Evaluation de Guerre
En route, John et Mickael transpiraient d’impatience. Ils allaient enfin tester la War Box et tout cela, c’était finalement grâce à Micka. Chris s’en était bien rendu compte tout le long du trajet.
— D’ailleurs, s’écria Hugo, je n’ai même pas fait les présentations ! Voici Yuvali…
— Wesh, ça cabre !?
Les trois amis marquèrent un temps d’arrêt, échangeant des regards d’incompréhension.
— « Wesh, ça cabre » ? pensa Chris à voix haute, le sourcil levé.
— Vous posez pas de questions, reprit Hugo. Ce type est fan de bécanes, il passe son temps à remplacer des mots par des termes de motards.
— Ooooh, je vois ! s’exclama Micka en éclatant de rire. Bah alors, ça cabre et toi ?
— Tu t’habitues super vite ! s’étonna Chris.
— Et voici Nordine, termina Hugo.
— Salut, les gars !
Ils venaient tous d’une ville située au sud d’Amora qui portait le nom de Massalia.
Yuvali était un jeune homme de dix-huit ans aux cheveux courts et hérissés. Son menton entier était recouvert d’une barbe dense, caractéristique des Hanifiyyiens de Mecba. Nordine, lui, venait de Watan-Jahl. Plus grand et à la peau plus mate, il arborait une barbe plus fournie et de longs cheveux lisses qu’il ne coupait que rarement.
Hugo, quant à lui, était un pur Elohimien d’Amora. Bien qu’imberbe, il était plus robuste que ses deux amis et ses cheveux mi-longs couleur châtaigne lui donnaient un certain charisme. Ils arrivèrent devant la War Box. Cette structure cubique gigantesque contrastait avec son entrée, une simple porte de taille moyenne.
Dès qu’ils franchirent le seuil, un groupe de jeunes les attendait. L’un d’eux, un cache œil couvrant son regard droit, prit la parole d’un ton acerbe :
— Hoy Hugo ! C’est donc ça, tes fameuses recrues !? Des putains de mômes qui ont l’air d’avoir à peine treize ans !?
L’ambiance se tendit immédiatement. Les trois amis ressentirent le poids des regards braqués sur eux, scrutant chacun de leurs gestes comme s’ils cherchaient à juger s’ils étaient dignes de participer.
— T’inquiète, Mago, rassura Hugo. J’ai joué avec ces deux-là et crois moi, ils vont assurer.
— Et qu’en est-il du troisième ? interrogea Magomed en visant Chris d’un œil perçant.
— Je suis plus fort que vous ! lâcha soudainement Chris.
Malgré l’énorme balafre qui lui traversait le visage du nez jusqu’à la joue, Chris ne montra aucun signe d’effroi. Il s’approcha de Magomed, soutenant son regard avec une assurance glaciale.
Un silence tendu s’installa. Puis Magomed haussa un sourcil, amusé.
— Pfff… de belles paroles, ricana-t-il. Passez déjà le test, on en reparlera.
Hugo éclata de rire et donna une accolade à ses trois recrues.
— Soyez pas intimidés, Magomed est toujours comme ça, c’est pas méchant. Allez passer les tests, je vous présenterai le reste du groupe après.
Il les guida dans une pièce adjacente où un employé les attendait. La salle était remplie de combinaisons et d’armes en tout genre, ressemblant à un vestiaire high-tech. Hugo les laissa en compagnie de l’employé avant de s’éclipser.
— Salut, les mômes, déclara-t-il d’une voix monocorde et blasée. Moi, c’est Mad Max, mais on m’appelle Max… Ou non, attends, c’est l’inverse, je crois…
Les trois amis échangèrent un regard.
— « Il est complètement perché », pensèrent ils à l’unisson.
— Bref, j’imagine que vous n’avez jamais mis les pieds dans la War Box. Je vais donc vous expliquer.
Même s’ils connaissaient déjà les grandes lignes du jeu, ses règles exactes étaient un mystère. Une étrange loi tacite régnait dans la communauté : personne n’en révélait les détails, même lors d’interviews.
— La War Box, c’est un jeu où deux équipes s’affrontent, et celle qui a le plus de points l’emporte. Une sorte de laser game du futur, quoi.
Les trois amis s’échangèrent un regard perplexe.
— « C’est comme ça qu’il présente un jeu aussi mythique ? », s’étonnèrent-ils intérieurement.
Soudain, une voix féminine jaillit des micros fixés aux murs.
— On ne peut vraiment rien te confier, Mad Max… Je vais leur expliquer, moi !
Ils sursautèrent, surpris, mais se contentèrent de tendre l’oreille.
— La War Box, c’est une putain de guerre virtuelle en équipe, boostée par le pouvoir de la Kemris ! Chaque équipe est composée d’au moins cinq joueurs. Chaque personne est équipée d’une combinaison renforcée qui absorbe les chocs grâce à une certaine quantité de Kemris.
— Attendez… Comment ça, « absorbe les chocs » ? interrompit John, intrigué.
— Parce que dans la War Box, vous sautez, vous chutez, vous vous faites balancer à l’autre bout du terrain, expliqua-t-elle. Vos combinaisons sont dotées de Kemboots, des bottes spéciales qui permettent de sauter à des hauteurs incroyables et d’amortir vos atterrissages.
Chris hocha la tête.
— J’ai compris… C’est pour ça qu’il y a un test d’évaluation.
— Exactement, beau gosse ! confirma la voix avec un ton enjoué.
Mickael haussa un sourcil en regardant son ami.
— « Beau gosse » ? Répète un peu, j’ai bien entendu ?
Chris leva les yeux au ciel.
— C’est pas le sujet, Micka… dit-il gêné.
La voix reprit :
— Ce jeu n’est pas accessible à tout le monde, c’est pour ça qu’on vous fait passer trois tests : un test physique (20 points), un test cognitif (20 points) et un test d’armurerie (20 points). Il vous faudra au moins 40/60 pour être acceptés.
Mickael s’indigna immédiatement.
— Quoi !? 40/60 ? Mais c’est pas la moyenne, ça !!!
— La moyenne ne suffit pas, intervint Max d’un ton étrangement sérieux.
Il marqua une pause avant d’ajouter, d’une voix plus froide que jamais :
— Ce jeu est peut-être virtuel, mais vous allez ressentir chaque impact.
Un frisson parcourut les trois amis. Max, qui jusque-là avait l’air complètement à l’ouest, esquissa un sourire en coin.
— Vos combinaisons ne sont pas là uniquement pour vous protéger… Elles peuvent aussi vous faire mal.
Chris, Mickael et John se regardèrent brièvement.
— Comment ça ? demanda Chris, méfiant.
— Les armes que vous utiliserez projettent des jets électromagnétiques. À l’impact, ces impulsions réagissent avec la Kemris contenue dans vos combinaisons, simulant une douleur réelle.
— Simulant… jusqu’à quel point ? s’inquiéta John.
La voix féminine reprit :
— Avant le début de la partie, les joueurs choisissent un niveau de douleur parmi trois options :
1️ Douleur superficielle : un picotement, rien de bien méchant.
2️ Douleur modérée : vous ressentez l’impact, mais c’est supportable.
3️ Douleur normale : ça cogne bien, presque comme si vous étiez vraiment touchés.
Chris croisa les bras.
— Et donc, ceux qui choisissent « douleur normale », ce sont quoi ? Des masochistes ?
— Des guerriers ! répondit la voix avec un ton presque admiratif.
Mickael émit un petit rire, puis demanda :
— Et pour gagner, concrètement, comment ça fonctionne ?
Max répondit d’un ton plus neutre :
— C’est un match à mort par équipe. Chaque kill rapporte un point à votre team. L’équipe qui en cumule le plus à la fin du temps imparti remporte la partie.
John fronça les sourcils.
— Et si on meurt ?
— Là, c’est simple : ta combinaison se désactive, ton corps devient hyper lourd et une trappe s’ouvre sous tes pieds. Tu tombes dans un tunnel qui te ramène directement à la base, où ta combinaison redémarre.
— Et les blessures ? intervint Mickael.
— Deux joueurs minimum par équipe ont le rôle de soigneurs. Ils peuvent réparer les blessures, mais pas ressusciter les morts. Et surtout, ils ne peuvent pas se soigner eux-mêmes.
Chris hocha lentement la tête, assimilant toutes ces règles.
— Je vois…
Max sourit légèrement.
— Ah, et une dernière chose. Si, par exemple, tu prends une balle dans la jambe droite, cette partie de ta combinaison se désactive immédiatement. Elle devient tellement lourde que tu ne pourras plus l’utiliser.
Un silence s’installa. Puis, d’un coup, Mickael éclata de rire.
— C’EST INCROYABLE !
John sourit à son tour.
— Ouais, c’est bien au-delà d’un simple jeu…
Chris, lui, garda son sérieux.
— Ce jeu va nous épuiser, mais ça me plait.
Max croisa les bras.
— Alors dans ce cas… vous êtes prêts !?
Les explications terminées, les trois futurs soldats se préparèrent à passer les tests.
Le premier, le test physique, allait leur permettre d’expérimenter les Kemboots. Ils devaient sauter de plateforme en plateforme, tester leur équilibre sur des passerelles mouvantes et escalader des structures instables.
— Bordel, ces bottes sont incroyables ! s’exclama Mickael après un saut impressionnant.
Chris atterrit avec plus de retenue et hocha la tête.
— La stabilité est excellente, mais faut maîtriser l’impulsion, sinon on part n’importe où.
John, lui, s’accrocha maladroitement à un rebord.
— Ahaha… je gère, je gère… !
— Non, tu galères ! se moqua Mickael en l’aidant à remonter.
Après plusieurs essais, ils terminèrent le parcours imposé, plutôt satisfaits de leur performance. Le deuxième test, le test cognitif, consistait en une série d’épreuves d’analyse et de réactivité. Ils furent placés dans une salle immersive où des simulations tactiques apparaissaient à l’écran.
— Stratégie de groupe, repérage des menaces, temps de réaction… murmura Chris en parcourant l’écran des yeux.
Mickael, plus instinctif, agissait au feeling, tandis que John avait du mal à anticiper les mouvements des adversaires virtuels.
— Ça va, c’est pas trop dur, fit-il remarquer.
— Parles pour toi ! pesta John.
Enfin, le troisième test, le test d’armurerie, leur permit d’essayer toute une panoplie d’armes : fusils d’assaut, snipers, grenades, fusils à pompe…
Chris, concentré, enchaîna les tirs avec une précision redoutable.
— Ok, ce gars est un cyborg, souffla Mickael en l’observant.
Après trente minutes d’épreuves, les résultats tombèrent :
Chris Mickael John
Test capacités physiques/20 12 19 15
Test capacités cognitives/20 20 15 13
Test d’armurerie/20 18 10 12
Total/60 50 44 40
Tous avaient réussi. Chacun reçut ses notes individuellement, seule la note globale fut affichée sur l’écran central. Mickael haussa les épaules en voyant sa note d’armurerie.
— 10/20… tsss…
— Et encore, t’as eu de la chance qu’on ne note pas la façon dont tu tiens une arme, le taquina Chris.
John, quant à lui, souffla de soulagement.
— Pile 40, j’ai eu chaud !
— C’est bien, tu pourras nous porter nos munitions, plaisanta Mickael.
John lui donna un coup de coude.
— La ferme, Mickey !
Amusés, ils quittèrent la salle pour rejoindre le reste des joueurs. Un grand écran suspendu projeta leurs résultats sous le regard attentif des autres participants. Un silence. Puis, une voix sarcastique brisa l’attente :
— Pas mal, les mômes.
Magomed s’avança, croisant les bras. Il s’arrêta devant Chris et l’observa un instant.
— T’as eu la meilleure note ? J’avoue que je suis surpris.
Chris ne répondit pas.
Hugo prit la parole :
— Bon, répartissons les équipes !
Ils avaient déjà convenu que ceux qui avaient les moins bonnes notes rejoindraient l’équipe 2. Ainsi, Chris fut intégré à l’équipe 1, tandis que Mickael et John rejoignirent l’équipe 2. L’écran géant projeta les compositions des équipes sous les yeux attentifs de tous les joueurs.
Équipe 1
Prenom | Age | Pseudo | Classe | Note Eval.
Hugo 18 Yugz Attaquant 47/60
Bakary 19 Zobak Attaquant 44/60
Mohamed 20 Moha Attaquant 45/60
Livio 18 Cap.Crado Soigneur 43/60
Chris 15 CK God Attaquant 50/60
Ayrton 18 Arto Soigneur 42/60
Nordine 19 Sato Attaquant 48/60
Équipe 2
Prenom | Age | Pseudo | Classe | Note Eval.
Magomed 21 Mago Attaquant 56/60
Marouane 18 RmDM Soigneur 42/60
Mickael 15 Mickey Attaquant 45/60
John 14 Jojo Soigneur 40/60
Yuvali 19 Onziuken Attaquant 46/60
Rayan 19 Beng Soigneur 43/60
Thomas 18 Kara Attaquant 46/60
Chris, Mickael et John examinèrent la répartition.
— On est séparés… remarqua Mickael.
— Ouais, confirma Chris, mais au final, c’est plus équitable.
John, lui, n’était pas aussi serein.
— Et on doit affronter un gars qui a eu 56 sur 60, là ? fit-il en pointant Magomed du regard.
Le concerné ricana, croisant les bras.
— Faut bien qu’on vous apprenne la vie, les mômes.
Chris ne répondit rien, se contentant de fixer son adversaire avec calme. Mickael, en revanche, éclata de rire.
— T’inquiète, Jojo, on va leur mettre une raclée.
Hugo claqua des mains pour capter leur attention.
— Bon, allez inscrire vos pseudos sur la fiche officielle et venez vous équiper !
Une fois cela fait, ils pénétrèrent dans les vestiaires pour s’équiper.
Les murs gris métalliques dégageaient une atmosphère à la fois futuriste et militaire, contrastant avec l’excitation palpable des participants. L’équipement, soigneusement disposé dans des casiers lumineux, n’attendait plus qu’eux.
Hugo siffla.
— Bon, les gars, enfilez vos combis et préparez-vous. On entre dans l’arène dans cinq minutes !
Chris, Mickael et John scrutèrent les tenues. Des combinaisons intégrales noires, parsemées de motifs luminescents, attendaient sur les bancs métalliques. L’armure semblait légère mais robuste, comme un deuxième épiderme prêt à absorber les impacts. Mickael tapota la matière avec curiosité.
— C’est donc ça, la fameuse combi renforcée en Kemris ?
— Ouais, et crois-moi, elle va t’être utile, lui répondit Nordine en enfilant la sienne.
Chris, de son côté, observa son casque, un écran affichant diverses statistiques et indicateurs vitaux. John, plus excité que jamais, sauta sur place.
— Pfiouuu ! J’ai trop hâte d’y être ! Ça va être dingue !
Magomed, dans l’autre vestiaire, ajusta ses gants avant de s’adresser à ses coéquipiers.
— Rappelez-vous : stratégie avant tout. Si vous voulez la victoire, ne jouez pas aux héros.
Hugo, dans l’équipe opposée, avait un discours similaire.
— Restez groupés et couvrez bien vos soigneurs.
Le cœur de chaque joueur battait à l’unisson, empli d’adrénaline et d’excitation. Une voix féminine résonna soudain à travers les haut-parleurs.
« Tous les joueurs sont attendus dans la zone de lancement. Début du match dans 90 secondes. »
Chris enfila son casque et afficha un sourire froid. Mickael fit craquer ses doigts, prêt au combat. John expira lentement pour canaliser son énergie.
L’heure était venue.
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