Capture
Très satisfait du résultat, Double R sortit d’étranges lunettes infrarouges, remplaçant ses lunettes de soleil.
— Bien, son corps a l’air d’avoir trouvé une certaine stabilité. Ce petit dépasse toutes mes espérances. La seringue était censée activer son zodiaque intérieurement et le faire s’évanouir de douleur et de fatigue.
Double R avait pour mission de récupérer John, mais avant tout de vérifier si l’information du père de Chris était exacte, c’est pourquoi il lui avait injecté cette seringue. Or, John semblait être un sujet bien plus résistant que prévu à cette « maladie ». C’était d’ailleurs pour pallier ce risque que Double R avait été choisi.
— La chaleur qui émane de son corps est très puissante. Je transpire énormément et avec ce masque chirurgical, il m’est difficile de respirer. Il faut que j’en finisse vi…
Avant même qu’il ait le temps de terminer sa phrase, une masse de flammes jaillit en un instant sous ses yeux. John s’était dressé devant lui, les poings serrés, son regard enragé. Le feu émanant de son corps tordait l’air autour de lui, créant une sorte de mirage brûlant.
— Il ne devrait même pas être en état de bouger… et pourtant…, pensa Double R.
John bondit avec une rapidité fulgurante, prêt à lui décocher un énorme coup de poing de la main gauche.
— Kemshield ! hurla Double R en générant un bouclier massif devant lui.
Malgré la réactivité de son adversaire, l’impact fut d’une telle force que le bouclier trembla violemment sous la puissance du choc.
— Bien, tu as l’air vraiment intéressant, John Chiramis !
Sans plus attendre, Double R bondit sur John, profitant de la distance réduite pour lui décocher un direct du droit. L’impact aurait dû suffire à le faire tomber, mais…
— Bon sang… il… il vole ?
John planait dans les airs, maintenant son équilibre grâce aux flammes qui jaillissaient sous ses pieds. Son corps entier crépitait d’une chaleur incandescente, et chaque battement de son cœur semblait alimenter le brasier qui l’entourait.
— Il utilise son propre feu pour se maintenir dans les airs, instinctivement…
Double R, bien que surpris, ne laissa pas son étonnement le paralyser. Il recula légèrement et dégaina son arme fétiche : un revolver au design inhabituel, dont le barillet semblait gravé de symboles complexes.
— Bien, roulette russe à cinq balles !
D’un geste mécanique, il chargea l’arme avec cinq munitions avant de refermer sèchement le barillet. Puis, à la surprise de John, il pointa son propre revolver sur sa tempe. Il murmura une prière à peine audible, puis pressa la détente.
— Le choix de Dieu est fait ! Ce ne sera pas moi aujourd’hui, John Chiramis !
Un sourire tordu aux lèvres, il dirigea cette fois l’arme vers John et tira sans hésitation.
L’arme cracha un faisceau de lumière fine et tranchante, aussi précis qu’une lame de scalpel. Les cinq balles contenues dans le barillet semblèrent se consumer d’un seul coup, propulsant le rayon à une vitesse hallucinante.
John, quant à lui, poussa un cri bestial et ouvrit grand la bouche. Une vague de flammes jaillit de ses entrailles, fonçant droit sur Double R dans un torrent incandescent. Mais les deux attaques ne se croisèrent pas.
Le souffle brûlant de John passa au-dessus de la tête de son adversaire, manquant de précision, tandis que le rayon mortel de Double R atteignit sa cible en plein torse, transperçant son muscle pectoral droit.
John ne ressentit pas immédiatement la douleur, mais un flot de sang chaud se mit à couler de sa plaie. Ses jambes faiblirent, sa respiration se fit saccadée, et son corps perdit en intensité thermique.
— Bien joué, petit. Maintenant, on part pour Hanifiyya…, murmura Double R en retirant son masque, révélant enfin son visage.
John, dont la vision se troublait, put à peine distinguer les traits de son agresseur avant de sombrer dans l’inconscience.
— Tiens… j’ai déjà vu son visage… On dirait M…
Puis, il s’effondra lourdement sur le sol.
Double R remit un nouveau masque, laissant entrevoir une combinaison sombre sous ses vêtements brûlés. Il s’approcha du corps inerte de John, prêt à l’emporter, mais…
— Kemshield !
Un mur d’énergie se dressa soudainement entre lui et sa cible, le forçant à reculer d’un bond.
— Tch…
Avant même qu’il n’ait le temps d’analyser la situation, une corde violette surgit des ombres et s’enroula autour de son pied droit, le tirant brusquement en arrière.
— C’est pas vrai… vous aussi, vous étiez au courant ?
Deux silhouettes encapuchonnées apparurent dans l’obscurité, dissimulées sous d’épaisses capes noires.
— Je me souviens de toi, lança l’une d’elles. Tu es l’agent Hanifiyyien Z.
Des sirènes retentirent au loin. La police approchait rapidement.
John, quant à lui, reprenait doucement conscience, mais un détail alarma Double R : il tremblait violemment et sa peau suintait une chaleur anormale.
— Merde… il fait un rejet…
Il n’avait plus le choix. D’un mouvement vif, il dégaina son revolver et tira en direction de la corde, la sectionnant net avant de bondir en arrière et de disparaître.
Les gyrophares illuminèrent bientôt la clairière et des agents débarquèrent, découvrant le corps du jeune garçon gisant au sol, en proie à une violente crise.
— Il fait une hyperthermie… son corps est en train de le lâcher ! s’alarma un ambulancier.
Ils l’embarquèrent rapidement en direction de l’hôpital. À l’arrière de l’ambulance, John, à moitié conscient, leva une main tremblante en direction du soignant qui s’occupait de lui.
— Ma main brûle… pourquoi… pourquoi il n’a pas mal ?
L’inconnu attrapa doucement sa main et la reposa sur le brancard.
— Rendors-toi, John, lui conseilla-t-il d’une voix calme. Maintenant que nous nous sommes débarrassés de cet agent, nous allons pouvoir débuter…
Au même moment, un vent glacial souffla à travers la ville, s’engouffrant dans chaque recoin, caressant les visages d’innocents qui ignoraient tout du drame qui se jouait. Mickael, assis à la cantine de son collège, s’apprêtait à prendre son déjeuner avec ses camarades lorsque quelque chose l’arrêta net.
Un frisson lui parcourut l’échine. Là, juste devant lui, un vol de colombes s’éleva dans le ciel, blanches, pures… libres. Sans qu’il ne comprenne pourquoi, ses yeux s’embuèrent, une larme solitaire coula sur sa joue.
— Pourquoi… pourquoi ça me fait ça ?
— Eh, Micka, ça va ? demanda un de ses amis en riant. T’as l’air tout ému, c’est si beau que ça, des pigeons qui s’envolent ?
D’autres éclatèrent de rire, mais Mickael ne répondit pas. Son cœur était devenu lourd.
Pendant ce temps, Ivalna, inquiète de ne pas voir son fils rentrer à l’heure habituelle, jeta un œil à son téléphone.
Une notification clignotait sur l’écran. Un numéro inconnu. Elle décrocha.
— Allô ?
Un silence. Puis…
— Madame Chiramis ?
Sa gorge se noua instantanément.
— Oui… qui est à l’appareil ?
— Je suis désolé, madame… il faut que vous veniez immédiatement à l’hôpital.
Le téléphone manqua de lui glisser des mains.
— Q-quoi ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ?!
Son cœur tambourinait dans sa poitrine.
— C’est votre fils… John.
Son souffle se coupa net. Le visage livide, elle monta dans sa voiture à une vitesse folle, ses mains tremblant si violemment qu’elle eut du mal à insérer la clé dans le contact.
— Non… non… non…
Elle démarra en trombe. Son cœur battait si fort qu’il lui semblait qu’il allait exploser. Sur le trajet, ses pensées s’emballaient.
— Ce n’est rien de grave… Ça ne peut pas être grave…
Mais une voix, au fond d’elle, la tourmentait. Une voix glaciale, impitoyable. Elle pila devant l’hôpital, sortit en courant, bousculant les passants sans même s’excuser. Dès qu’elle franchit les portes automatiques, une infirmière l’aperçut et vint à sa rencontre.
— Madame Chiramis ?
Ivalna s’arrêta net.
— Où est mon fils ? Où est John ?!
— Veuillez me suivre…
L’infirmière l’entraîna dans un couloir long et oppressant. Chaque pas résonnait comme un glas funèbre. Elles arrivèrent devant une porte. Ivalna sentit son souffle se bloquer.
— Il… il est ici ?
L’infirmière baissa les yeux.
— Madame Chiramis… je suis désolée…
Ivalna entrouvrit la porte, un mince filet de lumière s’échappant de la chambre.
Ce qu’elle vit lui transperça l’âme. Là, allongé sur le lit, couvert de fils et de pansements, John gisait… inerte. Son corps, pourtant si fragile, semblait paisible.
Ivalna fit un pas. Puis un autre.
— John… ?
Sa voix se brisa. Elle s’approcha, posa une main tremblante sur le front de son fils. Il était encore chaud.
— Réveille-toi, mon amour…
Son cœur saignait. Ses larmes roulèrent sur ses joues sans qu’elle ne puisse les retenir. Elle s’effondra, ses sanglots résonnant dans la chambre stérile. John Chiramis, son fils, son petit garçon, avait perdu la vie.
Et elle ne pourrait jamais s’en remettre.
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