Prologue
La chaleur du baiser d’Yvan réveilla Chris qui lui sourit en ouvrant les yeux. Délicatement, Yvan en déposa un second sur ses lèvres.
— Tu as bien dormi ? demanda-t-il en passant sa main dans ses cheveux.
Chris se redressa dans le lit, s’étira, puis l’attira vers lui en passant ses bras autour de son cou.
— Comme un bébé.
Il plongea son regard dans les magnifiques yeux bleus d’Yvan.
— Désolé de t’avoir réveillé, mais je dois me sauver. Un truc urgent à régler, annonça Yvan.
— Oh, d’accord. Tu penses rentrer tard ?
— Je n’en sais rien…
Yvan resta quelques secondes interdit, le regard errant dans le vague.
— Tu es sûr que tout va bien ?
— Oui ! Non ! Rien de grave, rassure-toi, affirma-t-il avec un sourire crispé.
Il se pencha sur Chris, le serra dans ses bras puis l’embrassa à nouveau.
— Je t’aime de tout mon cœur.
— Je t’aime aussi, répondit Chris en fronçant les sourcils.
Yvan se releva d’un bond, attrapa son manteau et sans se retourner, disparut précipitamment par la porte de leur chambre.
Chris ne travaillait pas en cette grise et pluvieuse journée d’octobre. Malheureusement, rien ne l’avait préparé à l’enfer qu’il s’apprêtait à vivre.
—
18 h :
Chris était soucieux. Yvan n’avait répondu à aucun de ses SMS de la journée, ce qui n’était pas dans ses habitudes. Même si son travail l’accaparait, il prenait toujours le temps de correspondre avec Chris, pour ne pas l’inquiéter.
20 h :
Toujours aucune nouvelle. Chris tenta de lui téléphoner, mais il n’eut aucune réponse, seule la voix d’Yvan sur son répondeur. Au fur et à mesure qu’une boule de plus en plus grosse se formait dans son ventre, les scénarios les plus horribles lui montaient à l’esprit. Prenant son courage à deux mains, il appela sur le lieu de travail d’Yvan. Malheureusement, la standardiste confirma l’une de ses craintes : Yvan ne s’était pas présenté au bureau ce jour-là. Au bord de la crise de nerf, Chris appela un à un leurs proches, mais personne ne savait où Yvan se trouvait.
22 h :
Après avoir vomi trois fois à cause de la peur, Chris se rendit au commissariat. Il lui fallut de multiples supplications en insistant sur le fait que ce n’était pas dans les habitudes d’Yvan de disparaître ainsi, pour que deux agents prennent enfin sa déposition.
— Est-il dépressif ? Des problèmes au travail ou avec d’autres personnes ? À la maison ? Vous vous-êtes disputés, avant son départ ?
Sûr de lui, Chris balaya leurs allégations d’un haussement de sourcil. Jamais Yvan n’avait montré le signe d’un quelconque souci de ce genre. Pour Chris, tous deux formaient un couple équilibré malgré quelques disputes occasionnelles, et jamais ils ne gardaient de rancune l’un envers l’autre, mais le doute s’insinua en lui.
— Je ne crois pas… je… n’en suis pas sûr…
Tandis que les larmes lui montaient aux yeux, une série ininterrompue d’images dans lesquels Yvan tenait des rôles plus détestable les uns que les autres défilèrent devant ses yeux. Malheureusement pour lui, un adulte en pleine possession de ses moyens qui ne donnent pas signe de vie pendant une journée ne constituait pas une raison suffisante pour entamer des recherches, selon les autorités.
Chris insista sur le fait que cela n’était jamais arrivé et que la police devait l’aider. Non sans gêne, il parvint à convaincre les officiers afin qu’ils prennent la description d’Yvan ainsi que celle de sa voiture et qu’ils les envoient aux véhicules en patrouilles. De son côté, et malgré son état mentale déclinant d’heure en heure, Chris et quelques amis et membres de leurs familles partirent à la recherche d’Yvan.
Malheureusement sans succès.
—
Aux alentours de 2 h du matin, Chris reçut un appel de la police. Ses mains tremblèrent autour de son smartphone lorsqu’il entendit la voix de l’officier au bout du fil. Une patrouille venait de retrouver le véhicule d’Yvan sur le parking d’une chapelle isolée. Fébrile, Chris fonça sur place, mais les agents ne le laissèrent pas s’approcher. Ils délimitaient un périmètre de sécurité autour de la bâtisse, car le smartphone et d’autres effets personnels d’Yvan se trouvaient à l’intérieur, sans aucune trace de lui.
Un avis de recherche pour disparition inquiétante fut lancé dans les heures qui suivirent et malgré de nombreux signalements les jours suivants, aucune piste sérieuse n’aboutit.
Yvan restait introuvable.
Déterminé, autant par la peur que par le désespoir, Chris le chercha sans relâche, retraçant tant bien que mal l’itinéraire de sa dernière journée. Mais plus le temps passait et moins les indices s’avéraient concordants. Un état de fait qui poussa Chris dans ses derniers retranchements.
—
Huit semaines après la disparition d’Yvan, Chris n’était plus que l’ombre de lui-même. Le coup de grâce lui fut porté le jour où les autorités arrêtèrent les recherches.
— C’est impossible, vous devez le retrouver !
— Monsieur, nous avons fait notre possible… il n’y à plus rien que nous puissions tenter…
Le regard de Chris s’enragea à l’annonce de l’agent, si bien qu’il se jeta sur lui pour le rouer de coup.
— Vous n’êtes que des bons à rien !
Il fallut quatre officiers pour parvenir à le maitriser. Plaqué au sol, Chris éclata en pleurs.
— Pitié… rendez le moi… il est ma seul raison de vivre…
Lorsqu’un médecin l’examina, il détermina que l’interner était la meilleur solution pour qu’il n’intente pas à ses jours. Chris passa deux mois enfermés dans la chambre capitonnée d’un hôpital psychiatrique, implorant qu’on le laisse mourir. Les médicaments lui semblaient n’avoir aucun effet et les séances de psychothérapie lui furent une torture.
Quelques mois plus tard, parvenant tout juste à aligner deux mots, tant à cause de sa léthargie médicamenteuse que par la dépression qui l’engloutissait inexorablement, les dettes commencèrent à s’accumuler, poussant Chris à vendre leur maison. La vieille bâtisse qu’ils avaient achetée, retapée et remplie de souvenirs ensemble se transformait en un poids financier conséquent, l’assurance refusant d’indemniser Chris faute d’avoir une preuve du décès d’Yvan.
Malheureusement pour Chris, le point d’orgue de sa décente aux enfers s’avéra être plus insidieux qu’il n’aurait jamais pu l’imaginer. Brusquement, certaines de leurs connaissances communes commencèrent à s’imagier des scénarios fantasques et l’accusèrent de la mort de son bien aimé. Anéanti et désarmé, Chris n’eut d’autre choix que de couper les ponts avec ses diffamateurs, ainsi qu'avec sa belle-famille.
—
Avec l’aide de ses parents et de quelques amis fidèles, Chris parvint à remonter la pente. Il lui fallut presque deux ans pour se reconstruire mentalement et accepter le deuil de l’amour de sa vie pour enfin parvenir à avancer. Les pages de sa nouvelle vie solitaire commençaient doucement à s’écrire, le ramenant dans la petite ville de son enfance, loin de la douleur de celle de son ancienne existence.
Cependant, ancré au fond de son cœur, une étincelle perdurait. Un fragment d’espoir dans lequel il gardait secrètement l’infime conviction qu’il retrouverait, un jour, l’amour de sa vie.
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