ζῳδιακός

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Mickael avait déjà sa petite idée de l’identité du visiteur. Il laissa la personne sonner encore un peu, puis, une fois prêt, alla ouvrir la porte.

— Ce n’est pas trop tôt ! soupira Chris. Dire que je pensais qu’arriver un peu plus tard me permettrait d’éviter de poireauter ici en t’attendant !

— Arrête de mentir, si tu es arrivé plus tard, c’est que toi aussi tu étais en retard, Chris !

Les deux amis échangèrent quelques taquineries tout en accélérant le pas, conscients qu’ils jouaient contre la montre. Il ne leur restait qu’une ligne droite à parcourir, mais moins d’une minute avant que la grille du collège ne se referme.

Micka, habitué au footing en famille, prit rapidement de l’avance et atteignit le portail. Derrière lui, Chris peinait à suivre, essoufflé après vingt secondes de course. Pour le motiver, Mickael avait une solution infaillible.

— Allez, Chris Antei Kacimmia !

Chris détestait qu’on l’appelle par son nom complet. Cette pique fit jaillir une poussée d’adrénaline qui lui permit d’accélérer, et ils franchirent la grille juste à temps.

Pendant ce temps, John et Ivalna roulaient en direction de l’hôpital. La mère de famille avait pris la voiture de son mari, absent. Ce luxueux 4x4, à la carrosserie d’un noir lustré, fonctionnait grâce à la Kemris, une pierre aux propriétés mystérieuses désormais omniprésente dans la technologie moderne. Source d’énergie quasi illimitée et rechargeable, elle avait supplanté les carburants polluants. Lorsqu’elle était associée à des hélices gravitationnelles, elle permettait même aux véhicules de voler à quelques mètres du sol.

— Il y a quelque chose que je ne comprends pas, déclara soudain John, le regard perdu à travers la vitre.

— Que se passe-t-il, mon ange ?

— La Kemris, c’est bien cette fameuse source d’énergie que le peuple éteint aurait obtenue en passant un pacte avec des entités maléfiques, non ? Pourtant, nous l’utilisons aujourd’hui sans problème, et les nations continuent de l’extraire du Continent éteint… alors même qu’elles ont anéanti sa faune, sa flore, et exterminé son peuple.

— Tu te poses trop de questions, mon fils, répondit sèchement Ivalna. Il fallait bien qu’elle serve à quelque chose. Mieux valait qu’elles soient utilisées ainsi que par ce foutu peuple, qui aurait fini par s’en servir pour tout détruire.

Une fois arrivés à l’hôpital, ils rencontrèrent le nouveau médecin chargé de John, le Dr Rogers. C’était un jeune prodige de vingt-huit ans, récemment affecté en ville. Après les présentations, ils se rendirent dans son bureau.

— C’est un grand plaisir d’être ton nouveau médecin, John. J’ai pris connaissance des documents qui te concernent, laissés par mon prédécesseur, le Dr Snowhead. Je te laisse aller dans la salle d’à côté pour le scanner.

Environ vingt minutes plus tard, le scanner fut terminé, et John retourna dans le bureau.

— Bon, je vais faire un petit résumé. D’après nos connaissances actuelles, John, ton corps héberge plusieurs bactéries inconnues qui, en apparence, stagnent sans causer de dommages. Seulement, lorsqu’une forte émotion t’envahit, ces mêmes bactéries s’activent et se déplacent, générant une chaleur interne intense et provoquant des poussées de fièvre. À tel point que si on te touche dans ces moments-là, on risque de se brûler.

— C’est exactement ça, docteur, intervint Ivalna. Cela a commencé quand il avait trois ans. Nous pensions d’abord à une fièvre sévère, mais au fil des années, son corps chauffe de plus en plus.

— Oui, j’ai pu lire le rapport du Dr Snowhead. Ce qui est troublant, c’est qu’il n’ait jamais partagé ses découvertes avec ses confrères et qu’il m’ait personnellement désigné, moi, son élève, pour reprendre ton cas avant sa mort.

— Oui, confirma John. Le Dr Snowhead voulait comprendre la véritable nature de cette maladie avant d’en parler aux institutions médicales.

— C’était bien son genre, ajouta le Dr Rogers, pensif. Et toi, John, peux-tu me décrire ce que tu ressens précisément lorsque cela se produit ?

John prit un instant pour réfléchir avant de répondre.

— Eh bien… c’est comme si mon corps entier était en feu, comme si une flamme tentait de s’enfoncer plus profondément en moi.

Le médecin fronça les sourcils et, une fois la consultation terminée, les raccompagna jusqu’à la sortie. De retour dans son bureau, il sortit les vidéos des scanners du Dr Snowhead, enregistrées lorsque les bactéries étaient actives. Plusieurs interrogations s’agitaient dans son esprit.

Tout d’abord, il constata que les bactéries se déplaçaient de manière synchronisée, comme un banc de poissons, semblant chercher quelque chose plutôt que de détruire des cellules. Ensuite, une question le tourmentait : pourquoi le Dr Snowhead avait-il choisi de garder ces découvertes secrètes ? Cet homme, qu’il respectait tant, n’était pas du genre à prendre des décisions à la légère.

Décidé à approfondir ses recherches, il inséra la clé USB laissée par son mentor dans son ordinateur. Il parcourut le dossier de John, mais n’y trouva qu’un unique mot énigmatique : ζῳδιακός.

Intrigué, il tenta une recherche sur Internet, sans succès. Il activa alors un VPN et se connecta au Neo Deep Web, un espace où les informations cachées du monde scientifique circulaient librement. Il se rendit sur un forum clandestin de médecine, connu pour recenser des maladies mystérieuses et des études dissimulées.

Le Dr Rogers copia le terme dans la barre de recherche et tomba sur un sujet troublant. Des images de personnes disparues ces dernières années y figuraient. L’auteur du post, un certain Sephirife64, avait laissé un message inquiétant :

« Bonjour à tous. J’ai recueilli des témoignages troublants sur une maladie que les gouvernements cherchent à cacher. Elle se manifeste par de violentes réactions internes aux émotions et bizarrement, tous les sujets recensés disparaissent. Pire encore, les médecins qui tentent d’en percer le mystère disparaissent eux aussi… »

Le Dr Rogers n’en revenait pas. Il se rassura en se disant qu’il était sur le Neo Deep Web et que des théories du complot farfelues, il y en avait des tas. Ceci dit, il ne pouvait ignorer la peur qui montait en lui. Il continua ses recherches, se croyant bien protégé grâce à son VPN, seulement…

Dans une salle sombre...

— Oh, regarde ça Isaac, j’ai une alerte. Quelqu’un a fait une recherche sur le ζῳδιακός, il utilise un VPN.

— Très bien, trouve de quelle ville le signal provient.

Dans un endroit sombre et enfoui, le mal était déjà prêt à exterminer les rats qui fouillaient trop !

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