Chapitre 8 : Comme si de rien n'était.

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Je ne saurai vous dire combien de temps nous sommes restés allongés là, nos corps nus baignant dans la chaleur du soleil de midi, côte à côte.

Une minute ? Une heure ? Peu importe ! Il faisait si beau, dans le ciel et dans ma tête.

Ne vous méprenez pas, je suis en couple et marié à un homme extraordinaire aujourd'hui, mais je donnerais cher pour revivre cet instant. Ressentir ces sensations, cette ivresse insouciante, comme si c'était à nouveau la première fois. Nos corps en fusion, satisfaits, haletants à la recherche d'un nouveau souffle. Nos désirs primaires assouvis, nos forces vidées par l'excitation. Je peux encore sentir l'arôme de nos hormones en ébullition se mêler à celui inégalé de nos semences gaspillées sans retenue. Le vent qui léchait notre peau et apportait la douceur des herbes sèches et la fraicheur de la forêt alentours...

Au fil de mes rencontres amoureuses, je me suis rendu compte que peu importait la passion que je mettais dans une relation, cela n'a plus jamais été pareil. J'ai aimé et pris du plaisir, c'est un fait et c'est d'ailleurs encore le cas aujourd'hui, mais il manque ce, je ne sais quoi, cette étincelle d'ignorance, d'arrogance et de dédain envers les aléas cosmiques qui régissent nos existences. Je voudrais tant renaître dans cet état de plénitude...

En reprenant mes esprits, je m'assis en tailleur et attrapai un coin de la couverture pour m'essuyer. Nicolas semblait à deux doigts de s'endormir à mesure que sa respiration ralentissait. Son corps était parcouru de soubresauts en réponse à l'adrénaline qui se diluait dans son sang. Son avant-bras sur le visage, il entrouvrit un œil dans ma direction et me sourit. Son regard de saphir me troublait à chaque fois qu'il se posait sur moi. Il se redressa sur un coude avant d'attraper la bouteille d'eau pour se désaltérer et s'asperger le visage et le torse. Il me la tendit, mais je refusai d'un hochement de tête. Il était la seule chose dont j'étais désespérément assoiffé.

Puis, sans qu'aucun de nous n'ait prononcé un mot depuis une éternité, il se leva d'un bond et, d'un geste qui me parut terriblement excitant sur le moment, prit son sous-vêtement et l'utilisa pour s'essuyer dans les moindres recoins, avant de l'abandonner sur l'herbe. Le p'tit veinard avait eu la chance de parcourir une dernière fois l'intégralité de son corps, et même de s'imprégner de ses odeurs.

Il enfila rapidement ses vêtements puis me lança nonchalamment, sans vergogne : « Bon, j'y vais ! À plus ! » et sans plus de convenance ni même un dernier regard, il s'éloigna en direction du sentier qui quittait la forêt, disparaissant entre les chênes.

« Quoi ? Déjà ? Mais il est à peine midi, on pourrait passer l'après-midi ensemble ? ».

Autant de mots qui s'évanouirent dans mon esprit avant même que je puisse envisager de les prononcer. Il m'abandonna, seul avec ma conscience, nu jusqu'au cœur. J'étais abasourdi par autant d'inconsidération.

Quel fils de pute !

Encore pardon à sa maman.

En y réfléchissant, je ne m'étais pas posé la question de savoir par quel moyen il était venu. Il habitait un p'tit bled comme le mien, aussi paumé et acariâtre que ses habitants, à vingt-cinq minutes en voiture. Dans le meilleur des cas, une âme charitable l'aurait pris en stop. Dans le pire, ses jambes d'athlètes l'auraient largement portées.

Dubitatif, je me rhabillai à mon tour sans trop savoir que penser. Un frisson me parcourut l'échine tandis que j'enroulai la couverture. Était-ce le contrecoup de nos ébats ? Sa réaction ?

Je n'y prêtais pas attention et m'apprêtai à prendre le chemin de la maison lorsque j'aperçus son sous-vêtement maculé. Sans trop savoir pourquoi, je le ramassai et le glissai dans mon short. Ne voyez par ce geste aucune déviance dégoutante de ma part, c'était simplement l'endroit le plus discret pour le cacher jusqu'à trouver un endroit sûr où le conserver. Mais malgré le fait que cette relique transportait une large palette de ses effluves et même de son ADN, je ne parvins pas à me résigner à le garder dans cet état et le glissai discrètement dans la machine à laver. Au moins comme ça, je pouvais le porter.

Ce qui était encore plus excitant.

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