14. L'aveu

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Elena et Julien se levèrent à l'aube. Après leur douce soirée, leur nuit fut trop courte. Le sommeil leur avait à peine suffi et ils savaient qu'une longue journée les attendait.

Ils prirent un petit déjeuner copieux. Ils seraient prêts pour une marche dont l'objectif était la station de Formigal, en Espagne. Ils devaient contourner le lac par le sud puis atteindre leur destination en franchissant les hauts sommets.

Le trajet serait presque trois fois plus long et plus périlleux, mais s'ils empruntaient cette route, ils éviteraient les patrouilles. Leur plan était audacieux mais risqué.

Alors qu'ils terminaient de ranger leurs affaires, Julien jeta un coup d'œil à la carte étalée sur la table. Les sentiers de montagne qu'ils allaient emprunter n'étaient pas les plus directs, mais offraient une discrétion précieuse. Il se tourna vers Elena, qui ajustait méthodiquement son sac à dos.

- Tu es prête ? demanda-t-il à voix basse.

Elle hocha la tête en silence, déterminée. Elle avait toujours cette lueur farouche dans les yeux, celle qui rassurait Julien, même dans les moments les plus incertains et qu'il commençait à bien connaître. Rien ne semblait pouvoir l'ébranler. Au fond d'elle, un tumulte de pensées s'éveillait, des souvenirs de son enfance bercée par des attentes royales, des rituels que son père lui avait inculqué :

"Souviens-toi, ma fille... La dignité d'une princesse repose sur ses responsabilités"

Elle ajusta sa perruque puis plaça les lentilles de contact achetées la veille. Elles étaient d’un brun noisette profond. Au contact de ses yeux, leur couleur changea instantanément. Ses iris, habituellement d’un bleu clair et intense, prirent une teinte plus sombre, plus douce... mais artificielle.

Elle jeta un dernier coup d'œil dans le miroir. Son regard avait perdu de son éclat habituel. Il dissimulait également une partie de sa véritable identité. Mais elle savait que ce détail était crucial pour passer inaperçue.

Julien l’observa du coin de l'œil. Elle détestait devoir masquer qui elle était vraiment, il en était conscient. Mais c'était nécessaire. Elle ne pouvait pas se permettre d’attirer l’attention.

- Ça te va bien, dit-il doucement, pour alléger la tension. Elena esquissa un sourire discret, bien qu’un peu forcé. Un soupçon de tristesse perça dans sa voix

- Merci... J'ai l'impression de me cacher.

Mais ses pensées étaient différentes :

"Je n'existe plus, en échange de mes rêves contre un trône doré."

- Julien la regarda avec tendresse :

- Ce n'est que temporaire. Tu retrouveras tout ton éclat dans quelques jours, promit-il dans un souffle.

Ce n'était qu'une promesse, mais c'était tout ce qu'il pouvait lui offrir pour l'instant. Ils devaient avancer, quoi qu'il advînt.

- Tu penses qu’on y arrivera ? murmura Elena.

- On n’a pas vraiment le choix, répondit Julien. Si on veut éviter les patrouilles, on doit s’en tenir à ce plan, même si ça nous prend plus de temps.

Elena hocha la tête, puis, d’un geste vif, elle termina de ranger ses affaires. Ils devaient partir sans perdre une minute de plus. Ils quittèrent la ferme vers trois heures. Ils empruntèrent le chemin derrière la grange. Après avoir gravi une centaine de mètres, ils arrivèrent au “Y” formé par le sentier.

A droite, le lac, Mario Lanza et la Tosca. A gauche, le chemin des Etoiles...

Elena se retourna et contempla la maison de Julien, ce refuge où elle avait été soignée, où elle avait passé sa convalescence et retrouvé le sourire, puis la joie. Une foule de souvenirs remontèrent à son esprit, jusqu'à ce moment intense où elle avait fait l'amour avec cet homme doux et attentionné qu'elle avait rencontré quelques jours plus tôt.

Elle en était tombée follement amoureuse.

Elle voulut reprendre sa route, Julien la regardait :

- Elle fera partie intégrante de notre mémoire maintenant, dit-il en prenant sa main qu’il baisa tendrement. Allez, viens...

Dès les premier pas, la montagne offrit une végétation dense et diverse, la mosaïque de chênes robustes et de sapins élancés offrait un contraste saisissant :

Ces chênes, noueux et solidement enracinés, affichaient un feuillage dense aux teintes profondes de vert et leurs branches étendues en larges canopées semblaient défier les vents. Leurs troncs épais, marqués par les années, étaient couvert de lichens argentés et de mousses verdâtres, apportant une touche de douceur dans cet environnement rude.

A leurs côtés, les sapins montaient comme des flèches vers le ciel et leurs aiguilles sombres et brillantes formaient des cônes élégants et raffinés, contrastant avec la robustesse des chênes. Leur parfum résineux embaumait l’air frais du matin, et leurs branches, serrées les unes contre les autres, créaient une ombre fraîche au sol, où les fougères et les petites plantes de sous-bois prospéraient timidement.

Cette association créait une atmosphère unique, où les feuillages souples des premiers semblent protéger les aiguilles acérées des seconds. Les chênes, vieux gardiens de la montagne, et les sapins, vigiles inflexibles, dessinaient un paysage verdoyant et sauvage, comme un sanctuaire végétal aux teintes intenses, ponctué de lumières et d’ombres mouvantes dansant avec le souffle du vent.

Mais, au fur et à mesure qu'Elena et Julien montaient le chemin escarpé, ils virent cette vitalité s’éteindre peu à peu. Les arbres s’amenuisèrent, leur taille diminuant, leurs branches devenant squelettiques, nues comme si elles avaient été balayées par des rafales incessantes. Les buissons se raréfièrent, et les touffes d'herbe cédèrent la place à des tapis de lichens grisâtres, étalés comme des ombres sur la roche.

L'ascension du Pic d'Arriel débuta véritablement sous un voile d’appréhension et de gravité, chaque pas rappelant la majesté impitoyable de la montagne. Le sentier devint plus étroit et commença à serpenter le long de parois rocheuses, menaçant de précipiter quiconque aurait le malheur de faillir.

Durant certains passages, les deux amis, le souffle court, s’agrippaient aux fissures que le temps et l'érosion avaient laissé dans la roche. Leurs doigts engourdis s’y crispaient comme un dernier rempart face à l’immensité qui les entourait.

Les passages étroits se dressaient comme des gorges sinueuses, chaque centimètre devenant un combat pour l’équilibre. Elena leva les yeux vers les hauteurs et vit au dessus d'elle, le sol jonché de blocs de granit entremêlés, comme si la montagne elle-même avait rassemblé ses pièces les plus massives pour les défier.

Certains blocs seraient instables, oscillant sous chaque pas et les menaceraient de glisser d’un instant à l’autre. Le granit, lissé par des siècles de vents et de pluies, se transformait en une surface traîtresse où le moindre faux pas pouvait déclencher une chute fatale.

Julien lui avait parlé de ces passages où la végétation se réduirait à quelques brins d’herbe sèche, dispersés ici et là, solitaires et frêles face aux éléments, où les couleurs disparues laisseraient la place à des teintes ternes et minérales. Durant l'ascension, la roche, rugueuse et froide, avait pris le pas sur la vie végétale, ne laissant plus qu’un paysage aride et désolé.

Les passages d’éboulis ajoutèrent leur propre menace lorsqu'ils progressèrent sur un enchevêtrement de pierres brisées, qui s’effritaient sous la moindre pression. Chaque mouvement soulevait un léger nuage de poussière, et les pierres roulantes créaient une symphonie de craquements inquiétants. Marcher là, c’était fouler une pente mouvante, où chaque pas semblait menacer de déchaîner une avalanche de graviers et de cailloux, prête à emporter le grimpeur vers les précipices vertigineux.

Ils parvinrent finalement au col d'Arriel à 2600 mètres d'altitude et la vue sur la montée finale leur était masqué par un brouillard à couper au couteau. Julien se dirigea vers un abri naturel qu'il connaissait où ils s'installèrent pour se restaurer avant de finir leur ascension. Ils s'assirent sur une roche plate et savourèrent une pause bienvenue.

Autour d’eux, le silence de la montagne n'était troublé que par le bruit léger de l'eau qu’ils versaient dans leurs gourdes et le déchirement des emballages de leurs provisions. Ils partagèrent des morceaux de pain et de fromage, un goût de chose simple rehaussé par la faim. Par moments, ils levaient les yeux vers l'horizon brumeux, savourant chaque bouchée comme une récompense méritée après l’effort. L’air frais accentuait la saveur de leur repas frugal, et un calme apaisant les enveloppait, comme une parenthèse hors du temps.

Tout au long des kilomètres qui avaient défilé, Elena avait repensé à son séjour sur cette planète. Son atterrissage d’urgence, sa rencontre avec Julien, la ferme, la petite Elisa, Michèle...

Que devait-elle penser de tout ça ?

Quelle expérience en aurait-elle retirée ?

Ses pensées dérivèrent vers son peuple, sa famille, son père. Un sentiment soudain de regrets et de remords l’envahit. Elle regrettait d’être partie ainsi, d’avoir enfreint les règles, désobéi à ses parents, à sa dynastie.

Elle... de sang royal.

Elle en éprouvait presque de la honte. Tout au long de l'ascension, elle avait suivi Julien en réfléchissant à tout cela. Son Julien, qui n'avait pas hésité à se mettre en danger pour la sauver, même si elle n'était qu'une étrangère, non pas à son pays, mais à son peuple, à sa planète.

Elle lui avait menti, elle lui mentait encore et cela commençait à lui peser, à lui comprimer la poitrine, à l’étouffer. Autant de décisions prises à l'encontre de personnes qu'elle aimait et qu'elle avait trahis ou pire, mis en danger. Ce long périple commençait à mettre sa conscience à nu, et il était peut-être temps pour elle de donner des explications :

Tout en mangeant, il réfléchissait aux mots de son amie :

— On dirait que c’est important ?

— Oui, c'est même primordial. Il la fixa :

— Que se passe-t-il, Elena ?

Elle se leva et lentement elle changea sa stature. Puis elle dressa son corps harmonieux, comme si elle se présentait solennellement, pour la première fois :

- Je m'appelle Aerolia, je suis Princesse, héritière du Trône de Lyräan, ma planète... et j'ai fui mon monde.

Julien resta immobile, le souffle coupé par la révélation d'Elena... ou plutôt d'Aerolia. Il la fixa, son visage oscillant entre incrédulité et une tentative de comprendre ce qu'elle venait de lui dire :

- Tu veux dire que... Tu es une Princesse ? Une vraie Princesse ? demanda-t-il.

Ses mots se perdirent dans l'immensité du paysage silencieux qui les entourait.

Aerolia hocha la tête, le cœur battant à tout rompre :

- Je suis l’héritière d’un royaume bien au-delà de tout ce que tu peux imaginer. Mon peuple compte sur moi, mais j’ai fui mes responsabilités. J’ai désobéi à mes parents, à mon peuple... à moi-même.

Julien détourna le regard un instant, essayant de rassembler ses pensées. Il revoyait tous les moments qu'ils avaient partagés, se demandant dans quelle mesure cette vérité cachée avait pu altérer tout ce qu'il croyait savoir. Puis, doucement, il leva les yeux vers elle :

- Mais... Pourquoi es-tu partie ?

Aerolia sentit un poids immense s’effondrer dans sa poitrine :

- Parce que je ne pouvais plus supporter d'être enfermée dans une vie prédéfinie, je n'étais pas prête. J’ai cherché une échappatoire, quelque chose de plus grand, de plus libre. Je suis partie, j’ai tout risqué. Aujourd’hui, ma famille me recherche.

Elle marqua une pause avant de reprendre, l'air grave :

- Si les miens découvrent que je suis en danger, ils pourraient s'en prendre à quiconque sur cette planète, aux hommes, aux armées, à la civilisation toute entière s'il le fallait.

Elle le regarda, les yeux brillants d'émotion. A aucun moment, il ne la jugea. Il continua à l'accepter telle qu'elle était, malgré le poids de sa révélation. Il s'approcha d'elle et déposa un baiser sur sa joue :

- Je comprends beaucoup de choses maintenant. Puis, il prit une inspiration. Mais, Elena ou Aerolia, tu es toi, tu es toujours la même et je ne t'abandonnerai pas.

Aerolia les yeux embués de larmes devant la réaction de son ami ne répondit pas. A aucun moment, il n'émit d'autre jugement ou de doute sur elle, il la prenait comme elle était, non pas une Princesse, héritière d'un Royaume Éternel aux confins de l'Univers mais une femme, avec ses qualités, ses défauts, ses émotions, ses sentiments... ses idées.

Pour cela, elle ne pouvait que l'aimer davantage.

Le vent s’était adouci, soufflant une fraîcheur discrète qui glissait sur eux comme un murmure. L'air, lourd d'humidité, était saturé par l'odeur de terre mouillée et de végétation. Ils finirent de manger puis rangèrent leurs sacs avant de reprendre leur périple.

— C'est la partie la plus délicate, celle dont je t'ai parlé, lui dit-il comme s'il se parlait à lui-même.

Au-dessus d'eux, la brume s'était levée et un ciel s’étirait en une étendue grise et compacte, menaçant mais retenu, comme si les nuages lourds hésitaient encore à libérer leur charge. Par endroits, des nuées sombres se rassemblaient. Elles formaient des masses lourdes qui s’épaississaient à vue d'œil, pesant sur le paysage dans une attente silencieuse. Tout autour, la lumière était tamisée, froide. Elle créait une atmosphère d’une intensité étrange, où chaque son se faisait écho, amplifié par cette immobilité presque surnaturelle, figée sous le ciel chargé.

Elena leva les yeux. Elle comprit alors le message de Julien : la vue sur la montée finale la terrifia.

Les parois escarpées se dressaient comme des murailles d'un autre monde, érodées par des siècles de tempêtes. Leur surface, criblée de stries et de fissures, semblait marquée de cicatrices anciennes. La roche, d’un gris sombre presque noir, absorbait la lumière dans une masse menaçante. Des traces d'eau scintillaient çà et là, trompeuses, annonciatrice de glissades presque prévisibles, voire de chutes.

Julien savait qu'atteindre le sommet du Grand Arriel exigerait un effort considérable à partir du col. Les deux cents derniers mètres jusqu'au sommet leur demanderaient d'emprunter des passages finaux avec prudence et agilité. Certains nécessitaient même de poser les mains avant d'atteindre le point culminant.

Il sentit une pression dans sa poitrine, non pas évocatrice d'une crise à venir mais une appréhension vis à vis de son amie, la peur qu'elle ne chute et se blesse, ou pire encore. Il la regarda inquiet :

— Sois vigilante Princesse.

Leurs pas furent plus hésitants et à mesure qu’ils s’élevaient, l’air devenait plus rare, et chaque inspiration leur coûtait un peu plus d’énergie. Les nuages, accumulés autour du sommet, plongeaient Aerolia et Julien dans une obscurité oppressante qui réduisait leur vue à quelques mètres à peine. Les crampons crissaient contre la paroi gelée, les petits cailloux dévalaient la pente avec des échos inquiétants qui rappelait à chacun la fragilité de leur ascension.

Maintenant, seules subsistaient quelques traces de mousse incrustées dans les fissures. Même celles-ci semblaient figées par le froid, pétrifiées par l’altitude. Les dernières formes de vie végétale s’étaient éteintes : La montagne s’offrait désormais dans toute sa nudité minérale, imposante et hostile, comme un territoire réservé à ceux qui oseraient affronter ses hauteurs stériles.

Alors qu’ils s'arrêtèrent pour reprendre leur souffle, le vent s’insinua sous leurs vêtements les plus épais. Ils furent tous deux prit de frissons, faisant trembler tous leurs muscles sous l'effort glacial. Puis, comme si le massif cherchait à les repousser définitivement, le vent se renforça. Les bourrasques devinrent plus féroces, la pluie se mit à fouetter leurs visages. Ils étaient aveugles et le sol plus glissant, plus traître.

La dernière dalle, encadrée de vide, imposa aux deux jeunes fugitifs une vigilance absolue et les derniers mètres, vertigineux, exigèrent d’eux une concentration totale, une détermination farouche malgré l’épuisement et le froid mordant.

Durant quelques secondes, Julien observa le paysage, l’esprit suspendu entre l’effort de l’ascension et la douce promesse d'une nuit de repos au Col d'Arrémoulit.

Soudain, une douleur vive lui saisit la poitrine. Son souffle fut coupé net. Ses jambes fléchirent, le sol lui échappa. Avant qu'il ne pût réagir, il commença à glisser, emporté par la pente.

Aerolia, qui marchait un peu en retrait, le vit s'accrocher désespérément à la roche. En une fraction de seconde, elle se précipita vers lui, son cœur battant à tout rompre. Elle glissa sur les pierres pour atteindre sa position, ses mains agrippant le roc pour retenir sa propre chute. Lorsqu'elle parvint enfin à son niveau, Julien avait les yeux mi-clos, son souffle était court et douloureux.

Une crise sans précédent semblait vouloir lui arracher la vie.

— Aerolia... murmura-t-il, tentant de masquer la douleur qui lui transperçait la poitrine.

Une épaule appuyée sur la paroi glacée, elle posa une main tremblante sur son visage :

— Je suis là, ne bouge pas.

De l'autre main, elle saisit son cylindre et entonna doucement l'incantation qu'elle avait formulé à la ferme quelques jours plus tôt. Sa voix vibrait d'espoir et de détresse. La lumière de Skila se mit à briller mais quelque chose d'inattendu se produisit : Cette fois, il sembla que le cylindre fût directement connectée à Julien. Aerolia, saisie d'un mélange d'émerveillement et de stupeur, sentit son cœur se serrer devant cette vision miraculeuse. Elle sentit qu'elle ne le dirigeait plus.

L'esprit même de Julien lui demandait de l'aider et son cylindre lui obéissait.

Au bout de quelques instants, la crise de Julien commença à s'estomper. Il cligna des yeux, tentant de reprendre ses repères. La lumière du cylindre, encore vive dans son esprit, semblait s’accrocher à sa vision. Il écarquilla les paupières, mais tout ce qu'il percevait était une brume lumineuse, intense, qui brouillait son champ de vision.

— Aerolia, je... je n'y vois plus, murmura-t-il, la voix teintée d’une panique qu'il tentait de contenir. Il porta la main à ses yeux, les frottant comme pour chasser l’éblouissement persistant, mais la blancheur continuait de l’assaillir.

Aerolia prit son visage à deux mains et tenta de la rassurer :

— Calme-toi, c’est temporaire. Tu t'es connecté à Skila pour la première fois, c'est une réaction normale. Tu vas recouvrer la vue dans quelques minutes. Elle posa une main douce sur sa joue, cherchant son regard à travers la brume de son trouble. Puis, elle resserra sa prise sur lui. Ses mots se voulaient rassurants :

— Je suis là, Julien, ça va passer, je te le promets.

Alors qu'elle s'occupait de lui, un souffle glacial passa, comme pour lui rappeler l'urgence de la situation. L'ombre des cimes semblait se refermer sur eux

Le front de Julien portait une fine estafilade, d’où perlait un mince filet de sang, qui contrastait vivement avec sa peau pâle. La crise l’avait vidé de ses forces, ses paupières étaient lourdes, prêtes à se fermer sous le poids de l'épuisement. Aerolia sentit une vague d'inquiétude l’envahir en voyant son visage marqué par la douleur et la fatigue. Elle essuya délicatement le sang avec un pan de sa manche alors que sa main tremblait sous l'émotion.

— Reste avec moi, Julien, murmura-t-elle, cherchant son éclat. Il rouvrit les yeux, un éclat affaibli, mais déterminé :

— La lumière est plus douce, ma vue revient.

Elle sortit de son sac un pull en polaire qu'elle glissa sous sa tête pour lui offrir un semblant de confort contre les aspérités du sol rocailleux. Un silence les enveloppa, seulement interrompu par le souffle du vent qui balayait les sommets. Elle observa autour d’eux, estimant leur position et les chemins qui restaient à parcourir. Le col semblait encore si loin, mais abandonner n’était pas une option. Elle devait trouver un moyen de le ramener en sécurité.

Après un moment, Julien ouvrit les yeux ouverts :

— On va y arriver, je le sais.

D’une voix douce, Aerolia répondit en souriant :

—On va y arriver, ensemble.

Puis, elle rassembla tout son courage et l’aida à se redresser :

— Accroche-toi à moi.

Il se releva, prit appui sur la paroi, sentant ses forces revenir peu à peu, puis il regarda Aerolia :

— Skila m'a parlé. Il me l'a dit... On va y arriver.

Julien paraissait de nouveau motivé. La jeune Princesse sembla surprise par les paroles de son ami, mais elle ne répondit pas.

Ils reprirent leur progression. Le sommet se révéla dans un silence imposant. La tempête s’apaisa soudain, comme si Arriel, le pic, fier et redoutable lui-même, reconnaissait la bravoure de ceux qui l’avaient défiée.

Un calme solennel embrassa les jeunes gens et leur offrit un moment de paix, eux qui avaient affronté la puissance brute de la nature.

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