Chapitre 5 : Vacances, j'oublie tout !
Enfin les vacances d’été !
L’occasion de se changer les idées, de faire des activités, de profiter de ses amis, de sa famille. Étant donné que l’on n'avait pas de téléphones portables, c’était légèrement plus compliqué de garder le contact avec ses camarades. Malgré la démocratisation d'internet et des ordinateurs, seuls les plus aisés pouvaient se les offrirent. Ils nous restaient le téléphone ou la bonne vieille lettre postale ou de se retrouver chez l’un ou l’autre pour des sessions endiablées de Super Mario ou Sonic. J'aurais pu trouver le numéro des parents de Nicolas dans l'annuaire et demander à lui parler, mais j'étais bien trop timide pour seulement y penser.
Pas de nouvelle, bonne nouvelle.
En général, nous passions une grande partie de nos vacances chez mes grands-parents, avec mon frère et ma petite sœur. Ils vivaient dans une grande maison à l’écart d'un petit village juste à côté de celle de mes cousines. On peut dire que nous avons grandi tous ensemble. On en a passé du temps à jouer dans la nature, construire des cabanes, camper dans le jardin ou faire de la soupe d’herbe. C’est ce qu’un vieux con de quarante-deux balais comme moi appelle le bon temps, la belle époque. On avait des rêves plein la tête, on vivait l’instant présent comme s’il serait éternel...
Tout le monde se connaissait plus ou moins dans le bourg et il y avait de nombreux bals et kermesses à cette période de l’année. Avec d’autres jeunes du village que mes cousines fréquentaient, on se retrouvait pour faire les quatre-cents coups. On organisait des chasses au trésor, des expéditions pique-niques à vélo, et des soirées camping à la belle étoile. Cette insouciance et cette absence de responsabilités me laissent un gout amer. La vie était si simple par moment, et si compliquée à d’autres...
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Vincent était l’un de ces copains que je voyais uniquement à l’occasion de vacances chez mes grands-parents. Un p'tit gars un peu potelé, avec de longs cheveux blonds bouclés et les yeux bleus. Comme Nicolas, mais en bien plus petit et moins athlétique. Parce que, même si nous avions le même âge avec Vincent, j’aurais pu passer pour son grand frère tant notre différence de taille et de corpulence était importante. À cette époque, je dépassais déjà le mètre quatre-vingt alors que lui ne devait pas faire plus d’un mètre soixante-cinq. Mais il était sympa et j’aimais passer du temps avec lui, parce que contrairement à Nicolas, il en avait dans le citron. On parlait de musique, de jeux vidéo, de lecture. On avait des gouts très similaires et on s’échangeait souvent nos livres. Je crois même encore en avoir quelques-uns que l’on ne s’est jamais rendus.
On venait de passer la journée au bord de la rivière. Je me souviens qu’il flottait dans l’air une douce odeur d’herbe fraichement tondue, une de mes madeleines de Proust préférée. Au moment de rentrer, vers vingt heures, il faisait encore bien chaud et le soleil tout juste couchant inondait le ciel de couleurs flamboyantes. J’ai proposé de raccompagner Vincent chez lui. Comme j’étais le plus grand, j’étais le seul à avoir un vélo d’adulte sur lequel on pouvait monter à deux. Sur le porte-bagage, on avait bricolé un siège rudimentaire avec du carton, du gros scotch, et un vieil oreiller que ma grand-mère nous avait donné. Mais c’était le grand luxe pour nous.
J’enfilai mon short par-dessus mon maillot de bain et y coinçai mon débardeur avant d’enfourcher mon vélo torse nu. La route était un peu sinueuse et avec le poids supplémentaire de Vincent, on s’est vite fait distancer par les autres. Mais ce n’était pas gênant, car nous devions de toute façon prendre un autre chemin qu’eux.
Surtout qu’on avait tout notre temps…
Vincent avait ses mains autour de moi, tantôt sur ma poitrine, tantôt sur mes hanches, en fonction si je me levais pour prendre de l’élan dans les montées. Et dans les descentes, je pédalais comme un fou pour prendre le plus de vitesse possible tandis qu’il se collait à moi de peur. Qu’est-ce qu’on rigolait !
Quand nous sommes arrivés devant chez lui, il m’a demandé de le déposer à la porte du garage. Je posai un pied à terre pour le laisser descendre et il sauta face à moi.
— Merci de m’avoir ramené. J’aime bien être avec toi.
Je revois ses beaux yeux pétiller de malice et me rends compte aujourd’hui qu’il en attendait peut-être plus de ma part sur l’instant. Surpris, j’étais resté plusieurs secondes à le regarder avant de répondre.
— Ça me fait plaisir et j’aime bien être avec toi, moi aussi.
Je revois ses joues potelées se gonfler à mesure que son sourire s’élargissait. Il posa sa main sur ma cuisse avant de m’offrir une bise sur la joue. Incrédule, j’ai repris ma route sans me poser plus de questions.
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Le lendemain, nous nous étions tous retrouvés sur la place de la mairie pour la kermesse. Il y avait un manège avec des personnages de nos dessins animés préférés, des auto-tamponneuses, des machines à pinces, le jeu du chamboule-tout, et même la pêche au canard. Le top du fun à cette époque.
Mamie nous avait donné vingt francs chacun et croyez-moi, c’était plus que suffisant pour passer un bon moment. Un tour en auto-tamponneuse coutait à peine deux francs, et pour un franc, on avait droit à trois parties de chamboule-tout. Autant dire qu’on était riche. Mais c’était sans compter sur un gros orage qui s’abattit sur nous. Non pas que nous en avions peur, on se douchait souvent sous la pluie battante pour faire comme dans la pub Tahiti Douche.
Sauf que celui-là s’avéra plutôt violent.
Tandis que nous nous abritions sous l’auvent du manège, le propriétaire nous demanda gentiment de partir pour qu’il puisse le couvrir avant qu’il ne soit trempé. C’est à ce moment précis que notre groupe se scinda.
Avec Vincent et un autre jeune dont le prénom m’échappe, nous avons atterri sous l’abri de bus, au bord de la route principale. La fraicheur des gouttes d’eau était bienvenue, tant l’air était lourd, et nous dégoulinions, trempés de la tête aux pieds. Sans aucune gêne, nous avions retiré nos vêtements pour les essorer.
Il n’y avait rien de plus à voir que lorsque nous étions en maillot de bain, après tout.
Nous étions assis sur le banc lorsqu’un violent coup de tonnerre déchira le lancinant battage des gouttes de pluie sur la taule ondulée. Vincent se colla à moi et, instinctivement, je passai un bras autour de ses épaules, amenant sa tête contre mon torse.
— T’inquiète, on craint rien ici, lançai-je.
Mais je voyais bien qu’il était apeuré.
D’ailleurs, de peur ou gêné par notre proximité, notre camarade ne tarda pas à se rhabiller et à déguerpir en direction de sa maison, nous laissant seuls. Malgré le vent qui s’engouffrait entre les interstices des plaques mal fixées, le contact de nos corps me faisait transpirer à grosses gouttes.
Alors que je baissai la tête pour demander à Vincent de s’écarter, je remarquai la bosse entre ses jambes. Aussitôt, un flot de sensations contraires m’envahit et sans que je puisse le contrôler, je bandais à mon tour.
Pétrifié par la honte, je priai intérieurement pour qu’il ne remarque pas mon trouble alors qu’il était vraisemblablement dans le même état. Puis, les images de mes « ébats » avec Nicolas se projetèrent dans mon esprit, violemment, sans prévenir.
Ses mains, ses lèvres, sa chaleur, son odeur… je voulais à nouveau sentir tout cela.
J’étais noyé par un flot ininterrompu de scènes érotiques dans lequel le visage de Nicolas se mêlait à celui de Vincent.
Il est tout près ! Vas-y !
J’avais l’impression d’être un prédateur pervers, avide de goûter ce corps qui m’était presque offert. Je n’avais qu’à attraper son visage pour l’embrasser, pour le guider vers mon sexe et lui offrir mon désir.
L’adrénaline me battait aux tempes tandis que je trouvai le courage de lui caresser doucement la taille en écartant suggestivement les jambes. Je sentis son souffle s’accélérer, sa peau moite était parsemée de soubresauts. Il tremblait.
La honte refit soudain surface et je le repoussai.
Qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi ? Tu vas quand même pas le violer !
Mais sans un mot, Vincent s’agenouilla devant moi, le regard planté dans le mien. Il libéra délicatement ma verge et resta plusieurs secondes à la contempler en se mordant les lèvres, la caressant avec envie. J’exultai un râle de surprise lorsque sa langue toucha l’extrémité de mon gland, mais l’excitation était trop forte, me forçant à brusquement m'en libérer sur son visage.
— Merde ! J’suis désolé !
— C’est pas grave, répondit-il en s’essuyant du revers de la main.
— Ouais, mais toi ?
Il se leva et abaissa son slip maculé.
— Ça fait tellement longtemps que j’en avais envie… c’est sorti tout seul, lança-t-il en se mordant la lèvre de gêne.
Il était si mignon, si attendrissant…
Alors j’ai pris sa main et l’ai attiré vers moi pour l’embrasser tendrement.
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