17. Le piège
Au bout d'un instant, Julien essaya de lancer une discussion plus légère afin de la détendre :
— Princesse, continue à me parler de ton monde.
Elle continua à parler de sa planète mais son attention n'était plus à Lyräan ou à Seyriss mais bien sur Terre. Le contrôle de lapatrouille qu'ils avaient croisées la préoccupait et un doute commençait à s'immiscer dans son esprit.
Au fil des heures, la pente se fit plus raide. Par moment, ils durent se hisser sur les rochers et utiliser leurs mains pour se stabiliser. Le vent devint plus vif à mesure qu’ils approchaient du sommet, mais ni Julien ni Aerolia ne montrèrent de signe d’hésitation. Il y avait dans cette ascension une harmonie, une unité dans leur effort partagé. La jeune femme, habituée aux vastes paysages de son propre monde, n’avait jamais expérimenté ce type de défi. Pourtant, elle y trouva une certaine familiarité, un écho à la grandeur de Lyräan.
Enfin, après une dernière poussée, ils atteignirent le haut du pic. Le vent y soufflait avec force. Il fouettait leurs visages, faisant flotter les mèches de cheveux d’Aerolia. De là-haut, le monde semblait s'étendre à l'infini, un océan de montagnes aux crêtes dentelées se perdant à l'horizon. Le ciel d’un bleu limpide, leur offrait une vue imprenable sur l’immense panorama.
— C’est magnifique, souffla Aerolia. Elle se tourna vers Julien. Cette planète... Elle est extraordinaire.
Julien hocha la tête. Il regarda les yeux d’Aerolia s’illuminer de cette beauté brute. A cet instant, il ressentit un mélange de fierté et d’admiration pour la Terre. Après un moment de silence contemplatif, il pointa du doigt un lac scintillant niché dans une vallée plus basse, tel un joyau serti au creux des montagnes.
— Le lac d’Artouste. Nous y descendrons bientôt mais d'abord, nous devons trouver un abri pour nous restaurer. Ensuite nous quitterons les fortes pentes et attendrons la tombée du jour pour nous approcher du lac. Il sera certainement gardé par une armée, tu peux en être sûre. Julien balaya du regard les alentours et se mit à sourire.
— Pourquoi souris-tu ? lui demanda Aerolia
Il lui montra du doigts une cavité dans la roche :
— C'est ici que tout a commencé, lui répondit-il. C'est là que je m'étais abrité lorsque j'ai vu ta sphère arriver du ciel et se diriger vers le lac.
Ils s’assirent côte à côte, leurs épaules se touchant. Julien, fatigué mais apaisé, attrapa la main d’Aerolia. Il lui adressa un nouveau sourire, plus triste :
— Et c'est ici que tout va finir.
Elle ne répondit pas. Ils n’avaient plus besoin de mots. En ce lieu isolé , la simple présence de l’autre valait toutes les promesses.
Le ciel commença à se couvrir de nuages. Pour eux, ce fut une offrande, une ombre bienveillante qui les épargnerait de la lumière lunaire. Sur les hauteurs qui surplombaient le lac où il se trouvaient, ils purent observer le campement militaire. Une dizaine d'hommes se trouvaient sur place. Le site, bien que surveillé, ne paraissait pas en état d'alerte :
Tout était étrangement calme.
Ils patientèrent jusqu'à la tombée de la nuit avant de reprendre leur marche. Le sentier qui serpentait jusqu'au lac était plus sinueux, jalonné de pierres instables. Il exigeait plus de vigilance. Par instant, Aerolia s’accrochait légèrement à Julien pour conserver son équilibre. Ils avançaient lentement dans l'obscurité. Le moindre bruit, amplifié par la nuit qui les enveloppait, créait une tension subtile.
Alors qu'ils approchaient de l'étendue d'eau, la nature autour d'eux semblait s’apaiser. Le vent s’était dissipé. Il avait laissé la place au murmure délicat des vaguelettes qui caressaient le rivage. Les arbres épars qui bordaient le lac projetaient des ombres accueillantes sur la rive. Le lac se dévoila alors dans toute sa sérénité. Sa surface lisse et immobile reflétait les dernières lueurs du ciel, telle une porte entre deux mondes.
Ils se trouvaient à l'opposé de l'installation militaire. Julien s’accroupit au bord de l’eau et plongea ses mains dans la fraîcheur du lac avant de les porter à son visage. Aerolia, elle, retira sa perruque et ses lentilles de contact. Elle les rangea dans son sac à dos, puis resta un moment à admirer les lieux avec une curiosité silencieuse, comme pour absorber chaque détail . Elle se pencha, effleurant la surface de l'eau de ses doigts. Une légère onde se propagea, qui se mêla au calme environnant.
— Je la sens, murmura-t-elle. Veclavia est là... vivante.
Julien lui sourit, une chaleur bienveillante dans les yeux. Il posa une main réconfortante sur son bras comme pour ressentir lui-même la présence de la sphère. Son regard se perdit sur l'étendue calme du lac, les reflets de lumière dansant à la surface semblaient capturer le moment :
— Aérolia...
Sa voix était basse, presque fragile. Elle tourna vers lui ses yeux clairs traversés d'une douce gravité. Elle pressentait l'intensité de ses paroles :
— Que se passe-t-il, Julien ?
Il prit une inspiration tremblante, puis chercha ses mots comme si chacun d'eux devait contenir l'essence de ses sentiments. Sa voix se fit plus douce, presque chuchotée :
— Quoiqu'il arrive, je veux que tu saches que... si je ne devais plus jamais te revoir, tu resteras en moi comme ce qui m'est arrivé de plus beau. La plus précieuse des rencontres.
Un silence les enveloppa, lourd de tout ce qu'ils n'avaient pas besoin de dire. Les yeux de la jeune Princesse se remplirent d'une tendresse infinie, d'une douceur qui contrastait avec le chaos qu'ils avaient traverser, ensemble, jusqu'à cet instant. Elle leva la main pour effleurer son visage, ses doigts traçant lentement le contour de sa joue.
— Je t'aime, Julien. D'un amour que même nos étoiles ne sauraient décrire. Rien n'effacera ce que tu représentes pour moi, rien...
Leur regards se rencontrèrent, intense comme des astres qui se croisent dans la nuit. Il ferma brièvement les yeux. Il savoura l'instant avant de baisser légèrement la tête. Un murmure s'échappa de ses lèvres, comme une prière silencieuse adressée au vent :
— Tout va bien se passer, j'en suis certain.
Elle hocha doucement la tête, son visage empreint d'une confiance fragile. Dans un ultime geste, elle resserra ses doigts entrelacés autour des siens, comme une étreinte muette.
La promesse gravée dans les étoiles d'un amour qui défierait le temps et l'espace.
Ils approchèrent davantage du campement. Devant eux, le paysage se figeait dans une tranquillité trompeuse. Le murmure léger de l'eau, la douce lueur du crépuscule. Tout semblaient dissimuler la menace qui rôdait. Julien et Aerolia avançaient côte à côte, leurs pas feutrés sur l'herbe humide. La tension entre eux et la nature elle-même paraissait vibrer. Elle était presque palpable. Julien jeta un coup d'œil furtif vers l'installation militaire qui s'élevait discrètement. Son instinct lui murmura que quelque chose ne tournait pas rond :
— C'est trop calme, dit-t-il à voix basse. Le regard perçant, Aerolia scruta l'horizon puis hocha la tête en silence.
Un craquement retentit dans les fourrés. Julien se tourna vivement mais il était déjà trop tard. Des soldats, jusque-là invisibles, surgirent de la nuit. Ils émergèrent telles des ombres.
Des fantômes déterminés.
Une embuscade parfaite, un piège soigneusement orchestré.
Des projecteurs s’illuminèrent d'un coup. Ils inondèrent la scène d'une lumière crue qui révéla chaque détail.
D'autres soldats, rigides et concentrés, leur visages obscurcit par leur camouflage, se détachèrent sur le fond noir de la nuit. Des éclats lumineux faisaient scintiller leurs armes.
Le cœur de Julien battait à tout rompre. Il se sentit pris au piège dans cette toile tendue de dangers. Les silhouettes militaires formèrent un arc de cercle autour d'eux, tandis qu'ils étaient acculés par le lac. L'atmosphère, déjà chargée de tension, se transforma en un silence lourd.
Le monde lui-même retenait son souffle.
L'ombre d'un homme leur apparut. Celui qui orchestrait l'opération :
— Le petit jeu de cache-cache est terminé, lança le Colonel de Lattre. Il afficha un sourire carnassier en direction d’Aerolia. Il ne se soucia même pas de dissimuler son arrogance.
Il émergea enfin dans la lumière éblouissante des projecteurs. Il révélait une expression de triomphe figée sur son visage rigide. Ses yeux brillaient d'une lueur malveillante. Chaque mot qu’il prononçait voulait peser, imprégner les esprits d'un plaisir sadique.
Il venait enfin de capturer sa proie.
La scène se figea dans une tension électrique. Le moment se suspendit entre la menace silencieuse et la violence imminente.
Aerolia resta immobile, ses yeux clairs braqués sur le colonel. Ils défiaient l’aura écrasante qu’il projetait. A ses côtés, Julien sentit son cœur s’emballer. Ce n'était pas de la peur, juste la certitude glaciale que tout allait basculer.
— Julien... murmura Aerolia imperceptiblement. Elle tint son bras. Il sut que cela signifiait une prière muette, une invitation à ne pas faire le moindre geste.
De Lattre avança de quelques pas, les bras légèrement écartés comme pour savourer sa victoire imminente :
— Enfin... Après tout ce temps à vous chercher, ma chère. Son ton, doucereux, suintait de satisfaction. Il est temps pour nous de faire connaissance. Je suis le Colonel De Lattre. Je suis responsable de ce dispositif et c'est à moi que revient le privilège de vous souhaiter la bienvenue... Elena !
Julien ne put s'empêcher de s'interposer entre le militaire et sa bien-aimée. Sa déformation professionnelle le força à intervenir. Mais il voulait aussi gagner du temps. Il n’était pas certain de ses motivations, mais l’urgence de la situation le poussait à agir.
— Comment avez-vous su ? demanda-t-il, la voix empreinte de défi.
Le Colonel ne daigna même pas lui accorder un regard. Son attention était entièrement focalisée sur Aerolia :
— Mademoiselle, il est temps de me donner ce que je cherche depuis votre arrivée.
Sa voix était douce, presque hypnotique. L'ombre d’une menace sourde planait sur ses paroles.
Avant qu'elle ne puisse répondre, l'instinct protecteur de Julien prit le dessus. Il l'interpella violemment :
— Espèce de salaud, je t'ai posé une question !
L'irritation s'était mêlée à la colère. Cela déclencha une étincelle prête à embraser une mèche déjà trop longue. Le colonel tourna finalement son regard vers Julien. Ses yeux étincelaient de mépris.
— Euh... Julien, c'est bien ça ? Etes-vous certain de vouloir connaître la réponse ?
Un rictus déformait ses lèvres. Il révéla une arrogance qui n’était que l’ombre de sa menace véritable. A cet instant, une tension palpable envahit l'air. Julien sentit son cœur battre s'emballer. Le temps parut ralentir autour d’eux.
Les soldats s’étaient rapprochés. Leurs silhouettes se découpaient dans la lumière vive. Il savait qu'il n'avait plus de temps à perdre. Tout ce qui l'importait, était de protéger Aerolia, mais... comment ?
Derrière le colonel, une silhouette se forma. Elle avança vers eux avec une fausse lenteur. Julien fronça les sourcils. Il porta la main au-dessus de ses yeux pour se protéger de la lumière éblouissante des projecteurs :
— Je suis désolé, Julien. Franchement.
— Mais qui...? Lorsqu'il le reconnut. Kévin ?
Le visage marqué par la douleur et la fatigue, Julien faisait face à son ami, le regard brûlant de colère et d'incompréhension :
— Kevin, répéta-t-il. Mais pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ? On était des amis... je te faisais confiance !
Le jeune homme, le regard droit, chercha ses mots :
— Je n'avais pas le choix...
— Pas le choix ?! Il haussa le ton. Tu as vendu notre plan, tu m’as vendu, moi ! Mais pour quelle raison ? De l’argent ? Du pouvoir ?
— C'est bien plus simple Julien...
— Alors explique-moi ! Explique-moi comment quelqu’un en qui j'avais une confiance aveugle a pu me poignarder dans le dos.
Un silence pesant s’installa avant que Kévin ne finisse par lever les yeux vers Julien pour lui répondre, implacable :
— Michèle !
— Michèle ? Qu’est-ce qu’elle a à voir avec tout ça ?
— Je l’aime, Julien... Je l’aime depuis des années. Je savais que je n’avais aucune chance tant que tu étais là. Elle...Elle ne voyait que toi. Elle ne parlait que de toi. Chaque fois que je la regardais, je me rendais compte que... Je ne serai jamais à la hauteur. Je ne serai jamais celui qu’elle choisirait.
Julien resta figé, abasourdi par cette révélation. La colère laissa place à une incompréhension mêlée de douleur :
— Alors tu as choisi de me détruire pour te rapprocher d’elle ? De me sacrifier pour...
Kévin le coupa :
— Tu étais déjà condamné ! Je n'avais qu'à attendre ta mort. Une autoroute s'ouvrait devant moi. Mais Elena a dit qu'elle pouvait te guérir, te sauver. J'ai compris que ma seule chance serait de vous donner. Ils allaient t'arrêter, t'enfermer pour toujours, voire... t'éliminer.
Julien fut dévasté par cette révélation. Il secoua la tête avec désespoir. Il cherchait dans les yeux de Kévin un fragment de l'homme qu'il avait cru connaître, un éclat de leur amitié. Tout ce qu'il voyait désormais était un étranger, sans cœur, sans âme :
— Tu ne la mériteras jamais, Kévin. Michèle est bien trop intelligente. Un jour, elle découvrira la vérité. Julien parlait à voix basse. Une douleur palpable déchirait sa voix.
- Tu as vendu ton âme au diable. Pourquoi ? Tu m'as sacrifié pour une illusion.
Il recula d'un pas. Son regard brûlait d'un mépris profond :
— Que Dieu te pardonne. Moi, je ne peux pas.
Avant que Kévin ne puisse répondre, le colonel de Lattre, excédé par ces échanges, fit un geste d'impatience :
— Ça suffit les palabres !
Il fixa froidement Aerolia :
— Sortez cette sphère du lac et remettez-la-moi immédiatement.
La vingtaine de soldats qui surgit de l'obscurité s'avancèrent vers eux en silence, leur HK 416 braqué sur le jeune couple. Le colonel les menaça d'une voix calme, glaciale :
— Sur mon ordre, ils n'hésiteront pas une seconde à ouvrir le feu, vous pouvez me croire. Sortez ce vaisseau du lac. Maintenant !
Le souffle court, Aerolia ouvrit lentement sa veste pour saisir Skila. Au moment où elle le sortit, il commença à scintiller.
Le bruit du métal fendit la nuit.
Une rafale qui déchirait l’air.
Trois coups secs.
Julien, dans un réflexe désespéré, se jeta devant elle, faisant un bouclier de son corps.
La première balle manqua sa cible, la deuxième perfora sa cuisse, la troisième traversa sa poitrine.
Il s'effondra, son visage déformé par la douleur, son souffle saccadé.
Aerolia, horrifiée, poussa un hurlement qui déchira la nuit :
— Skila, Zyenar, Leneth !
Le cylindre émit une bulle éthérée d'un vert pâle qui enveloppa immédiatement le couple. Les tirs continus des soldats s'écrasèrent contre ce bouclier lumineux, inutiles, incapables de les atteindre.
De Lattre, furieux, hurla à ses hommes :
— Cessez le feu, cessez le feu, nom de Dieu !
Au bout d'un instant, le silence retomba brutalement.
La jeune femme, le cœur brisé, se pencha sur le corps de Julien. Ses mains tremblaient de désespoir. Le jeune homme tenta de parler :
— Skila me l'avait dit...
— Ne parle pas, mon amour. Je vais te sauver. Je t'en supplie, ne parle pas.
D'une voix presque éteinte, il murmura :
— Un sacrifice pour un instant d'amour... Je savais que je devais mourir. Maintenant je sais pourquoi... C'était pour toi, pour te sauv...
— Ne pars pas, je t'en supplie, ne pars... Oh non...
Les yeux de Julien se fermèrent doucement. Des larmes brûlèrent le visage de la Princesse, alors qu'elle déposait un dernier baiser sur ses lèvres. Elle sentit l’éternité s’écouler en cet instant.
Elle se trouva là, figée dans le deuil et la douleur. Ses joues étaient en feu. Lentement, elle releva la tête. Ses yeux, autrefois doux et pleins de tendresse, n'étaient plus que des flammes incandescentes. Elle regarda les soldats autour d'elle puis fixa de Lattre avec une intensité qui le fit frissonner :
— Pourquoi ? murmura-t-elle d'une voix tremblante. Pourquoi ? Il n'était que bonté, que tendresse, que douleur...
Sa voix, d'abord faible, monta en crescendo, portée par une rage naissante :
— Il était mourant. Elle déposa délicatement la tête de Julien sur le sol. Ses mains tremblaient de colère. Puis elle se releva doucement :
— POURQUOI ? hurla-t-elle avec une force qui fit vibrer l'air autour d'elle.
Skila, à ses côtés, commença à émettre une lueur d'une intensité grandissante qui se mêla à Aerolia. Désormais debout, une aura brûlante l’entourait intensément.
Inquietés par le spectacle, les militaires recommencèrent à tirer sur elle mais le bouclier de lumière émis par l'étrange cylindre était infranchissable. Des faisceaux d'une lumière sombre en jaillirent. Ils frappèrent les armes des soldats et les réduire instantanément au silence, totalement neutralisé.
Tapi dans l'ombre, Kevin avait reculé de plusieurs pas. Touché par l'un de ces faisceaux sombres, son esprit s'éteignit déconnecta brutalement. Il s'écroula, toujours en vie mais déconnecté de ce monde. Pour toujours.
A présent, la lumière de Skila souleva la jeune femme sans effort. Elle la fit léviter plusieurs mètres au-dessus du sol. Tout son être se transformait en une flamme vivante. Sa voix résonnait, emplie d'une puissance et d'une autorité insoupçonnées :
— Je suis Aerolia, Princesse Héritière du Trône de Seyriss, Princesse de Lyraan, de ses Océans et des Cités englouties de Velyria, Duchesse de Calistiae et de ses Forêts Cristallines, Duchesse de Nyssar, Lune Majestueuse de Seyriss, Baronne de Sylrion la Grande, Dame des Îles Royales d'Elenthis, fille du Roi Rygan, seigneur et maître de Seyriss !
L'aura qui l'entourait s'intensifia. Elle devint une flamme blanche puis orange avant de brûler d'un bleu profond. Elle leva Skila.
Sa voix était implacable :
— Skila, desharan thil'mar, Veclavia eneth sorël !
Le cylindre de feu émit une lueur rouge incandescente. Il jaillit comme un éclair à travers la nuit et se dirigea droit vers le lac. L’eau à sa surface se mit à bouillonner avec une intensité grandissante. Une écume brûlante se forma, qui scintillait sous la lumière ardente. Des vagues se déchaînèrent. Le lac, lui-même en proie à une frénésie, réagissait à la puissance qui s’annonçait.
Il y eut un silence chargé d'attente. Soudian, la sphère gigantesque émergea des profondeurs. Les amarres avaient cédés sous sa puissance. Elle s’élevait lentement, majestueusement, comme un astre se levant à l'horizon. L’eau n'impactait pas sa surface lisse. Elle flottait dans les airs, baignée d’une lumière nacrée qui irradiait douceur et mystère.
Sa beauté était à couper le souffle. Elle brillait d’un éclat éthéré et un halo luminescent semblait chanter aux cieux.
Son ascension se fit dans une danse gracieuse, un ballet cosmique orchestré par des forces anciennes. Les couleurs de la Lune se reflétaient sur sa surface, tandis que des éclats de lumière scintillaient comme des étoiles emprisonnées dans un globe de verre. Chaque mouvement était empreint d'une dignité presque divine, qui capturait l’attention de tous ceux qui étaient témoins de ce moment extraordinaire.
Alors que l'air vibrait tout autour, l'atmosphère se chargea instantanément d'une énergie palpable. La sphère continua de s'élever, s’érigeant en symbole de renouveau, de force et d’espoir.
Elle irradiait une lumière réconfortante dans l’obscurité de la nuit. Sa présence imposante transcendait la réalité, captivait les cœurs et les esprits, transformant le paysage en une scène de rêve éveillé, suspendue entre ciel et terre.
Les yeux enflammés d'Aerolia se portèrent sur de Lattre :
— Skila, thoran vel'ethar !
Un rayon lumineux jaillit de la sphère. Il saisit le colonel, le paralysa sur place avant de l'emporter à l'intérieur du vaisseau. Le silence, aussi lourd qu'une tombe, figea la scène.
La lévitation de la Princesse cessa. Elle s'agenouilla auprès du corps sans vie de son bien-aimé, avant de le prendre lentement dans ses bras. Elle se préparait à partir, quand Demongy, le visage pâle, osa s'adresser à elle :
— De Lattre, qu'allez-vous faire de lui ?
Elle se retourna vers lui, son regard chargé de puissance et de douleur :
— Vous vous adressez à une future Reine ! déclara-t-elle d'un ton tranchant.
Décontenancé, le commandant recula d'un pas :
— Excusez-moi, votre... Altesse, mais vous ne pouvez pas...
— Il a pris mon cœur, le coupa-t-elle froidement. Je prends son corps !
Elle marqua une pause avant de lui demander d'une voix autoritaire :
— Qui êtes-vous ?
— Je... Je suis le commandant Demongy.
Aerolia le regarda, un sourire glaçant aux lèvres :
— Commandant, je sais que vos caméras sont braquées sur nous. Montrez ces images à vos Rois et vos Reines, vos Ministres et Dirigeants. Dîtes-leur ceci : Nous reviendrons ! Vous avez commis un acte de violence envers une Lyraenne de sang royal. Nos lois sont immuables. Vous en paierez le prix. Votre planète sera jugée pour cette offense.
Son regard perçant traversa l'âme de l'officier :
— Dites-leur !
Demongy, la gorge serrée, leva les yeux au ciel. Un vaisseau colossal, aussi imposant qu'un porte-avions, planait majestueusement au-dessus d'eux. Sa silhouette massive était découpée contre le ciel crépusculaire.
Un titan de métal aux lignes élégantes.
Sa couleur noire et mate semblait absorber la lumière ambiante. Le navire se déplaçait imperceptiblement sans un bruit, tel le battement de cœur d'une bête ancestrale, prêt à déchaîner sa colère.
A mesure qu'il s'imposait, une onde de terreur s'étendit comme une brume glaciale autour du lac. Les hommes de Demongy se figèrent, leurs yeux écarquillés. Leurs mains se mirent à trembler autour de leurs armes neutralisées. Un frisson d'angoisse parcourut leur colonne vertébrale, tandis qu’ils prenaient conscience de la puissance écrasante qui se tenait là, suspendue dans les cieux. Leurs respirations se firent plus lourdes, plus rapides, comme si l'air lui-même avait décidé de s'épaissir pour les étouffer.
Demongy, serra les poings. Il sentit la peur s’immiscer dans son esprit. Les paroles d'Aerolia résonnait dans sa tête, comme une mélodie funèbre.
"Nous reviendrons !"
Et comme chacun des hommes du régiment, il savait qu'un seul ordre donné à ce vaisseau pourrait transformer la scène en un chaos sanglant. Il put presque entendre les murmures de ses soldats. Ils partageraient un récit de désastre et de destruction, une histoire où des géants célestes balayaient tout sur leur passage, comme un ouragan emportant des brindilles.
Le commandant était accablé. Ce vaisseau n'était pas simplement un symbole de pouvoir, mais une incarnation de la colère d'Aerolia.
Il se tint là, à la fois fasciné et horrifié, conscient que la majesté du vaisseau était aussi le reflet d'une puissance que ni son pays, ni les grandes puissances de son monde ne pouvaient espérer défier. Chaque battement de son cœur semblait synchronisé avec le silence qui régnait.
Dans cette communion terrifiante, Demongy comprit que leur défaite était déjà scellée. Quiconque sur cette planète ne pourrait échapper à l'ombre de ce titan tant il dominait les cieux.
Tout près du lac, Aerolia, un regard tendre posé sur Julien murmura doucement :
— Vel'rina, ankar'el, vel'rina tyn'ra shaenël'sei — Nous rentrons Mon Amour, nous rentrons vers nos étoiles —
Annotations
Versions