Chapitre 12 : Ami.
Arrivé devant la salle de classe, une boule se forma dans mon ventre à la simple idée de frapper, mais je n'eus pas le temps de m'en inquiéter que la porte s'ouvrit. La prof de français m'accueillit avec un « regardez qui est de retour » sarcastique qui fit pouffer mes camarades. Je voulus m'excuser, mais elle m'assura que le proviseur l'avait prévenu de mon retard. Étrangement, aucun des autres élèves ne se permit une réflexion ou un regard de travers et mes quelques copains me saluèrent avec le sourire. Je partageai la joie de les retrouver, même s'ils n'étaient pas nombreux, et je m'assis à côté de l'un d'eux. Aucune question ou remarque gênante, juste de la sympathie.
Alors même que je pensai à lui, mon regard croisa le sien. Nicolas était assis seul, au fond de la pièce, près de la fenêtre, comme à son habitude. Je revois l'expression désolé sur son visage. Il baissa les yeux en haussant ses lèvres serrées, puis esquissa un timide sourire en coin. Je ne lui en voulais pas, il n'était pas responsable de ce qui s'était passé. Je lui souris à mon tour, avant de retourner à ma copie.
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Après le repas de midi, je me retrouvai sur un banc dans la cour à parler de choses et d'autres avec un copain.
— C'est vrai que Nicolas et sa bande t'ont battu ?
— Non, il était pas avec eux.
— Tout le monde raconte qu'il t'a frappé parce que t'aurais proposé de lui sucer la bite, c'est vrai ?
Je manquai de m'étouffer.
— Qui raconte des conneries pareilles ? Je suis pas PD !
— Bah... je sais pas, c'est des ragots... ajouta-t-il, gêné.
— Ouais, ben c'est des conneries ! m'emportai-je.
— En tout cas, il était pas content d'avoir été exclu une semaine à cause de toi.
— Quoi ? Qui ça ?
— Nicolas !
Je tombai des nues. Pourquoi l'avait-il renvoyé alors qu'il n'était pas en cause dans mon agression ? Était-ce en punition pour sa manie de fumer en cachette dans l'enceinte de l'établissement ? Une sanction exagérée pour une simple histoire de cigarette et si c'était le cas, pourquoi m'en voulait-il à moi ? Cette révélation ne collait pas avec ce que j'avais déduit de son langage corporel plus tôt.
Je jetai une goutte d'eau sur l'océan de braise des murmures du collège en assurant à mes amis que rien de tout cela n'était vrai. J'aime à penser qu'ils avaient suffisamment confiance en moi pour me croire, même si je suis persuadé qu'ils soupçonnaient quelque chose.
—
À la fin de la journée, je quittai le cours d'anglais après les autres. La prof m'avait gardé quelques minutes pour me donner des devoirs de rattrapage. Les couloirs étaient déserts et lorsque j'atteignis la cage d'escalier du deuxième et dernier étage, Nicolas m'agrippa subitement par le col et me plaqua contre le mur. Malgré ma surprise, je ne sentis aucune réelle animosité de sa part.
— Pourquoi t'as balancé à la pionne que je fume derrière le gymnase ?
— Je suis désolé, c'est sorti tout seul... j'étais encore sonné et j'avais peur pour toi...
Son regard changea instantanément. Il me lâcha et recula d'un pas en se frottant la nuque.
— C'est pas grave, souffla-t-il.
Sa bouche refusait de prononcer des mots que son corps voulait me faire comprendre. Il semblait désolé de s'être emporté.
— J'aime bien être avec toi...
Les mots sortirent sans que j'aie le temps d'en prendre conscience. Il me dévisagea quelques secondes avant de déposer un baiser sur mes lèvres.
— J'en ai pas fini avec toi, lança-t-il.
Sa sentence aurait pu m'inquiéter s'il ne m'avait pas lancé un clin d'œil en se mordant la lèvre inférieure. Il passa son bras autour de mes épaules et m'attira vers l'escalier.
— On va rater le bus.
Au rez-de-chaussée, Olivia attendait que les derniers élèves quittent l'établissement. Elle me regarda avec insistance en remarquant Nicolas à mes côtés, mais je pense que mon « à demain » enjoué la rassura aussitôt.
— À demain, les jeunes. Et ne faites pas de bêtise, lança-t-elle avec un clin d'œil accompagné d'un sourire compatissant.
Je suis certain qu'elle savait. Certaines personnes ont la capacité de détecter l'alchimie entre deux êtres, une sorte d'instinct. Si seulement elle n'avait pas été la seule.
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