Chapitre 9 : Dernière année.

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Ma rentrée en troisième se passa mieux que je ne l'appréhendais. Plusieurs élèves avaient quitté l'établissement, ce qui allégea les deux classes, et certains d'entre eux faisaient partie de la bande de Nicolas. En plus de quoi, je me retrouvai avec mes deux meilleurs amis de l'époque. C'était compliqué de s'assoir à trois à la même table, mais on parvenait toujours à rester dans les parages des uns et des autres. L'année commençait sous de bons auspices.

Dès les premiers jours, je remarquai que Nicolas avait changé, qu'il n'était plus tout à fait le même. Je le voyais souvent jouer avec ses ciseaux ou son compas, se tailladant la peau des bras, des mains ou du ventre. Ces yeux si lumineux s'étaient ternis et de grosses poches sombres s'étaient formé en dessous. De plus, même si être inattentif n'avait rien d'une nouveauté pour lui, il n'avait jamais eu pour habitude de gribouiller dans ses cahiers ou dans ses livres de cours. Je ne suis même pas sûr de l'avoir vu un jour les ouvrirent avant cette rentrée. Je me demande bien ce qu'il y écrivait.

Un matin, il débarqua en cours avec le crâne rasé, la boule à zéro. C'était un changement si radical que l'un de ses "potes" le taquina. Nicolas lui assena une droite direct dans les maxillaires et fut exclu deux semaines. Après cette effusion, il se montra de plus en plus solitaire, s'asseyant seul en cours ou à table au réfectoire, traînant seul dans la cour ou à se planquer derrière les thuyas pour fumer. Il avait de plus souvent des traces sur le visage et sur le corps que j'attribuais à son tempérament rebelle et son caractère de cochon. Je n'ai vraiment pris conscience de ce qu'il traversait que récemment. Le manuel du parfait petit collégien n'avait pas de section sur la manière de détecter les violences familiales chez ses camarades et la prévention était quasiment inexistante à cette époque.

Quelque temps après, pendant un cours d'histoire/géographie, je demandai à me rendre aux toilettes. Tandis que je marchai dans le couloir, je sentis une main m'agripper le bras. Nicolas ?

Il mit son index sur sa bouche pour que je me taise et il m'attira jusque dans un débarras. Étrangement, je me souviens ne pas avoir eu peur de lui ou de ce qu'il voulait me faire. L'habitude, probablement. Il retira son pull et déboutonna son jeans avant de le baisser avec son caleçon. Sa verge se dressait déjà fièrement devant moi, mais je ne voyais que l'énorme hématome bleuâtre sur ses côtes. Inquiet, je m'apprêtai à lui demander comment il s'était fait ça avant qu'il ne colle ses lèvres aux miennes. Un baiser violent, désagréable, maladroit, comme s'il voulait juste me faire taire.

Je le repoussai pour le dévisager de plus belle. Son regard changea aussitôt. Je revois cette tristesse, cette détresse qui ternissait le bleu de ses magnifiques saphirs. Le sentant sur le point d'éclater en sanglot, je m'approchai pour le prendre dans mes bras, mais il me repoussa si violemment que je tombai à la renverse. Les yeux brillants, il se rhabilla et fracassa la porte en quittant la petite pièce. Nous n'avons pas échangé un seul mot et pourtant, je jurerais l'avoir entendu hurler.

Après m'être soulagé, je regagnais la classe lorsque je l'aperçus en train de fumer, accoudé à une fenêtre. Je me suis approché et lui ai demandé de m'en donner une taffe. L'air surpris, il porta la cigarette à mes lèvres et j'en pris une grande bouffé. Je manquais de m'étouffer lorsque la fumée atteignit mes poumons pour la première fois de ma vie. Il éclata de rire tandis que je crachai pour me débarrasser du gout atroce de la nicotine. Son sourire me réchauffa le cœur, j'espérai que par ce geste, notre relation s'améliore.

Mais la pionne dans notre dos attendait pour nous donner une leçon que nous n'étions pas près d'oublier.

Après un rapide passage chez le proviseur, je me voyais infliger une matinée de colle tandis que Nicolas, en récidive, se faisait immédiatement exclure pour trois jours. Après toutes les embrouilles qu'il avait manigancées ou alimentées, le corps enseignant ne montrait plus aucune pitié à son égard.

Tandis que je regagnai ma salle de classe sous bonne escorte, je croisai ses parents en furie. Je n'ose imaginer ce que le pauvre Nicolas a enduré, une fois encore. Même si je n'y étais pour rien, je m'en voulais terriblement. Il ne méritait pas que l'on s'acharne à ce point sur lui.

Mais tout cela, je le réaliserais bien trop tard...

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