Chapitre 6 : Honte et soulagement.
Dans les jours qui suivirent, je n’avais plus que Vincent en tête. Je me montais des films dans lesquels je l’invitais à dormir avec moi sous la tente. Nous aurions passé la nuit dans les bras l’un de l’autre, nous embrassant à volonté. Mais je restai désespérément sans nouvelles.
Je souffrais de son absence, en silence…
L’une de mes cousines de quatre ans mon aînée avait un « chéri ». C’était un collègue militaire de mon plus jeune oncle qui squattait avec lui chez mes grands-parents. Un mec du sud avec un accent à couper au couteau, la vingtaine ou moins, et des origines hispaniques. Ils passaient leur temps à se bécoter, à se sucer le visage goulument, quand ils ne disparaissaient pas pour s’envoyer en l’air, ce qui arrivait environ dix fois par jour.
J’étais incroyablement jaloux, au point de m’en rendre malade. J’avais l’estomac retourné en permanence et l’appétit me fuyait.
Après presque une semaine sans nouvelle, je demandais à ma grand-mère si elle pouvait me donner le numéro de Vincent pour que je puisse lui parler. C’est sa mère qui décrocha.
— Il est dans sa chambre. Je te le passe.
La boule dans mon ventre se dénoua aussitôt, tandis que je me fendais d’un sourire de soulagement.
— Allo ?
— Salut Vincent ! Ça va ?
— Ouais… ça va et toi ?
— Mieux, maintenant…
— Pourquoi ?
— Je suis content de t’entendre, c’est tout. Ça te dit de passer l’après-midi ensemble ?
Je l’entendis soupirer dans le combiné.
— Écoute… nan, je préfère pas…
Mon cœur se figea.
— C’est pas bien…
Surpris et déçu par sa réaction, je me suis contenté de lâcher un « ok » du bout des lèvres.
— OK, alors… salut, dit-il avant de raccrocher.
Je reposai le téléphone et ma grand-mère réapparut. A-t-elle entendu notre conversation ? Je ne sais pas, elle me demanda simplement comment il allait.
— Je sais pas… il était pas là…
Je n’avais pas pour habitude de lui mentir, mais je ne savais pas quoi répondre.
Je m’empressai de fuir en direction de la tente derrière la maison. Tandis que je mettais de l’ordre dans mes idées, une étrange sensation de soulagement m’envahit. Je comprends maintenant que même si je mourais d’envie d’être auprès de Vincent, cela tenait uniquement de la facilité, de notre proximité momentanée. C’était un gentil garçon, mignon et attirant, mais je n’éprouvais pas de réels sentiments à son égard. Du moins, pas les mêmes que j’éprouvais pour Nicolas. Quant à mon trouble des jours précédents, je pense qu’il s’agissait d’une angoisse honteuse, de la peur de ne pas savoir si ce qui c’était passé entre nous aller éclater au grand jour.
Nous avons continué à nous voir avec Vincent et les autres, mais n’avons jamais remis sur le tapis ce qui s’était passé dans l’abribus. Je crois savoir qu’il est marié et père de famille aujourd’hui. J’en conclus que pour lui, ce n’était qu’une expérience de jeunesse, comme celle que j’ai eue plus tard avec les quelques filles que j’ai vaguement fréquentées.
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