Chapitre 3 : Grosse Tapette !

3 minutes de lecture

Plusieurs jours s’écoulèrent avant qu’Hervé ne ramène à nouveau sa sale gueule amochée au collège. Il avait un œil au beurre noir et un joli hématome à la joue droite. J’en jubilais intérieurement.

Nicolas revint quelques jours après lui. Il avait été exclu pour toute une semaine, malgré ma plaidoirie en sa faveur auprès du prof d’EPS. Après son retour, je désespérais d’avoir un moment avec lui pour le remercier, l’embrasser, le prendre dans mes bras…

J’aurais dû le voir venir.

Hervé avait quand même ouvert sa gueule, mais pour raconter une version de l’histoire dont je n’ai jamais connu le dénouement exact. Tout ce que je sais, c’est que Nicolas et sa bande m’ont chopé dans un couloir, avant d’aller en récréation. Ils ont vidé mes affaires dans les toilettes et m’ont traité de tous les noms. J’avais beau être terrifié, je n’ai pas lâché Nicolas du regard. Leurs mots m’ont fait mal, mais pas autant que son indifférence.

Ce soir-là, je me suis retrouvé dans ma chambre à essayer de remettre de l’ordre dans mes affaires trempées, une affreuse douleur dans la poitrine. Ma mère m’a demandé ce qu’il s’était passé et j’ai fait mine de rien.

— C’est pas grave… j’suis tombé dans une flaque… j’ai renversé une carafe à la cantine…

Je sais qu’elle n’en croyait pas un mot. Mais que pouvait-elle faire ? Avertir le collège et me faire passer pour un rapporteur ? Cela n’aurait fait qu’aggraver les choses, elle le savait bien. De mon côté, tout lui avouer me semblait impossible. Ç’aurait peut-être mieux valu ?

J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps avant de réussir à m’endormir.

Les jours suivants, je me rendais au collège à reculons, subissant inlassablement les pires insultes qu’un collégien de treize ans puisse entendre à travers la porte du « placard ». C’en était arrivé à un point tel que le proviseur me convoqua pour me faire des remontrances au sujet de mon soi-disant comportement inapproprié. Quand je lui ai demandé ce que l’on me reprochait, il a simplement dit qu’à mon âge, je devais me concentrer sur mes études et réprimer mes pulsions.

Qui ? Quoi ? Où ? Comment ? Allez savoir...

Le corps enseignant de cet établissement avait l’art d’envoyer la victime à l’échafaud, sans procès équitable.

Mais j’étais finalement parvenu à le convaincre que ce n’était que des rumeurs. Il avait acquiescé, mais je savais très bien qu’il ne me croyait pas. J’avais beau être un élève moyen, discret et sans histoire, j’avais toujours l’impression que les professeurs avaient une dent contre moi.

Les rumeurs et l’animosité de mes camarades finirent par se tarirent. Je crois me rappeler qu’un sixième avait eu un « gros accident » en classe. Je n’étais plus la star, passée de mode comme un CD des 2Be3. Mais plusieurs fâcheux sobriquets me collèrent longtemps à la peau.

Cela faisait plusieurs années que je voyais une psychologue. Étant donné les problèmes conjugaux de mes parents, il était normal que ce soit mon frère, ma sœur et moi, qui voyions un thérapeute. Mais je l’aimais bien, elle était gentille et savait poser les bonnes questions. Je pense qu’elle soupçonnait mon homosexualité, peut-être en a-t-elle même parlé à mes parents. Cependant, aucun d’eux ne l’a jamais laissée transparaitre.

Elle est la seule adulte à avoir su ce qu’il se passait au collège, du moins, une version aseptisée, dans les grandes lignes. Je lui parlais principalement du harcèlement que je subissais et de certaines pensées sombres qui en résultaient.

Comme beaucoup, il m’est arrivé de penser au suicide, mais malgré mon jeune âge, je me disais que ce serait une façon de leur donner raison, que j’étais aussi faible qu’ils se l’imaginaient.

J’avais surtout peur de souffrir…

Notre cerveau n’est pas programmé pour nous rendre heureux, mais pour protéger notre corps.

Annotations

Vous aimez lire Raphaël HARY ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0