Le réveil du Prince et du Pauvre

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Tout était noir… Soudain, une énorme secousse se fit sentir.

Tombé de son lit, il ouvrit enfin les yeux. Son regard encore flou balayait la pièce tandis qu’il se frottait le front, là où trônait sa cicatrice, avant de passer une main dans ses cheveux noirs, déjà en bataille. Il tenta de rassembler ses pensées, mais une seule question lui traversait l’esprit : qu’était donc ce tremblement qui l’avait fait chuter ?

Il tourna la tête vers son horloge accrochée au mur. Son cœur fit un bond. L’heure était bien avancée, et il allait être en retard pour le collège.

Sans perdre une seconde, il se précipita hors de sa chambre, dévalant les escaliers à toute vitesse pour rejoindre la cuisine située au rez-de-chaussée.

L’odeur réconfortante du café fraîchement moulu et du pain grillé flottait dans l’air, emplissant la pièce d’une chaleur familière. La cuisine, baignée d’une lumière matinale filtrée par les rideaux légers, offrait un contraste frappant avec l’ambiance pesante qui y régnait. Les murs, peints d’un jaune pâle, donnaient une impression de douceur, mais l’atmosphère était loin d’être paisible.

Une jolie femme, aux longs cheveux bruns et aux yeux d’un marron flamboyant, s’affairait près du comptoir. Son visage en forme d’amande révélait une beauté intacte malgré le passage des années.

— Bonjour maman, dit-il timidement. Tu as senti le tremblement de terre ?

— Bonjour Chris. Non, tu as dû rêver encore.

À cet instant, une jeune fille fit son apparition. Elle ressemblait à la femme près du comptoir : même visage en amande, mais ses longs cheveux dorés et ses yeux couleur océan la différenciaient. Elle s’installa à table d’un pas nonchalant.

— Tu ne commences pas à neuf heures, Chris ? Il est déjà huit heures vingt, lança-t-elle.

— Ah oui, c’est vrai, merci de me prévenir, c’est gentil ! J’avais oublié, répondit-il en se levant de table.

— Ce n’est pas de la gentillesse, c’est que ta présence m’insupporte, alors tire-toi !

— Du calme, Jelena, intervint Lumna. Ne crée pas de problèmes dès le matin !

À cet instant, une autre personne fit son entrée dans la cuisine. Son visage en forme de cœur arborait fièrement des cheveux couleur poivre et sel. Il s’avança d’un pas pesant et alla s’asseoir, vêtu d’un immense short et d’un t-shirt bien trop petit pour cacher son ventre gonflé par l’alcool. Ses jambes poilues, exposées sous la table, accentuaient l’image négligée qu’il renvoyait.

— Lumna, laisse la petite éduquer son idiot de frère ! Elle a raison de l’insulter. D’ailleurs, qu’est-ce que tu fous encore là, p’tit con, hein ? Casse-toi d’ici ! rugit-il d’une voix rauque.

— Comment tu vas, papa ? Tu as bien dormi ? s’écria Jelena, un sourire radieux aux lèvres, ravie de voir son père.

— Oh, comment vas-tu, mon cœur ? Viens faire un câlin à papa !

D’un geste brusque, il l’attira contre lui, glissant une main sur sa taille avant de descendre lentement jusqu’à sa fesse. Jelena eut un léger sursaut, ses yeux s’écarquillant l’espace d’un instant, mais elle retrouva bien vite son calme. Ce n’était pas la première fois.

Profitant de cette proximité, elle enchaîna sans transition :

— Papa, tu peux me donner de l’argent ? J’aimerais sortir avec mes copines ce week-end

Lumna serra les poings, ses ongles s’enfonçant dans ses paumes. Elle détourna les yeux, incapable de supporter la scène, mais garda le silence, comme toujours.

Le père s’enquit de savoir combien d’argent sa fille souhaitait et lui promit de le lui donner le soir venu, arguant être encore en pyjama.

Pendant ce temps, Chris se préparait à la vitesse grand V. Dès que ses affaires furent rassemblées, il se précipita hors de la maison sans demander son reste, espérant arriver à temps au collège.

Quelques minutes plus tôt…

Tout était noir… quand soudain, une énorme secousse se fit sentir.

Tombé de son lit, il ouvrit enfin les yeux. Il se demanda quel était ce tremblement qui l’avait brusqué à ce point. Il regarda sa montre.

— Quoi ? Déjà ?

Le jeune homme courut à la cuisine, ses cheveux mi-courts et dorés flottant légèrement sous l’effet de sa course. Bien qu’il vienne à peine de se réveiller, ses yeux marron étincelants laissaient deviner un esprit vif.

Une douce odeur de miel et de fruits frais flottait dans la pièce. La salle à manger, avec ses murs ornés de photos de famille et ses étagères remplies de livres anciens, respirait la sérénité. Pourtant, ce matin, l’air semblait chargé d’une énergie inhabituelle.

— Dites, vous avez senti ce tremblement de terre ? interrogea Mickael.

En face de lui, assis, se trouvait un autre garçon, à la peau mate et à l’air un peu plus jeune. Une femme, debout près du comptoir, leur tournait le dos.

— Du calme, grand frère, lui répondit-on en riant. Comme d’habitude, on n’a rien senti. Hahaha !

— T’es sûr, Jojo ? Celui-là était puissant ! Comment avez-vous pu ne pas le sentir ? Hahaha !

Ce garçon que Mickael appelait Jojo n’était autre que son petit frère, John.

— Mickael, laisse ton frère manger tranquillement ! Il n’y a eu aucun tremblement de terre, intervint Ivalna, leur mère.

Elle se retourna enfin, révélant un visage aux traits doux, encadré par des cheveux mi-courts et blonds. Ses yeux, d’un vert émeraude éclatant, semblaient refléter toute la sagesse qu’elle avait acquise au fil des années.

Mickael et John avaient tous deux hérité des traits de leur mère. Cependant, tandis que Micka affichait une chevelure dorée, John, lui, avait hérité des cheveux noirs de leur père. C’était ainsi qu’on les distinguait facilement.

— Tu ne commences pas à neuf heures, grand frère ? Il est déjà huit heures vingt et tu es toujours en pyjama, s’exclama John, le regard rivé sur une feuille qu’il tenait entre ses mains.

— Ça va, j’ai le temps de prendre mon petit déjeuner tranquille… Mais dis-moi, tu regardes quoi, là ? C’est quoi cette feuille ?

— Oh, ça ? J’ai décidé de faire notre arbre généalogique !

— Oh… c’est excellent, ça ! Et qu’as-tu découvert ? demanda Mickael, surpris par l’initiative de son frère.

— Eh bien, en remontant dans le temps, figure-toi qu’il y a cinq ou six générations, nos ancêtres paternels et maternels étaient originaires du « Continent éteint ». C’est fou, non ? On fait partie du peuple éteint !

— Jure !? Waouh, c’est trop cool, ça, Jojo. Le fameux peuple éteint ! s’enthousiasma Mickael, les yeux brillants d’excitation.

— Ça suffit, vous deux, réprimanda Ivalna. Il n’y a rien d’incroyable à être des descendants de ce peuple, surtout que vous savez ce qu’il s’est passé. Aujourd’hui, il y a encore des familles qui en descendent, mais elles gardent ça secret. Vous aussi, vous le ferez, j’espère, finit-elle par déclarer en leur ébouriffant les cheveux.

Cependant, Ivalna n’avait pas tort. Il existait trois continents : Elohim, où se trouvait Amora, le pays de Chris et Mickael, Hanifiyya, et le Continent éteint. Chaque continent était constitué de sept pays, sauf le Continent éteint, qui en comptait neuf avant sa destruction.

On racontait que ce peuple, il y a plus d’un siècle, avait pactisé avec de puissantes entités maléfiques afin d’obtenir des capacités surhumaines et de créer une source d’énergie inconnue. Cherchant à étendre son pouvoir sur les continents voisins, il avait déclenché une guerre qui avait poussé les États d’Elohim et d’Hanifiyya à s’allier pour le détruire.

Les gouvernements des autres continents n’avaient pas engagé de représailles contre les personnes originaires du Continent éteint qui vivaient déjà dans leurs pays, sauf contre celles jugées suspectes. Avec le temps, on disait que leurs descendants s’étaient fondus dans la population… et que ce peuple avait fini par disparaître.

— Pffff, c’est trop nul, maman, lança Mickael. Et du coup, t’es remonté jusqu’où, John ?

— Mmmh… Je suis remonté à huit générations pour papa et sept pour maman. Par contre, j’ai eu papa au téléphone, et il a évoqué un certain J.B. Moussomo. Il serait un de nos ancêtres très connus, et notre arrière-grand-mère lui aurait parlé de lui.

— Bon John, tu verras ça plus tard, abrégea Ivalna. Si tu as fini de manger, il faut qu’on y aille.

— Hein ? Tu vas pas à l’école aujourd’hui ? interrogea Mickael.

— Non, j’ai rendez-vous à l’hôpital pour de nouveaux examens. À ce soir, Micka, et ne sois pas en retard, conclut-il en partant.

Une fois son petit déjeuner terminé, Micka se dirigea vers la salle de bain. Alors que le temps jouait contre lui, une mystérieuse personne sonna plusieurs fois à la porte d’entrée.

La sonnette retentit à nouveau, plus insistante cette fois. Mickael se figea, le cœur battant.

Qui pouvait bien frapper à cette heure ?

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