Le secret du Pauvre

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Chris et Micka étaient arrivés en cours de technologie quelques heures plus tôt. Ils devaient finaliser un travail donné quelques jours auparavant, qui consistait à créer un site web. Mickael, comme toujours, travaillait en groupe avec d’autres élèves, tandis que Chris, lui, œuvrait en solitaire. Non pas qu’il soit victime de harcèlement, il préférait simplement rester à l’écart, surtout pendant les cours. Il détestait être interrompu dans ses recherches, et Micka le savait mieux que quiconque.

Absorbé par son travail, Chris ne vit pas le professeur s’approcher de sa table.

— Chris, ce cours n’est pas fait pour aller sur des sites de jeux ! lança l’enseignant d’un ton assez fort pour que toute la salle l’entende.

— Je ne suis pas sur un site de jeux, c’est mon devoir, répondit Chris sans même lever les yeux.

Le professeur fronça les sourcils, sceptique. Comment un adolescent de quinze ans à peine aurait-il pu créer un site aussi abouti en seulement une semaine ? Pourtant, en examinant l’URL, il constata qu’elle correspondait bien aux liens générés par le logiciel fourni.

— C’est incroyable, marmonna-t-il. Explique-nous ton travail, Chris.

— C’est un site de réalité virtuelle où l’on peut créer son propre monde et gérer ses propres villes, expliqua calmement Chris.

— Je vois. Pourquoi avoir eu l’idée de concevoir un monde virtuel ?

— En créant son propre univers, on en a le contrôle, et on peut ainsi s’assurer d’y trouver le bonheur, déclara-t-il avec une franchise qui surprit même le professeur.

Ce dernier sourit, visiblement impressionné.

— C’est effectivement très intéressant, mais n’en profite pas pour fuir dedans. Je te rappelle que tu as le brevet dans quelques semaines, dans le monde réel, tu n’y échapperas pas !

La classe éclata de rire. Chris, quant à lui, resta silencieux. Sa réponse l’avait lui-même surpris. Il n’avait jamais vraiment réfléchi à la raison pour laquelle il avait choisi ce projet, mais une petite graine commençait à germer en lui.

Sur ces entrefaites, une vieille dame frappa à la porte et entra dans la salle. Elle annonça que le professeur prévu pour l’après-midi était absent et que les élèves n’avaient plus qu’une heure de cours. La nouvelle fut accueillie avec des cris de joie. Lorsque la sonnerie retentit, Chris se précipita vers la sortie, mais le professeur l’interpella avant qu’il ne puisse s’échapper.

— Chris, tu as un véritable potentiel en sciences et technologies. L’année est bientôt terminée, et je voulais te demander ce que tu comptais faire après.

— Je ne sais pas encore, monsieur. Je vais voir quels lycées publics spécialisés existent dans ce domaine et je choisirai l’un d’entre eux.

— Écoute, je sais que les établissements privés sont hors de prix, mais je connais le directeur du lycée le mieux noté du pays. Il est en ville aujourd’hui, et on va déjeuner ensemble. Je lui parlerai de toi, si tu es d’accord.

Chris fut surpris, mais se garda de trop espérer. Même si l’avis était favorable, cela ne réglerait pas le problème financier. Sa famille n’était pas pauvre, mais son père se contentait de lui offrir le strict nécessaire, sans jamais faire de folies.

— Très bien, monsieur, mais si vous connaissez une personne comme ça, c’est que vous avez de très bons contacts. Pourquoi ne pas avoir enseigné là-bas ? Ça doit être mieux payé que dans ce collège public…

— Tu es encore jeune, Chris. J’exerce ce métier parce que je veux transmettre mon savoir. Je sais que c’est la phrase type des profs, mais je suis sérieux. D’ailleurs, maintenant, tu en as la preuve, n’est-ce pas ?

Chris esquissa un sourire avant de partir dans la cour. Une fois arrivé, il marcha d’un pas pressé, comme s’il cherchait quelqu’un. Il trouva sa sœur, Jelena, dans un hall avec ses deux meilleures amies, Charline et Pauline, des jumelles grandes et minces aux cheveux noirs, qui semblaient être des filles à problèmes. Il s’approcha d’elles, tête baissée, et demanda timidement la clé de la maison.

Jelena, toujours agacée quand Chris lui adressait la parole, lui jeta la clé d’un geste nonchalant, sans dire un mot. À l’école, elle faisait tout pour l’éviter.

— Mais attends, c’est vraiment ton frère, lui !? Je n’en reviens pas ! lança Charline en ricanant.

— Son père s’est juste marié avec ma mère. Ce gros nul n’est pas mon vrai frère, alors ne dis plus ça !

— Ah ouais ? Pourtant, vous avez un p’tit air de ressemblance, hein, poursuivit Pauline avec un sourire moqueur.

— Fermez-la, toutes les deux ! s’agaça Jelena.

Chris, resté de l’autre côté du bâtiment, avait tout entendu. Il serra les poings, mais ne dit rien.

À onze heures, après son heure d'histoire, la journée de cours s’acheva enfin. Micka chercha Chris du regard pour rentrer ensemble, mais celui-ci avait déjà disparu. Comme à son habitude, il s’était éclipsé dès que la sonnerie avait retenti.

En quittant le collège, Chris marcha rapidement, son esprit en ébullition. Il avait besoin de rentrer au plus vite. Il franchit le portail, les mains crispées autour de son sac, et se dirigea directement vers chez lui.

Pendant ce temps, Lumna, sa belle-mère, faisait ses courses au supermarché. Alors qu’elle parcourait le rayon des produits du petit déjeuner, une voix familière l’interpella.

— Lumna ! Ça fait un bail !

Elle se retourna et aperçut Ivalna, la mère de Mickael et John, qui s’approchait avec un sourire chaleureux.

Ivalna s’approcha en poussant son chariot, visiblement ravie de revoir Lumna.

— Ça fait longtemps ! Comment vas-tu ?

Lumna esquissa un sourire, bien que son regard trahissait une certaine fatigue.

— Je vais bien, et toi ?

— Toujours débordée, mais on fait avec. Et Chris ? Il vient encore chercher Micka le matin. Ces deux-là sont inséparables !

— Oui, il va bien. Il est toujours aussi passionné par ses projets.

— Ah, et il parle toujours de ses fameux tremblements ?

— Oui… Il en parle encore.

Ivalna éclata de rire.

— Micka fait pareil ! Chaque mois, ils nous ressortent la même histoire !

Lumna sourit, mais son regard se perdit un instant dans le vide. Percevant son hésitation, Ivalna changea de sujet d’un ton plus léger.

— Dis-moi, et si Chris venait dormir à la maison ce week-end ? Ça lui ferait du bien, et Micka aussi.

Lumna parut hésitante.

— Je ne sais pas… Le brevet approche, il ne faut pas qu’il se relâche.

— Au contraire, ça leur ferait une pause ! Et puis, ça te laisserait un peu de tranquillité.

John, qui accompagnait sa mère, leva les yeux vers Lumna avec un sourire suppliant.

— S’il te plaît, tata Lumna, laisse Chris venir !

Lumna soupira, incapable de refuser quoi que ce soit à John.

— Bon, d’accord… Mais qu’ils ne fassent pas de bêtises !

John laissa échapper un petit cri de victoire.

— Promis, tata Lumna !

Ivalna tapota doucement l’épaule de son amie, satisfaite.

Pendant ce temps, Chris était déjà rentré chez lui. En montant dans sa chambre, il enfila des gants et un masque, puis ressortit en vitesse.

Dix minutes plus tard, il atteignit son véritable objectif : une immense décharge à ciel ouvert. Après quelques minutes de recherches, il trouva une petite antenne, c'était ce qu'il cherchait !

— Parfait, murmura-t-il pour lui-même.

Un bruit soudain le fit sursauter. Quelque chose venait de bouger non loin de lui.

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