le temps m'est compté Elena.

- Ça va aller Julien, nous allons te soigner. Tu dois continuer à croire.

Elle écarta une mèche qu'il avait devant les yeux, caressa sa joue puis le serra dans ses bras. Imperceptiblement, elle se dressa sur la pointe des pieds et le regarda tendrement, puis son visage s'approcha du sien et elle posa ses lèvres sur les siennes. Leur baiser fut empreint de tendresse et de douceur et ne dura qu'un instant suspendu, doux et fragile, comme s'il contenait à la fois la promesse d'un réconfort et l’écho des épreuves qu'ils avaient traversées ensemble.

Julien ferma les yeux, laissant sa fatigue se dissiper un peu dans ce moment de tendresse. Le poids de ses douleurs semblait s’évanouir, ne serait-ce que pour ces quelques secondes partagées avec elle.

Elena, toujours contre lui, sentit son cœur ralentir, s’apaisant au rythme du sien. Quand il ouvrit les yeux, elle le regarda avec une intensité nouvelle, une profondeur qu’ils n’avaient jamais vraiment explorée avant. Mais au lieu de mots, ce fut un silence qui parla pour eux, un silence où tout fut dit sans qu’ils eussent besoin d’articuler la moindre phrase, le moindre mot, le moindre son.

- Quand le moment sera venu, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te guérir, chuchota Elena, les yeux brillant. Il y avait de l'assurance et de la détermination dans ses mots.

Julien hocha lentement la tête, ému par la force qu’elle dégageait. Il aurait voulu lui dire qu’il s’inquiétait pour elle et pour tout ce qu’elle avait enduré. Mais les mots restaient coincés dans sa gorge, comme s’ils n’avaient plus d’importance face à la vérité de l’instant. Ce n’était plus le moment des promesses à demi-mot, mais celui de l’acceptation silencieuse de ce qu’ils étaient prêts à affronter ensemble.

- Merci, murmura-t-il finalement.

Elena lui sourit faiblement, puis se détacha légèrement de lui, le tenant toujours par les mains :

- Repose-toi un peu, tu en as besoin, ajouta-t-elle.

Julien acquiesça. Il se sentait épuisé, mais étrangement apaisé par sa présence. Tandis qu'il s'installait sur le canapé, Elena s’assit à ses côtés, refusant de le quitter des yeux. La peur qui la rongeait n'avait pas totalement disparu, mais elle sentait au fond d'elle que cet instant partagé avait fait naître entre eux quelque chose de plus fort.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire A7x ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0