16. Le contrôle

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Il ne pouvait se mettre à couvert et il savait qu'il leur fallait rejoindre le Col d'Arremoulit, à la frontière Espagnole le plus vite possible. Là-bas, une nuit de repos bien méritée les attendrait, avant de reprendre la route vers le Pic Palas, culminant à près de trois mille mètres. Ce serait leur prochaine épreuve, une aventure à la hauteur de leurs efforts déjà consentis.

Lorsqu'ils commencèrent leur descente par la crête de Palas, Julien jeta à nouveau un regard sur l'objet cylindrique qu'Aerolia tenait entre ses mains :

— Skila... Qu'est-ce que c'est, exactement ?

Aerolia esquissa un sourire mystérieux avant de répondre :

— Plutôt, qui il est ?

Julien fronça les sourcils, visiblement perdu :

— Je ne comprends pas.

— Essaie d'ouvrir ton esprit, Julien. Ce que je vais te dire dépasse l'entendement. Il s'agit de réalités extraordinaires, présentes partout dans l'univers. Elle ont aussi existé sur Terre, il y a bien longtemps. Votre civilisation a oublié cet art, cette bénédiction. Peut-être même qu'elle a choisi de l'effacer, de cacher ce secret millénaire.

Julien fixa Aerolia, incapable de saisir le sens de ses paroles.

— Laisse-moi t'expliquer... dit-elle doucement. Ce sont des cristaux de vie.

Elle marqua une pause, comme pour laisser l'impact de ses mots s'enraciner :

— Tout comme nous, ils naissent, ils vivent, ils meurent. Leur puissance est proportionnelle à la profondeur de ton cœur. Lorsqu'on atteint un certain niveau de sagesse, un lien se forme entre eux et nous. Ensemble, nous devenons une seule entité d'une capacité extraordinaire. Un être capable de prouesses inimaginables, doté d'une intelligence hors du commun et d'une sensibilité décuplée.

Elle leva doucement le cylindre, sa voix était empreinte d'une sérénité solennelle :

— Skila est moi, et je suis lui. Ses immenses connaissances et sa sagesse sont liées à mes désirs et à mes émotions. Nous avançons ensemble, comme un seul, vers un même destin.

Julien lui posa la question qui lui brûlait les lèvres :

— Mais, que s'est-il passé tout à l'heure ? Pourquoi ai-je été lié à lui ?

— Aerolia resta perplexe :

— Je ne le sais pas... C'est comme si nous étions connectés... tous les trois, ensemble. Les cylindres de cristal sont souvent associés à des individus exceptionnels, qu'il s'agisse de membres de lignées royales, de mages ou de personnes dotées d'une grande empathie. Ces connexions particulières renforcent le mystère et la magie qui les entourent.

Julien s'approcha d'Aerolia et lui sourit :

— Il me semblait que je comprenais ta langue, que j'entendais tes pensées, que je lisais dans ton cœur...

Il tendit la main et saisit délicatement le cylindre.

Un frisson parcourut son corps lorsque ses doigts caressèrent sa surface lisse et froide. A cet instant, une chaleur inexplicable commença à s'éveiller en lui, comme si le cylindre pulsait d'une énergie vive, une connexion qui transcendait le tangible. Un flot d'images et de sentiments inondèrent son esprit. Il entendit une douce mélodie, comme un murmure lointain, l'appel d'un monde qu'il n'avait jamais connu.

Son cœur s'accéléra, un rythme syncopé. Chaque battement résonnait avec cet objet, comme s'ils dansaient ensemble dans une harmonie cachée.

Les doutes et les peurs qui l'assaillaient s'évanouirent peu à peu, remplacés par une sensation de plénitude et de compréhension. Ses yeux s'illuminèrent d'une profondeur insoupçonnée, capturant l'essence même de ce qu'il tenait entre ses mains.

C'était plus qu'un simple objet. C'était un lien, un symbole de vie, une promesse de découvertes et de révélations. Au fond de lui, il ressentit une vague d'émotion l'envahir, le remplissant d'un sentiment de gratitude et d'appartenance. Julien comprit alors qu'il tenait une part de lui-même, une connexion à l'univers entier, et à... Aerolia.

"Aerolia est à toi, corps et âme. Son amour pour toi est incommensurable."

Inconsciemment, Julien répéta le message qui résonna dans son esprit :

— Aerolia e'shira, tosh'ra ankar'el, e'shira vel'nira tyn'ra incommensur'ash, sharael'tir ankar'el, e'shira tosh'ra, e'shira du'ra.

A ces mots, la jeune Princesse resta pétrifiée. Son cœur battit à tout rompre dans sa poitrine. Elle prit doucement Skila des mains de Julien et une onde de chaleur et de confusion l’envahit, comme si chaque syllabe qu'il avait prononcée résonnait au plus profond de son être. Elle savait qu'elle ressentait quelque chose d'intense pour lui, mais cette révélation venait de cristalliser une vérité qu'elle avait du mal à accepter. Son regard, d'abord figé par la surprise, commença à s’adoucir alors que la profondeur de ses sentiments émergeait lentement à la surface.

Un amour inconditionnel, pur et infini, jaillit en elle, illuminant son âme. C'était une force douce mais implacable, un lien invisible qui l'unissait à Julien et qui transcendait les barrières du temps et de l'espace. Elle comprit alors que cet amour n'était pas simplement une affection passagère, mais une connexion éternelle, un engagement envers lui et envers tout ce qu'ils pourraient bâtir ensemble.

Puis, elle ressentit une légère gêne. Elle réalisa la vulnérabilité qui accompagnait cet amour. Elle se découvrit en pleine introspection, évaluant ses propres sentiments avec une intensité nouvelle. Elle voyait désormais en Julien une part d'elle-même, un reflet de ses propres aspirations et désirs.

Le poids de cet amour l’envahit, mais il était doux. Une étreinte chaleureuse qui lui disait qu'elle n’était pas seule. L'idée qu'il puisse prendre soin d'elle lui apportait une paix inestimable. Elle savait désormais qu'elle ne pouvait pas seulement lui donner une part d'elle-même, mais qu'elle souhaitait partager son âme, son essence.

Dans cette fusion de sentiments, elle comprit que leur amour serait toujours une danse délicate entre leurs âmes, à la fois uniques et inséparables. En cet instant, elle embrassa cette connexion avec une ferveur nouvelle, prête à se laisser porter par la vague de cet amour incommensurable, éternel.

La descente vers le Col, bien que technique, s’effectua à un rythme étonnamment rapide, guidée par leur désir de trouver enfin quelques heures de répit. A chaque pas, leurs pieds cherchaient l’équilibre sur les pierres irrégulières et les pentes raides, tandis que le vent froid qui avait repris en intensité, mordait leur peau. L’effort se faisait sentir dans chaque muscle. Mais la perspective d'un repos bien mérité les poussait à avancer.

Le soleil qui déclinait à l'horizon, baignait la vallée d'une lumière dorée et adoucissait les ombres. Il ajoutait une touche presque paisible à l'immensité de la montagne. Aerolia et Julien échangeaient parfois un regard, un sourire complice. Ils se soutenaient silencieusement dans cet effort commun. Les pas qu'ils faisaient les rapprochaient un peu plus de ce moment de calme tant attendu, où ils pourraient enfin déposer leur fardeau, ne serait-ce qu'un instant, pour se laisser aller à une paix bien méritée.

Au Col d’Arremoulit, Aerolia et Julien trouvèrent refuge sous la voûte protectrice des sapins, à l'abri des regards. Les arbres, denses et imposants, formaient une muraille naturelle. Ils purent dissimuler leur bivouac des vents perçants qui balayaient la montagne. Ils déposèrent leurs sacs avec un soupir de soulagement, chaque muscle de leur corps réclamant enfin une pause.

Le crépuscule tombait doucement, et l'air se faisait plus frais, chargé de l'odeur résineuse des aiguilles de sapin. Après avoir monté la tente, Julien se mit en quête de ramasser quelques branches mortes pour allumer un feu tandis qu’Aerolia déplia les couvertures et sortit de quoi grignoter. Bientôt, les flammes commencèrent à danser, projetant des ombres vacillantes sur les troncs sombres, illuminant leurs visages fatigués mais sereins.

Autour du feu crépitant, le silence de la montagne semblait presque sacré. De temps à autre, le hurlement lointain du vent leur rappelait l'âpreté du chemin parcouru, mais ici, sous les sapins, ils étaient comme enveloppés dans une bulle de tranquillité. Aerolia leva les yeux vers le nord, où les premières étoiles perçaient la nuit naissante. Seyriss brilla bientôt dans l'obscurité, lui rappelant discrètement son monde lointain.

— Comment appelez-vous cette constellation ?

Julien leva les yeux vers le ciel, suivant du regard le doigt d'Aerolia, puis répondit en souriant :

— C'est Cassiopée.

— Vois tu cette petite étoile rouge à gauche de la pointe ? Elle s'appelle Seyriss et neuf planètes gravitent autour, dont la mienne, Lyräan. Elle se trouve à 1600 années lumières de votre système stellaire. Elle le regarda et ajouta en souriant :

— Juste à côté.

Julien écouta attentivement son incroyable récit, l'histoire de sa planète :

— Lyräan est une planète très ressemblante à la tienne. Son ciel est toujours teinté d'une lueur éthérée. Il oscille entre le bleu et l'argenté à cause de l'atmosphère riche en cristaux luminescents. Là-bas, nous vivons en harmonie avec la nature. La plupart de nos cités sont construites à même les montagnes, intégrées dans la roche pour ne jamais rompre l'équilibre sacré de notre monde.

Julien était fasciné par ses paroles. Chaque mot semblait ouvrir une fenêtre vers un univers si lointain qu'il peinait à l'imaginer.

— Nous avons un conseil de sages, les "Anciens". Il dirige Lyräan sous la guidance de la dynastie à laquelle j’appartiens. Mon père est le roi Rygan, il règne sur Seyriss et ses planètes depuis des décennies. Mon destin était de prendre sa place un jour. Mais ce n'est pas ce dont je rêvais, enfin pas dans l'immédiat. J’étais promise à un mariage arrangé, à des devoirs et des responsabilités qui allaient m’étouffer. Chaque jour, je voyais mon avenir se refermer comme un piège doré.

Elle marqua une pause, ses yeux brillant d'une mélancolie profonde :

— Avant d'arriver aux affaires, je voulais découvrir ce qu'il y avait au-delà des étoiles, au-delà de Seyriss. Je voulais comprendre qui j'étais réellement, me connaître, loin des attentes de ma famille et de mon peuple. Je savais qu'en partant, j'allais à l'encontre des idées de mes parents mais aussi du protocole du Royaume. J'allais abandonner mon peuple mais je n'avais pas le choix. Il le fallait, si un jour, je devais être appeler à devenir leur souveraine. Certains de mes amis fidèles m'ont aidé à réaliser mon rêve, et ce, à l'insu de ma famille et du Roi, mon père. Nous avons utilisé un vaisseau royal de la flotte Lyraenne pour mettre le cap sur plusieurs système stellaire, dont ton le tien. Nous connaissions votre monde depuis longtemps. Il existaient différentes formes de vie sur votre planète et c'était l'occasion de réaliser mon projet, d'y observer la nature, les arbres, et toutes ces vies. Je voulais découvrir cela de moi-même malgré les interdits concernant la Terre ou Aetheris, comme nous l'appelons.

Son visage devint plus grave. Elle hésita avant de reprendre :

— Malheureusement, mes amis et moi-même avons vite compris le pourquoi de ces interdits. Nous avons fait le tour de cette planète magnifique mais nous n'y avons trouvé que désolation, dans chaque partie du monde. Les Hommes, tes frères qui habitent Aetheris, sont des êtres belliqueux, dangereux, imprévisibles, et le pire de tout, autodestructeurs. J'ai décidé de quitter Aetheris mais au moment où je comptais rejoindre le vaisseau Royal, j'ai été prise dans un violent orage. Le système de navigation du navire dans lequel je voyageais a été détérioré et j'ai dû me poser en catastrophe. Tu connais la suite.

Julien la suivait toujours de près sans perdre une miette de ce récit extraordinaire :

— Nos vaisseau sont "vivants". Ils peuvent se régénérer tout seul. Je pense que Veclavia, ma sphère, l'a sûrement réalisé au fond du lac. Je dois l'approcher pour me connecter à elle et en vérifier le bon fonctionnement avant de repartir. Mon vaisseau ne doit absolument pas tombée dans les mains des hommes.

— Pour quelle raison ? s'enquit Julien.

— Il contient des codes. Elle hésita puis poursuivit son histoire :

— L'entrée dans notre système stellaire est protégé par ce que vous appelez, sur Terre, une "Sphère de Dyson".

— Une quoi ?

— Nous avons construit une arche autour de Seyriss. Nous l'utilisons pour récupérer l'énergie de notre astre afin de la renvoyer dans tout notre système stellaire. Cela nous a permis d'y perpétrer la vie. Mais cette sphère sert aussi de bouclier et les codes contenus dans nos vaisseaux permettent de le désactiver pour entrer dans notre système. Aucun vaisseau, aucun astéroïde ou météore ne peut y pénétrer sans ces codes. Il serait instantannément détruit. Cela veut aussi dire, aucune civilisation n'y étant pas invité. Tu peux imaginer si une force militaire mettait la main sur ces codes : Cela mettrait immédiatement mon monde en péril.

Julien pensa immédiatement aux militaires et leurs volonté incessantes de percer les sécurités et d'envahir les autres nations. Elle poursuivit :

— Aujourd'hui, je sais que mes amis sont à ma recherche. S'il s'avère que je suis en danger, ils n'hésiteront pas à détruire ton monde pour me protéger et récupérer la sphère. Elle marqua un temps d'arrêt avant d'ajouter :

— Et crois-moi, ils en ont la possibilité technique.

Julien comprit qu'elle ne paisantait pas. Un court instant, la peur traversa son esprit mais il comprit à quel point elle portait ce fardeau depuis si longtemps :

— Je ne te laisserai pas seule avec ça. Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, mais je sais une chose : tant que nous sommes ensemble, je ferai tout pour te protéger et t'aider à rentrer chez toi, sur Lyräan.

Il lui tendit la main, qu’elle saisit avec gratitude.

— Décris moi tes montagnes, celle de Lyräan. A quoi ressemblent-elles ?

Elles sembla perdue dans ses pensées, les yeux fixés sur les étoiles. Sa posture était élégante, son calme, son silence. Tout chez elle s'accordait avec la majesté des montagnes de la Terre.

Un sourire apparut sur ses lèvres lorsqu'il posa sa question. Elle prit une inspiration, comme pour chercher à puiser dans ses souvenirs lointains, faire remonter à la surface des images de son monde natal :

— Mes montagnes... chuchota-t-elle. Elles sont très différentes de celles-ci, plus anciennes, vivantes. Mais il n'existe pas de mot dans votre vocabulaire pour traduire ce qu'elles sont réellement.

Elle s’arrêta de parler un instant, les mots se formant lentement dans son esprit, comme si elle pesait chaque détail avant de l’offrir. Puis elle reprit :

— Sur Lyräan, les monts s'élèvent comme des gardiens silencieux. ils veillent sur notre monde depuis des millénaires. Ils ne sont pas faits uniquement de pierre et de végétation mais aussi d’un mélange de minéraux qu'on ne trouve pas ici. Leur couleur change avec les saisons, d'un bleu iridescent à un violet profond. Parfois, lorsque Seyriss se lève à l’horizon, ils brillent comme s'ils étaient faits de verre.

Julien, fasciné, écoutait attentivement. La description d’Aerolia était à la fois poétique et irréelle. Chaque détail qu’elle évoquait semblait venir d’un rêve lointain.

— Et leurs sommets ? Sont-ils aussi escarpés que ceux que nous avons gravis aujourd'hui ?

Elle se mit à rire pui secoua la tête. Son regard se perdit à nouveau dans ses souvenirs :

— Non, les sommets de Lyräan ne sont pas tranchants comme ceux de la Terre. Ils sont plus doux, sculptés par les vents et les pluies des âges. Mais ne te méprends pas, ils sont tout aussi puissants. Certaines montagnes abritent des cristaux qui résonnent avec l’énergie de la planète elle-même. Ils créaient des mélodies. Seuls ceux qui savent écouter peuvent les entendre. On dit qu'elles parlent aux âmes anciennes, qu’elles gardent la sagesse de nos ancêtres.

Julien était subjugué par la beauté de ses paroles. Il s’imaginait marcher à travers ces montagnes mystérieuses, sentir les vibrations de Lyraan sous ses pieds, entendre ces sons qu’il ne pouvait même pas concevoir.

—Et les vallées... poursuivit Aerolia. Là-bas, coulent des rivières argentées, la végétation qui les entoure brille d’une lueur différente. Nos arbres sont immenses, leurs racines s'enfoncent profondément dans le sol. Leurs feuilles captent non seulement la lumière de notre astre, mais aussi les énergies cosmiques environnantes.

Elle ferma les yeux, comme pour mieux ressentir ce qu’elle décrivait :

— Quand j’étais enfant, j'aimais grimper sur les collines qui bordaient le palais de Lyräan, là où les montagnes rencontrent les plaines. Je restais des heures à contempler ces géants silencieux. J'imaginais qu’ils me parlaient, qu’ils me racontaient les histoires de mon peuple, les récits anciens de batailles et de paix. C’est là, dans ces montagnes, que j’ai appris l’importance du silence, de la patience, de l'écoute.

Julien était touché par la profondeur de ses paroles. Il savait qu’Aerolia était connectée à quelque chose de plus grand, quelque chose qui transcendait le simple fait d’être une princesse héritière. Son lien avec la nature de son monde, avec les montagnes de Lyräan, révélait une sagesse et une sensibilité qui allaient bien au-delà de son titre royal :

— Elles te manquent, tes montagnes, n'est-ce pas ? demanda-t-il doucement.

Elle hocha doucement la tête, les yeux toujours perdus dans un horizon imaginaire :

— Oui, c'est vrai, elles me manquent. Mais être ici, avec toi, me fait comprendre que chaque monde à sa propre beauté, sa propre harmonie. Celles de Lyräan ont fait de moi ce que je suis, mais ici, sur cette Terre, j’ai appris quelque chose que je n’aurais jamais pu apprendre là-bas... J’ai découvert l’amour, la fragilité et la force qui en découle.

Son regard brillait de cette lumière douce qu'il appréciait tant chez elle.

— C’est ici-même, sur ces hauteurs, que j'ai trouvé mon propre chemin. Un chemin que ni Lyräan, ni aucun autre monde ne m’aurait montré sans toi.

Julien se sentit submergé par ses mots. Dans le silence qui suivit, le lien entre eux sembla plus fort, indestructible. Ensemble, ils avaient gravé de leur pas cette ascension dans les montagnes de la Terre, tout comme ils avaient traversé les épreuves qui les avaient rapprochés. Les montagnes de Lyräan et celles de la Terre, malgré leurs différences, les avaient forgés, chacun à leur manière.

Il se tourna vers l’horizon, sentant la présence apaisante des sommets derrière lui, et chuchota presque pour lui-même :

— J'aimerais voir les paysages de Lyräan... à tes côtés.

Aerolia, souriante, serra doucement sa main, laissant la promesse de cette future découverte résonner dans l’air tranquille de cette fin de soirée.

La nuit s’étira dans un silence complice. Lorsqu'ils se glissèrent sous la tente, le sommeil vint rapidement les envelopper, les plongeant dans une paix rare, précieuse, et inoubliable.

Leur nuit fut de courte durée et il savait au réveil que l'ascension du Pic Palas serait une entreprise exigeante, à la hauteur du lien profond qui les unissait désormais. Dès les premières lueurs de l'aube, ils avaient entrepris leur marche, abandonnant le col, leurs silhouettes se détachant sur le ciel encore pâle, les pieds ancrés dans un sol rocailleux marqué par le passage du temps.

Julien était habitué à ces montagnes. Depuis son enfance, le Pic Palas et ses versants accidentés l'avaient fasciné et ils les avaient gravis à maintes reprises. Mais aujourd'hui, cette ascension et ses sept cents mètres de dénivelé prenaient une signification différente. Aerolia, la princesse héritière d'un monde lointain, foulait avec lui ces sentiers anciens.

Chaque pas qu’elle faisait semblait résonner avec la force des pics eux-mêmes, comme si Lyräan et la Terre se retrouvaient soudainement entrelacés. Le silence entre eux n'était rompu que par le souffle de l'effort et le bruit léger de leurs pas sur les pierres. Julien jetait parfois un coup d'œil à Aerolia, admirant sa détermination. Malgré les efforts physiques que cette ascension imposait, elle ne semblait pas vaciller. Sa force intérieure se reflétait dans son allure gracieuse, une volonté de fer derrière chaque mouvement, une volonté digne d'une Princesse.

— Ce monde... murmura Aerolia, sans détourner les yeux du sommet. Il est aussi brut que beau, aussi sauvage que paisible. Il me rappelle que la vraie grandeur n'est pas dans les palais ou les lois, mais dans l’immensité et l’inconnu.

Julien sourit, ajustant son sac sur son épaule. Maintenant, il comprenait ce sentiment. Le Pic Palas était un lieu d'évasion, où les préoccupations du quotidien semblaient minuscules face à l’immensité de la nature.

Aujourd'hui, cela représentait bien plus pour eux deux : une transition, une ascension non seulement physique mais symbolique.

Alors qu’ils avançaient avec peine, un son de pas lourds et réguliers résonna sur le sentier. Une patrouille militaire française, en tenue camouflée, émergea soudain de l'arrière d'un rocher, les armes en bandoulière et les visages fermés. Le chef de patrouille, un sergent à la carrure imposante et à la voix grave, les arrêta d’un geste sec.

— Halte ! Que faites-vous ici ? leur demanda-t-il. Son regard s’arrêta sur Julien, dont le visage pâle et la blessure au front trahissaient l’épuisement.

Le cœur d'Aerolia s'emballa soudainement et elle baissa machinalement la tête, tout en se cachant derrière Julien. Lui prit une profonde inspiration avant de poser son sac :

— Nous descendons vers Formigal. Je me suis blessé à la tête lors d'une chute et j'ai besoin de soins, répondit-il.

Le chef plissa les yeux, visiblement méfiant :

— Vous n'allez pas vers le lac d'Artouste, des fois ?

— Non, pas du tout. Qu'irons-nous y faire ? mentit-il en riant d'une manière forcée.

L'un des soldats se pencha vers le chef. Il lui murmura quelque chose à l'oreille et lui montra un document sur lequel sembler apparaître des visages dessinés. Le chef examina les esquisses puis s'adressa de nouveau à eux :

— Vous avez des papiers d'identité ?

Julien comprit que ces images étaient une représentation d'Aerolia et de lui-même :

— On a ne les a pas avec nous...

— Comment vous appelez-vous ?

Il s'agaça :

— Hey, vous n'êtes pas policier, vous n'avez pas à nous demander ce genre de...

Un des militaires braqua son fusil d'assaut sur le couple avant que le chef ne reprît d'un ton calme :

— Vos nom, s'il vous plaît ?

Dans un geste protecteur, Julien écarta Aerolia de la ligne de mire de l'arme dirigée vers eux. Il tenta de calmer les jeunes soldats :

— Ecoutez, nous sommes partis de Laruns, nos papiers sont dans la voiture... Malheureusement, je suis tombé et je me suis blessé... nous nous rendons à Formigal pour recevoir des soins parce que c’est à côté, rien de plus.

Julien avait les mains moites et tremblantes. Aerolia, derrière lui, serrait son bras.

Le sergent sourit froidement tout en jetant un coup d'œil en direction d'Aerolia :

— Ok... Vous allez nous suivre.

Julien voulut répondre mais les deux autres soldats avancèrent vers eux, leurs armes toujours pointées dans leur direction.

La jeune Princesse glissa délicatement sa main dans sa poche pour saisir Skila. Soudain, le chef porta la main à son oreillette. Il venait de recevoir un message. Aerolia et Julien le virent hocher la tête plusieurs fois la tête :

— Bien, mon Commandant... Oui, c'est compris... Nous arrivons immédiatement.

Puis il s'adressa à ses compagnons :

— Nous devons faire retour à la base.

Il regarda le jeune couple et leur envoya un message accompagné d'un coup de tête désinvolte :

— Vous pouvez reprendre votre route mais l'accès au lac d’Artouste reste interdit. Bonne journée !

Ils regardèrent les trois militaires s'éloigner qui prirent le chemin opposé au leur. Lorsqu'ils eurent enfin disparu dans un virage du sentier, Aerolia tomba dans les bras de Julien. Elle ne dit pas un seul mot mais il sentit toute la tension se dégageait de sa personne. Il la serra contre lui comme pour lui faire comprendre que tout aller bien, qu'elle n'avait plus de soucis à se faire. Puis il se détacha d'elle, déposa un baiser sur ses lèvres et reprit son sac :

— Nous devons continuer, La montée du Pic nous attend.

Elle opina et le suivit sans dire un mot.

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