Et après

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Ce soir-là, la rue de Chris fut envahie par de nombreux policiers et médias locaux. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre, relayée en boucle sur les écrans et les ondes : « Massacre familial au sein de la petite commune de Véliny. »

Chris et sa mère furent immédiatement placés en garde à vue et interrogés séparément. Le premier jour, encore sous le choc, aucun d’eux ne prononça le moindre mot. Ils restèrent murés dans le silence, incapables d’expliquer l’horreur qui venait de se produire.

Mais dès le lendemain, Lumna demanda des nouvelles de son fils. Il n’était pas retenu au même endroit qu’elle, et cette incertitude la rongeait.

Le policier en charge de leur affaire était un homme droit et méthodique. D’une voix calme, il lui assura que Chris allait bien, mais qu’il refusait lui aussi de parler. Il lui expliqua que la seule façon d’en finir avec cette situation était de lui faire confiance et de tout raconter.

Lumna savait qu’elle ne pourrait pas fuir cette réalité plus longtemps. Elle devait parler.

Prenant une profonde inspiration, elle brisa enfin son silence. Elle raconta tout. Les années de souffrance, les humiliations, la violence, la peur qui s’était insinuée dans chaque recoin de leur foyer. Elle révéla ce que son mari leur avait fait subir, à elle et à ses enfants, et détailla le déroulement de cette nuit fatidique. Sans détour, elle avoua avoir tué son mari.

Les enquêteurs menèrent des analyses approfondies, et tous les éléments concordaient avec ses aveux. L’ADN du père fut retrouvé sur le visage tuméfié de Jelena, confirmant les coups mortels. Celui de Lumna fut identifié sur le manche du couteau, et celui de Chris sur l’arme ainsi que sur son père.

Lorsque les policiers l’interrogèrent à ce sujet, Lumna affirma que Chris ne s’était défendu que par nécessité et qu’il avait simplement écarté le couteau pour ne pas être blessé. Elle prit soin de taire un détail crucial : le coup porté par Chris à la jambe de son père.

Le lundi suivant, après plusieurs jours d’interrogatoire, Chris fut finalement autorisé à quitter la garde à vue et placé temporairement chez ses voisins. En contrepartie, il s’engagea à ne pas quitter la ville jusqu’à ce qu’une solution définitive soit trouvée.

Lumna, quant à elle, fut maintenue en détention dans l’attente de son procès. Depuis la tragédie, l’affaire ne cessait d’alimenter les journaux télévisés locaux. Véliny était en état de choc.

Lundi matin, alors que Mickael sortait enfin de sa chambre après plusieurs jours d’isolement, il alluma machinalement la télévision. Ivalna, qui préparait le petit-déjeuner, n’y prêta pas attention au début.

Mais dès les premiers mots du journaliste, Mickael se figea.

« L’enquête progresse après le drame familial survenu il y a trois jours. Pour rappel, la jeune Jelena Chiramis a été retrouvée morte dans son domicile, aux côtés de son père, lui aussi décédé. La mère de famille est actuellement en détention dans l’attente de son procès, tandis que son fils a été remis en liberté sous conditions. »

Mickael sentit son cœur se contracter violemment.

— Non… c’est pas vrai… souffla-t-il, tremblant.

Ivalna, alertée par son ton, s’approcha à son tour de l’écran et découvrit l’horreur.

— Oh mon Dieu… non… NON !

L’émotion fut si brutale qu’elle dut s’appuyer sur la table pour ne pas s’effondrer. Mickael, quant à lui, ne bougea plus, fixant l’écran sans cligner des yeux, incapable de respirer correctement.

Son frère était mort.

Jelena était morte.

Et Chris… Chris était seul, enfermé quelque part, sûrement anéanti.

La culpabilité l’assaillit d’un coup. Ces derniers jours, il n’avait cessé d’ignorer les appels de Chris. Il s’était muré dans sa douleur, incapable de faire face à la perte de John… et maintenant, il était trop tard.

Dans un élan de panique, Mickael enfila rapidement son sweat et sortit en trombe, ignorant les appels de sa mère derrière lui.

Il ne savait pas où aller. Il ne savait même pas ce qu’il comptait faire. Mais une chose était sûre : il devait fuir cette réalité. Il devait courir jusqu’à ce qu’il n’ait plus la force de penser.

Alors il courut.

A bout de souffle, il finit par arriver à destination. Son corps le guidait vers un endroit qu’il connaissait mieux que personne. Un endroit où le passé n’avait pas encore volé tout ce qu’il aimait.

Leur base secrète, au bord du lac.

Là, il ralentit le pas. Il se sentit immédiatement happé par les souvenirs, par les rires, par la présence de ceux qui n’étaient plus là. Mais alors qu’il avançait vers la cabane, il aperçut une silhouette recroquevillée au sol.

Ses yeux s’écarquillèrent.

— Chris !?

Chris entendit son prénom et ouvrit petit à petit les yeux. Il analysa qui était la personne devant lui.

— Micka ? lança-t-il.

Micka se jeta sur lui pour l’enlacer. Chris somnolait encore un peu, mais se sentit bien dans les bras de son frère. Les deux garçons sortirent s’asseoir au bord du lac pour évoquer les événements qui venaient de se produire. Ils ne se cachèrent rien et, au fil de la conversation, se laissèrent aller à la rigolade. Ils repensèrent aux bons moments passés tous ensemble, aux blagues que Jelena faisait à John, aux disputes stupides qu’ils avaient parfois. Soudain, l’expression de Chris changea. Il fut saisi d’une tristesse intense et…

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