La crainte du Diable

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Alors qu’il s’apprêtait à repartir, le gardien aperçut Chris et cria avant de lâcher son chien sur lui. Pris de panique, Chris se rua vers la sortie, trébuchant à plusieurs reprises sur les matériaux en vrac. Malgré les égratignures et la douleur, il réussit à fuir les lieux.

En rentrant chez lui, tout essoufflé et couvert de blessures superficielles, il aperçut une silhouette immobile dans la cuisine. Lumna venait de rentrer. Elle se tenait debout, le regard perdu dans le vide. Pendant un instant, Chris eut l’impression de voir une autre version d’elle, une femme plongée dans un monde dont lui seul ignorait l’existence.

Il n’osa pas la déranger. Cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas vue aussi sereine. Mais ce moment de quiétude fut brusquement rompu par le vacarme de la sonnerie du téléphone fixe.

Lumna sursauta et reprit brusquement ses esprits. Elle tourna la tête et aperçut Chris.

— Oh, Chris !? Que fais-tu ici si tôt ?

— Je n’ai pas cours cet après-midi. Je… je vais voir qui c’est.

Il se précipita vers le salon pour répondre. Les Kacimmia faisaient partie des rares familles à posséder un ancien téléphone fixe ne fonctionnant pas à la Kemris, dépourvu de visio-holographie.

— Allô ? demanda Chris.

— Allô, je suis bien chez les Kacimmia ?

C’était la première fois que Chris entendait cette voix.

— Oui, c’est bien ça. Qui est-ce ?

— Mmmh, tu dois être le fils. Je suis un ancien ami de ton père. Il est là ?

— Non, pas encore.

— Oh, dommage ! Et comment va Lumna ?

— Euh… ma mère va bien. Vous voulez que je vous la passe ?

— Non, ça ira. Haha, tu pourras dire à ton père de me rappeler, s’il te plaît ? Je suis actuellement à Véliny pour rencontrer quelqu’un, j’aimerais bien en profiter pour le revoir !

— D’accord, mais… qui êtes-vous ? redemanda Chris, toujours perplexe.

— Dis-lui que c’est de la part de Sabimmia. À la prochaine, Chris !

Chris sursauta légèrement. Cet inconnu connaissait son prénom.

— C’était qui, Chris ? demanda soudain Lumna, qui venait d’entrer dans le salon.

— Un certain Sabimmia. Il voulait parler à papa.

À ces mots, le visage de Lumna se figea.

Lumna était comme tétanisée. Son regard s’était vidé d’un coup, comme si le simple fait d’entendre ce nom l’avait arrachée à la réalité.

Chris fronça les sourcils.

— Maman ? Tu vas bien ?

Lumna secoua la tête avant de forcer un sourire.

— Oh… euh, je suis juste un peu fatiguée, répondit-elle d’un ton hésitant.

Mais Chris ne fut pas dupe. Il observa sa mère avec attention, remarquant l’inquiétude dans ses yeux. Cependant, avant qu’il ne puisse insister, elle détourna le regard et changea de sujet.

— Tu es couvert d’égratignures ! Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

— Rien, je suis juste tombé à l’école, répondit-il rapidement.

Lumna le fixa un instant, comme si elle cherchait à déceler un mensonge, mais finit par soupirer.

— Va te laver, je vais préparer à manger.

Chris hocha la tête et partit immédiatement vers la salle de bain.

Alors qu’il montait les escaliers, la voix de Lumna le rappela.

— Eh oh, Chris ! J’ai vu John et sa mère aujourd’hui. Tu vas dormir chez eux demain, prépare tes affaires.

Chris s’arrêta net, puis un large sourire illumina son visage.

— Sérieux ? Trop bien ! Merci, maman !

Pris d’un élan de joie, il redescendit en trombe et vint l’enlacer de toutes ses forces avant de repartir en courant. Un peu plus tard, après s’être lavé, il se dirigea vers le couloir où se trouvait l’ancien téléphone fixe. Contrairement aux nouveaux modèles fonctionnant à la Kemris, celui-ci ne possédait pas de visio-holographie.

Il composa rapidement un numéro familier. Après quelques tonalités, Mickael décrocha.

— Yo, Micka, c’est moi ! lança Chris.

— Ah, bien joué, je comptais justement t’appeler.

— On organise quoi pour ce week-end ?

— On verra sur le moment, mais… il y a un truc dont il faut qu’on te parle.

Chris arqua un sourcil.

— Ah bon ? De quoi ?

Un court silence s’installa. Puis, John prit la parole d’un ton plus sérieux.

— Chris… il faut que tu nous promettes de ne rien dire à personne.

Et après avoir juré sur sa vie, Mickael lui révéla que…

— Quoi !? Vous êtes des descendants du peuple éteint !? s’étonna Chris.

— Chuuut, c’est un secret, répondit Mickael. Maman ne veut pas que l’on en parle.

Chris tenta d’assimiler l’information, mais avant qu’il ne puisse poser d’autres questions, la porte d’entrée s’ouvrit brusquement. Le père de Chris venait de rentrer. Chris, alors dans le couloir, ne le vit pas immédiatement. Mais lorsqu’il l’aperçut, il se figea, le téléphone encore à l’oreille. Son père, lui, avait déjà capté une partie de leur conversation. Avant même de pouvoir lui demander à qui il parlait, Chris raccrocha et courut dans sa chambre.

Le père posa son manteau sans un mot et se dirigea immédiatement vers la cuisine où Lumna préparait le repas.

— Il parlait avec qui, là ? demanda-t-il d’un ton sec.

— Ça doit être avec Mickael et John, déclara Lumna sans lever les yeux de son plan de travail.

Le visage de son mari se crispa aussitôt.

— Oh, les Chiramis… avec leur enfant malade, là ! cracha-t-il avec mépris.

Lumna ne réagit pas immédiatement. Elle connaissait trop bien l’aversion qu’il nourrissait pour cette famille et savait qu’il était inutile de discuter.

— Ce sont ses amis, finit-elle par souffler.

— Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas qu’ils traînent avec lui, gronda-t-il en s’asseyant brutalement.

Lumna sentit son cœur s’accélérer. Elle savait qu’elle devait aborder un sujet délicat, mais elle redoutait la réaction de son mari.

— D’ailleurs, chéri… balbutia-t-elle avec crainte. Il y a…

— Qu’est-ce qu’il y a, bordel ? Parle !

— Isaac… Isaac Sabimmia est en ville. Il a appelé…

Le visage de son mari se figea instantanément. En une fraction de seconde, toute trace d’arrogance disparut pour laisser place à une peur qu’elle ne lui connaissait pas. Il serra les poings et, dans un accès de rage, frappa violemment le mur, laissant échapper une bordée d’insultes.

Lumna recula instinctivement, tétanisée.

— Dégage, ordonna-t-il d’une voix glaciale.

Tremblante, Lumna ne se fit pas prier et s’éclipsa immédiatement.

Dès que Lumna quitta la pièce, le père de Chris s’empara du téléphone et composa un numéro en urgence.

— Allô, j’ai des problèmes, ils sont dans ma ville, déclara-t-il d’une voix pressante.

Son interlocuteur marqua un silence avant de répondre d’un ton froid :

— Monsieur Kacimmia, vous savez ce que nous voulons. Nous ne ferons rien tant que vous ne nous donnerez pas plus d’informations contre eux ou d’autres renseignements utiles.

Le père de Chris inspira profondément, ses doigts crispés sur le combiné.

— Pour ma sécurité, je ne peux pas en dire plus, tenta-t-il d’argumenter.

De l’autre côté de la ligne, un léger ricanement se fit entendre.

— Dans ce cas, nous ne bougerons pas.

L’homme s’apprêtait à raccrocher lorsque Kacimmia se redressa brusquement, une idée soudaine traversant son esprit.

— Attendez ! cria-t-il. J’ai des informations pour vous.

Un silence tendu s’installa avant que son interlocuteur ne réponde d’un ton intrigué :

— Je pourrai être à Véliny dans deux jours. Je vous donnerai l’heure et le lieu plus tard. J’espère que ce n’est pas par peur que vous me dites ça.

— Non, assura-t-il d’une voix ferme. J’ai réellement une information importante à vous communiquer.

Il raccrocha lentement, le cœur battant.

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