La chasse est ouverte
John, lui, venait tout juste d’ouvrir le Neo Deep Web. Il avait attendu tout le week-end pour avoir un moment calme où il pourrait mener ses recherches sans interruption.
Il suivit scrupuleusement les instructions que le médecin lui avait données. Après avoir installé le VPN conseillé, il téléchargea un navigateur spécifique permettant d’accéder aux données cachées d’internet.
— Ça y est, j’ai tout installé… murmura-t-il en pianotant sur son clavier.
Face à la barre de recherche, il hésita. Par quoi commencer ? Il savait qu’il devait éviter les requêtes trop évidentes, mais il voulait aller droit au but.
Finalement, il tapa le premier nom qui lui venait en tête : J.B. Moussomo
L’écran clignota quelques instants. Il ne s’attendait pas à trouver quoi que ce soit. Jusqu’ici, il n’avait jamais trouvé la moindre trace de cet homme sur les moteurs de recherche classiques. À sa grande surprise, plusieurs liens s’affichèrent. Il fronça les sourcils en apercevant une page entière consacrée à sa biographie.
— C’est quoi, ce délire… ?
Piqué par la curiosité, il cliqua immédiatement sur le lien.
John parcourut la page avec avidité. J.B. Moussomo… un savant spécialisé dans la spiritualité… Plus il lisait, plus son cœur s’accélérait.
Selon ce qui était écrit, cet homme était probablement à l’origine de la Kemris. Le texte mentionnait qu’il aurait passé un pacte avec des entités démoniaques pour obtenir cette ressource aux propriétés incroyables.
Cependant, ce qui captiva vraiment John, ce fut la suite.
D’après les informations, le peuple éteint entier avait suivi son exemple, multipliant les pactes pour obtenir encore plus de Kemris. Leur objectif : dominer les autres continents.
Mais ce pacte avait un prix.
En échange de ce pouvoir, une malédiction leur fut infligée. Une maladie incurable, transmise de génération en génération, rongeant leurs corps et leurs âmes. Son nom était…
« ζῳδιακός »
John copia ce terme étrange et le colla dans la barre de recherche. Il était à quelques clics de découvrir la vérité sur ce qui le rongeait.
Soudain…
— Oh Jojo, j’ai fini, va te laver !
John sursauta, son souffle se coupa. Pris de panique, il ferma précipitamment tous les onglets et quitta son navigateur.
— Ok, frangin… j’y vais tout de suite.
Mickael fronça les sourcils en observant son frère.
— Mmmmh… t’as l’air de cacher quelque chose. Toi, tu faisais encore des recherches sur nos ancêtres.
John força un sourire.
— Tu me connais trop bien, grand frère. Haha. J’avais fini de toute façon, je vais me laver.
Mickael croisa les bras, un sourire amusé aux lèvres.
— Ouais, j’espère que t’as bien suivi les instructions du médecin avant de te lancer sur le Neo Deep Web.
— Ouais, t’inquiète, assura John en s’étirant. J’ai pris le VPN qu’il m’avait indiqué, il n’y a aucun risque. Je le remercierai encore quand on se reverra.
Mais en réalité…
Même s’il avait suivi les précautions recommandées, cela n’était pas suffisant !
Un peu plus loin, dans une maison de Véliny…
Un écran d’ordinateur illuminait une pièce sombre. Une silhouette tapotait frénétiquement sur un clavier.
— Oh, regarde ça ! J’ai quelqu’un qui a fait des recherches sur Moussomo sur le NDP, tonna une voix dans l’ombre.
— Tu sais ce que tu as à faire, répondit calmement une seconde personne.
L’individu derrière l’écran haussa les épaules.
— Il utilise un VPN, mon PC est en train de décrypter sa véritable adresse IP. Ça va prendre un peu de temps. Allons à l’hôtel.
— Pas de souci, j’ai trouvé les dossiers. Prends le sac !
Sans un mot de plus, ils quittèrent la pièce, l’un traînant un énorme sac poubelle aux contours étrangement rigides. La nuit était tombée sur Véliny, plongeant les rues dans une obscurité paisible, seulement troublée par le grondement discret d’une voiture s’éloignant.
Dans une forêt bordant la ville, les deux silhouettes s’arrêtèrent enfin. L’un des inconnus posa son sac au sol et l’autre alluma un feu, sans la moindre allumette. Il tendit simplement sa main vers les branchages secs, et une flamme jaillit aussitôt, crépitant dans l’obscurité.
— Dépêche-toi, on n’a pas toute la nuit.
L’homme au sac hocha la tête, puis saisit un coin de la bâche plastique, le tirant d’un coup sec.
Un corps apparut. Mutilé. Dépecé.
Sans un mot, il le souleva et le balança dans le feu. Une odeur nauséabonde s’éleva instantanément dans l’air. Les flammes illuminèrent brièvement un visage défiguré.
— Tu crois qu’ils retrouveront quelque chose ? demanda l’un des hommes en observant les chairs brûler.
— Non. Il ne restera rien du Dr Rogers.
Quelques minutes plus tard…
L’un des inconnus reprit place devant son ordinateur portable. Un sourire satisfait s’étira sur son visage alors que l’écran affichait enfin une adresse IP complète.
— C’est bon, mon PC a fini le décryptage.
Il s’interrompit soudain, fixant les informations qui s’affichaient sous ses yeux.
— Oh… intéressant.
— Quoi ?
— La personne qui a fait les recherches… elle habite aussi à Véliny.
Un silence pesant s’installa.
— Son IP correspond à… il plissa légèrement les yeux, puis éclata de rire. La famille Chiramis.
Son partenaire haussa un sourcil.
— Quelle coïncidence. C’est le nom du patient du docteur. Celui qui est atteint de la maladie. John Chiramis.
Ils échangèrent un regard entendu. La chasse était ouverte.
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