Temps perdu
— Tiens, où suis-je ? Il fait tout noir, je ne perçois aucune lumière.
Quelqu’un se tournait de tous les côtés dans cette obscurité totale quand, soudain…
— Une lumière, là-bas ! Je dois la rejoindre, je dois sortir d’ici ! dit la personne en courant. Bizarre, je ne m’essouffle pas.
— Ch…
— Hein ?
— Chris…
— Bizarre, j’entends qu’on prononce mon prénom, ça doit venir de la lumière. Je l’entends de plus en plus fort. Eh oh ! J’arrive !
— Chriiiiiis !
— Ça y est, j’y suis presque ! Plus que quelques pas et…
— Chris !
Chris s’arrêta net en sentant une main lui taper sur l’épaule. Il se retourna, stupéfait, lorsque…
Chris se retourna d’un coup, les yeux écarquillés.
— Jo… John !? s’écria-t-il. La voix ne venait donc pas de la lumière ? Mais… que fais-tu i…
— Ce n’est pas le moment, Chris. C’est à mon tour d’y aller ! Toi, reste avec Micka et Jelly, ok ? lui suggéra John, sourire aux lèvres.
— Mais de quoi tu…
Avant même que Chris n’ait fini sa phrase, John le poussa violemment en arrière et reprit la course que son ami avait engagée.
— Le radiateur humain s’en va, Chris ! Faites gaffe à ne surtout pas attraper froid !
Chris tendit la main pour essayer de le retenir, mais il fut projeté en arrière, comme aspiré par une force invisible. Son corps bascula dans le vide, une sensation de vertige l’envahit… et il se réveilla en sursaut dans sa chambre, trempé de sueur, le souffle court.
Il ne comprenait rien à ce qui venait de se passer.
L’après-midi même, alors que le collège suivait son rythme habituel, une annonce surprit la classe de Mickael.
— Mickael Chiramis est demandé dans le hall d’entrée. Sa mère l’attend, annonça une surveillante en ouvrant la porte.
Le jeune garçon fronça les sourcils. Sa mère ne venait jamais le chercher en pleine journée. Un mauvais pressentiment l’envahit. Il rangea précipitamment ses affaires et suivit la surveillante en silence.
— Je ne comprends pas… Maman devrait être avec John à l’hôpital, pensa-t-il en descendant les escaliers.
Arrivé dans le hall, il aperçut Ivalna. Son cœur se serra immédiatement en voyant son visage ravagé par les larmes et la fatigue. Plus aucun doute possible… C’était grave.
— Maman ! balbutia-t-il en courant vers elle.
Ivalna ne répondit pas. Elle l’accueillit simplement dans ses bras, l’étreignant si fort qu’elle semblait vouloir le retenir pour l’éternité. Aucun des deux ne prononça le moindre mot. Les larmes de Mickael coulèrent d’elles-mêmes.
— Je suis désolée, mon Micka… Désolée de devoir t’obliger à vivre ça…, murmura-t-elle d’une voix brisée.
Il trembla contre elle, incapable de répondre.
— Écoute… Il faut que tu sois fort, mon fils, d’accord ? John a tout fait pour se battre. Il s’est toujours battu pour nous tous, avec le sourire. Maintenant… c’est à nous d’être forts, pour lui.
Mickael hocha la tête en silence, mais il savait déjà qu’il n’y arriverait pas.
Sans ajouter un mot, il se dirigea vers la voiture, le regard vide. Ivalna, quant à elle, resta encore quelques instants pour parler au directeur et récupérer les affaires de son fils. Il ne retournerait pas en cours de la semaine.
Alors qu’elle quittait l’établissement, elle passa par le hall d’entrée, où une voix familière l’interpella.
— Tata Iva… C’est toi ?
Elle se retourna et son cœur rata un battement. Devant elle, Jelena se tenait debout, hésitante. L’adolescente avait grandi… trop vite. Le choc fut si intense qu’Ivalna lâcha son sac avant de se précipiter vers elle pour l’enlacer.
— Oh mon Dieu… ma petite Jelly… Comme tu as grandi… Tu es magnifique…
Jelena sentit sa gorge se nouer en retrouvant cette femme qui avait tant compté pour elle autrefois.
— Je suis trop contente de te voir, tata… Mais… Que fais-tu ici ?
Ivalna sentit une douleur lui lacérer la poitrine. Comment lui dire ?
— Je suis venue chercher Mickael, parce que… John… Il n’a pas pu continuer de se battre contre sa maladie… Il veille sur nous de là-haut, maintenant.
Le silence tomba sur le hall. Jelena resta figée, comme si elle n’avait pas compris.
— Mais… com… ment… Tata, je… suis désolée…
Les larmes débordèrent de ses yeux sans qu’elle ne puisse les retenir.
— Ce n’est pas ta faute, ma chérie…, la rassura Ivalna en caressant ses cheveux. C’est moi qui suis désolée. Nous nous sommes tellement éloignées… Regarde-toi, tu es presque une femme, et je n’ai même pas été là pour te voir grandir…
Elle prit une profonde inspiration, puis ajouta avec un sourire triste :
— Chris est mon troisième fils… mais toi, Jelly… Tu es la fille que j’ai toujours voulu avoir.
Jelena la serra de toutes ses forces, comme si elle craignait qu’elle disparaisse à nouveau.
— Moi aussi, tata… Toi aussi, tu es comme notre mère.
— Ma Jelly, écoute-moi… Prends soin de ton frère et de ta maman. J’aimerais tellement appeler Lumna… mais avec ton père, je ne veux pas lui causer encore plus de problèmes.
Ivalna s’éloigna à contrecœur et la regarda dans les yeux.
— Il ne faut plus qu’on se perde, d’accord ? La vie est trop courte. Viens me voir, s’il te plaît… Promets-le-moi.
Jelena hocha la tête.
— Je te le promets.
Ivalna lui caressa une dernière fois la joue, puis s’éloigna vers la sortie. Jelena, elle, resta plantée là, incapable de bouger.
Elle n’avait plus envie de retourner en classe.
Et pour la première fois de sa vie… elle sécha les cours.
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