Eveil

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Le lendemain, Jelena se rendit au collège assez tôt, après s’être assurée que Chris allait bien. Une fois en classe, elle se mura dans un silence total. Même ses deux amies habituelles ne reçurent pas un mot de sa part. Son regard était vide, figé sur le tableau, mais son esprit, lui, divaguait ailleurs.

Lorsque la pause de 10h00 arriva, elle sortit sans attendre et s’adossa au mur de la cour, les bras croisés, les pensées toujours en ébullition.

— Eh, tu nous fais la gueule ou quoi ? demanda Pauline en s’approchant.

— Nan, je suis juste fatiguée, j’ai passé une sale nuit.

Charline, toujours aussi moqueuse, se pencha vers elle avec un sourire en coin.

— Ton frère s’est asticoté le manche si fort que ça t’a empêchée de dormir ou quoi !? lança-t-elle avant de rire avec sa sœur.

À ces mots, Jelena, sans même réfléchir, attrapa les jumelles par la gorge et les plaqua violemment contre le mur. Son visage se crispa sous l’effet d’une colère sourde qu’elle ne chercha même pas à réfréner.

— C’est la dernière fois que vous vous moquez de mon frère, ou je vous pète la gueule. Vous m’avez bien comprise, hein, pauvres connes ?

Elle les relâcha brusquement et tourna les talons, le souffle court. Elle ne s’attarda pas pour voir leurs réactions, leur simple présence l’écœurait à cet instant précis. Elle qui sentait déjà que cette journée allait être compliquée ne s’attendait pas à ce qu’elle soit plombée de cette manière dès le matin.

Jelena serra les poings en marchant. Son esprit tourmenté tourna en boucle sur une seule et même idée : au final, je suis seule. Son père lui avait volé son frère, sa propre tête lui avait fait oublier à quel point il comptait pour elle, et maintenant qu’elle voulait tout rattraper, elle se rendait compte que Chris était alité, son état ne semblait pas s’améliorer.

Ses jambes se firent plus lourdes et son regard s’assombrit.

— Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi… ? murmura-t-elle dans un soupir.

Un sentiment de fatalité l’envahissait. Comme si rien ne changerait jamais, comme si ce cauchemar allait perdurer, peu importe combien elle se débattait.

— Même si Chris se réveille… ce cauchemar continuera… encore et encore… Il continuera de me…

Elle s’arrêta net, prise d’un vertige.

— Jelly ? Jelly, tu vas bien ?

Sa gorge se serra en entendant ce surnom. Il lui semblait à la fois si lointain et si familier… Une chaleur douce, enfouie depuis longtemps, la traversa. Elle releva lentement les yeux.

— Oh ! John, Micka !

Ils étaient là.

— Que se passe-t-il, Jelly ? Tu n’as pas l’air bien du tout, s’inquiéta John.

— Il a raison, Jelena, enchaîna Micka. Tu as les yeux tout humides… Ça a un lien avec le fait que Chris ne soit pas là ? Il lui est arrivé quelque chose ?

Jelena secoua la tête et s’essuya les yeux d’un geste rapide.

— Non, clama-t-elle en tentant un sourire. Je me suis juste disputée avec mes amies, rien de grave. Chris va bien, il est juste un peu malade.

— Naaan, c’est pas vrai ! s’écria Micka. J’espère que ce n’est pas à cause de la pêche ou de la War Box ! C’est moi qui l’ai forcé à faire les deux ! Et si maman demande comment va Chris, je serai obligé de lui mentir ! Je n’arrive pas à lui mentir ! Qu’est-ce qu’on fait, John !?

John détourna les yeux et leva les mains, affichant un air faussement détaché.

— Pioouuu…

— Enfoiré, c’est donc comme ça que tu la joues, hein ? Alors que je t’ai aidé à cacher le pipi au lit que tu as fait à tes six ans… lui lança Micka en croisant les bras.

John se renfrogna aussitôt.

— C’était il y a plus de huit ans ! Faudrait changer de disque un jour ! Et puis c’est ta faute, andouille, t’as qu’à lui dire la vérité !

Jelena, qui les observait se chamailler, sentit une vague de chaleur envahir sa poitrine. Un léger sourire fendit son visage. C’était un instant de douceur, un fragment de normalité dans son monde ravagé.

— Arrêtez de vous chamailler, ce n’est pas à cause de ça, je vous le promets !

Les deux frères s’arrêtèrent immédiatement et échangèrent un regard avant de reporter leur attention sur elle.

— D’ailleurs, Jelly, poursuivit John, avec les garçons, après le bac, nous avons prévu que Chris vienne à nouveau dormir chez nous. J’aimerais beaucoup que tu viennes aussi…

Jelena releva la tête, surprise.

— Hein ?

Elle hésita une seconde. Le simple fait d’imaginer cette possibilité la fit frissonner. Et puis, enfin, elle hocha doucement la tête.

— Bien sûr, avec plaisir !

John et Micka la fixèrent un instant, incrédules. Puis un immense sourire fendit leur visage.

— Waaah, je suis choqué, s’exclama Micka. Jelena, t’es sûre que t’es pas une copie d’une autre dimension ?

— On aurait dit un « oui » normal, ajouta John, faussement suspicieux.

— Haha, je peux encore changer d’avis, hein, alors profitez pas trop ! plaisanta-t-elle.

Au même moment, la cloche retentit.

— Bon, termina Jelena, il faut repartir en classe…

— Attends, Jelly, proposa John, faisons une photo !

Elle cligna des yeux, étonnée.

— Une photo !?

— Pourquoi maintenant ? renchérit Micka.

— Parce que ça fait tellement longtemps qu’on ne se parle plus ! On a cru te perdre… J’ai envie de marquer le coup ! Allez, venez !

Sans attendre de réponse, John attrapa Micka et Jelena et les rapprocha de lui, déclenchant l’appareil photo.

Le selfie s’afficha sur l’écran.

— La photo est magnifique, reconnurent Jelena et Mickael en la voyant.

— Tiens, envoie-la-moi, John, demanda Jelena en sortant son téléphone. Mon numéro, c’est le 07…

Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase.

L’écran du téléphone de John s’éteignit brutalement.

— Mince, j’ai plus de batterie ! s’exclama-t-il. Enregistre ton numéro sur le téléphone de Micka, je te l’enverrai une fois que mon portable aura rechargé ! Toi, au moins, on t’a donné un téléphone, c’est pas comme Chris.

Jelena esquissa un sourire en enregistrant son numéro dans le téléphone de Micka. Elle se sentait bien.

À 11 h, John quitta le collège, car il avait un rendez-vous à l’hôpital. Sa mère, qui venait de sortir du travail, était déjà en route. Ils devaient se rejoindre à la maison avant de partir ensemble.

Sur le chemin, le jeune garçon fit un détour par « Chez Mia » pour acheter de quoi manger. Il passa comme à son habitude devant l’entrée de la forêt, là où lui, Micka et Chris avaient installé leur base secrète.

— Dis, petit, ça te dirait de jouer à la roulette russe avec moi ?

John eut à peine le temps de se retourner qu’une pluie de coups de poing s’abattit sur lui. Surpris, il n’eut pas la moindre chance d’esquiver. Il tomba au sol, la tête bourdonnante, la vision trouble.

— Bordel… T’es qui, toi ? réussit-il à articuler, le souffle court.

L’ombre qui se dressait au-dessus de lui s’accroupit à son niveau et ricana.

— Moi ? demanda l’inconnu d’un ton amusé. Je suis Double R !

Avant que John ne puisse réagir, une grenade tomba à ses pieds.

BOUM

L’explosion fut brutale. Le souffle de la détonation envoya John valser à plusieurs mètres, son corps s’écrasant violemment contre un arbre. Il poussa un cri de douleur, une chaleur intense lui brûlant la peau. Mais était-ce l’explosion… ou sa maladie ?

Il peinait à respirer, la douleur lui vrillait le corps. Il tenta d’ouvrir les yeux malgré la douleur. Et ce qu’il vit lui coupa le souffle.

— Quoi !? Des Kemboots !?

Double R était suspendu dans les airs, utilisant sans le moindre effort une version des Kemboots semblable à celle de la War Box.

— Eh oui, petit, ricana-t-il. De vraies Kemboots troisième génération. Meilleure stabilité, plus grande vitesse, et en prime, un revêtement spécial pour envoyer des décharges électriques.

John serra les dents.

— Pas impressionné du tout, rétorqua-t-il, tentant de masquer son choc.

— Tu mens super mal, triple idiot. Tes yeux ont même pris la forme de mes Kemboots !

John se figea. Il ne s’était même pas rendu compte qu’il les fixait avec fascination.

— Qu’est-ce que tu me veux, Double Ringard !? lâcha-t-il avec mépris.

— Ooooh, je vois que tu n’as pas ta langue dans ta poche, le malade !

John eut un frisson. Comment savait-il ça… ?

Sans prévenir, Double R sortit une arme étrange, équipée d’une seringue remplie d’un liquide inconnu.

— Bon, j’ai pas que ça à faire. Je préfère ne pas trop traîner dans ce pays… Et surtout pas sur ce continent de merde ! Le continent hanifiyyien me manque, ses femmes aussi. Tu comprends, petit ?

Sans attendre, il pressa la détente. John voulut esquiver, mais la douleur entrava ses mouvements. Il sentit l’aiguille percer sa peau. Et soudain…

— Aaaaaaaaah !

Son corps fut parcouru d’une brûlure insoutenable. Il s’effondra au sol, pris de spasmes. Son souffle se coupa.

— Mon corps brûle… tellement ! Mais pourtant… je suis calme !

Ses veines ressortirent sous sa peau, d’un rouge ardent.

Puis, une chose incroyable se produisit. Une colonne de feu surgit de nulle part et enveloppa John, engloutissant son corps dans une chaleur surnaturelle.

L’instant d’après, elle disparut. Dans un silence pesant, seule une épaisse vapeur s’éleva. Quand la fumée se dissipa… Des flammes jaillissaient des bras et du crâne de John. Ses yeux avaient changé. Son corps émettait une chaleur infernale.

Il ressemblait à une bête enragée.

Le zodiaque était là.

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