Chapitre 57 : La révélation

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Je ne sais pas combien de temps j’ai couru.
Tout est flou dans ma tête. Les rires, les photos, les téléphones braqués sur moi... Tout ça tournait en boucle, comme un cauchemar dont je ne pouvais pas me réveiller.
Quand je suis sortie de la fac, mes jambes tremblaient tellement que je pouvais à peine avancer. Mais je continuais, sans savoir où j’allais. Mon cœur battait à tout rompre, et je suffoquais sous le poids de ma honte.

Et c’est là que je l’ai vu.
Le professeur Lefèvre.

Il était là, juste devant moi, un regard inquiet sur le visage.
"Mademoiselle Cloé ? Vous allez bien ?"
Sa voix était douce, presque rassurante, mais c’était trop tard pour moi. Les larmes, que je retenais depuis que j’avais vu ces photos, ont éclaté sans prévenir.
Je me suis effondrée devant lui, incapable de parler, incapable de respirer.

Il m’a attrapée doucement par les épaules, me regardant avec cette expression que je n’avais jamais vue chez lui.
"Cloé, calmez-vous. Respirez. Vous êtes en sécurité, d’accord ? Venez avec moi."

Je ne sais pas pourquoi, mais je l’ai suivi.
Nous sommes montés au troisième étage, jusqu’à sa salle de cours. Il a ouvert la porte et m’a fait entrer avant de refermer derrière lui. Le bruit de la clé tournant dans la serrure m’a ramenée à la réalité un instant.
"On peut parler ici. Personne ne nous dérangera," m’a-t-il dit calmement, en tirant une chaise pour que je puisse m’asseoir.

Mais je n’ai pas pu.
"C’est fini…" ai-je murmuré, les mots se brisant dans ma gorge. "Tout est fini."

Je lui ai tout raconté.
Le souffle court, les larmes inondant mes joues, j’ai essayé d’expliquer. Hector, les défis, les photos, les vidéos… Tout ce que j’avais gardé enfoui au plus profond de moi. Je parlais vite, trop vite, mais je ne pouvais pas m’arrêter.
Il m’écoutait, silencieux, le regard grave, sans m’interrompre une seule fois.

Mais alors que je terminais mon récit, son téléphone a vibré sur le bureau.

Il l’a regardé, fronçant les sourcils. Puis il a parcouru rapidement l’écran, avant de se figer complètement.
"Oh mon Dieu…"
Mon cœur a manqué un battement.
"Quoi ?" ai-je demandé, la voix tremblante.
Il n’a pas répondu tout de suite. Il s’est contenté de me montrer l’écran de son téléphone.

C’était une vidéo. Une vidéo de moi.
Face au miroir.

Mon esprit s’est vidé en une fraction de seconde.
Je me suis levée brusquement, incapable de respirer. C’était comme si l’air avait quitté mes poumons, comme si mon corps refusait de fonctionner.
La vidéo. Elle était sur le groupe de messagerie partagé par les élèves et les professeurs de la fac.

Plus de 400 personnes pouvaient la voir.

C’était le coup de grâce.
Le monde autour de moi est devenu flou, puis noir.

Quand j’ai ouvert les yeux, j’étais allongée sur le sol de la salle.
Le professeur Lefèvre était accroupi à côté de moi, une main posée sur mon épaule.
"Vous êtes réveillée. Vous m’avez fait peur," a-t-il dit doucement.
Je me suis redressée, le corps lourd, l’esprit embrouillé.

"Pourquoi…" ai-je murmuré, incapable de formuler une phrase complète.
Il a soupiré, passant une main dans ses cheveux.
"Cloé… Je pense qu’il est temps que je vous parle d’une certaine nuit."

Mon cœur s’est arrêté.
Je l’ai regardé, les yeux écarquillés, incapable de comprendre où il voulait en venir.
"L’hôtel," a-t-il dit. "La nuit à l’hôtel… C’était moi. J’étais l’homme dans cette chambre."

Le sol s’est dérobé sous mes pieds.
"Non… C’est impossible," ai-je murmuré, la voix tremblante. "Comment ? Pourquoi ?"
Il a pris une grande inspiration avant de continuer.
"J’ai reçu des messages, Cloé. Des messages qui semblaient venir de vous. Tout était organisé dans les moindres détails. Vous m’avez donné une adresse, une heure. Et vous avez insisté sur une chose : après cette nuit, nous ne devions jamais en parler."

Chaque mot qu’il prononçait faisait tourner mon esprit un peu plus vite.
Je ne comprenais pas. Ce n’était pas moi. Je n’avais jamais envoyé ces messages.
Mais si ce n’était pas moi, alors…

Une image est apparue dans mon esprit. Une idée, un nom.
Maeva.

Le groupe de messagerie.

C’était la seule personne que je connaissais qui pouvait y avoir accès. La seule.
Maeva faisait partie de ce groupe.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais persuadée qu’elle aurait des réponses.
C’était comme si un puzzle que je ne savais pas être en train de résoudre prenait enfin forme. Toutes ces coïncidences, ces silences, ces regards… Maeva avait toujours été là, dans l’ombre, mais je n’avais jamais voulu le voir.

Je devais la trouver.
Je me suis levée brusquement, le corps encore tremblant, mais avec une nouvelle détermination.
"Je dois y aller," ai-je dit, ma voix plus ferme que je ne l’aurais cru.
Le professeur m’a regardée avec confusion.
"Mais où ?"
"Chez Maeva," ai-je répondu. "Je dois comprendre. Elle a des réponses."

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