Chapitre II

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Lorsque Chris ouvrit les yeux, il était presque dix heures du matin. Le soleil brillait par la fenêtre de sa chambre, projetant sa douce lumière incandescente sur les murs. Il n’avait pas passé une nuit aussi reposante depuis longtemps, aucun rêve ou cauchemar n’était venu la perturber.

Assis au bord du lit, il s’étira avant de se lever, direction la douche. Ne voulant pas risquer d’abîmer la clé, il la retira et la posa sur l’évier. Cette fois, son éclat ne déclina pas, au contraire, elle étincela davantage. Prenant cela pour un signe favorable, il se glissa sous la douche et se délecta de l’agréable sensation de l’eau chaude ruisselant sur son corps.

Après vingt-cinq minutes, il en sortit et se sécha. Il prit le temps de choisir ses vêtements, de s’habiller et de se coiffer, bien décidé à prendre un petit déjeuner en ville. Lorsqu’il reprit la clé, elle avait à nouveau cet aspect charbonneux et terne, mais son éclat reparut dès qu’elle fut en contact avec sa peau.

« Un lien magique hein ! Mais pourquoi moi ? » s’interrogea-t-il en laçant ses chaussures.

Il se rendit au Café de la Tour, à quelques rues de son appartement. L’endroit s’appelait ainsi, car il se trouvait dans l’ancienne salle de garde d’une tour défensive de l’époque médiévale de la ville. Les vieilles pierres apparentes étaient mélangées au mobilier en bois et fer forgé dans un style industriel très à la mode. De grandes baies vitrées donnaient sur la rue et permettaient un éclairage plus naturel quand le soleil était clément. À cette heure, l’endroit n’était pas très animé.

— Hey, salut, Chris, lança Bastien, le barman, avec un grand sourire.

— Salut, beau gosse ! le salua Chris en se penchant sur le comptoir pour l’embrasser.

Chris venait régulièrement boire un verre avec ses collègues de travail et avec le temps, les deux s’étaient naturellement liés d’amitié.

— Comment vas-tu ? demanda Bastien.

— Ça va bien, merci. Et toi ?

— Ben justement, ça tombe bien que tu sois passé parce que j’ai un truc de fou à t’annoncer ! dit-il avec enthousiasme. Tu te souviens de Noémie, la fille avec qui je sors depuis cinq ans ? On va avoir un bébé !

— Oh ! C’est une merveilleuse nouvelle ! Toutes mes félicitations ! Et il arrive quand ?

— Pour le 5 avril et c’est un petit mec en plus !

— Je suis sûr que tu vas être un super papa ! le félicita Chris en se relevant pour le serrer dans ses bras.

— Ah, ben voilà Noémie justement, indiqua Bastien en pointant l’extérieur du café.

Chris n’eut pas le temps de reconnaître la jeune femme qu’un énorme camion fonçait droit sur elle tandis qu’elle traversait la rue.

Sans vraiment s’en rendre compte, il leva les bras dans sa direction et au moment où le mastodonte d’acier allait la percuter, il s’immobilisa en une fraction de seconde.

Bastien courut rejoindre sa bien-aimée. La pauvre avait basculé en arrière en remarquant l’allure du véhicule. Au même moment, Chris sentit une sensation de chaleur l’envahir et il remarqua que la clé rougeoyait tel un fer chauffé à blanc. Il lui fallut plusieurs secondes pour baisser les bras et reprendre ses esprits avant de courir à l’extérieur où Bastien vociférait sur la camionneuse. Après s’être assuré que Noémie allait bien, Chris tenta de le raisonner. La conductrice se confondit en excuses, assurant qu’elle ne l’avait vu traverser qu’au dernier moment.

Une femme ordinaire d’une quarantaine d’années et de forte corpulence, avec de courts cheveux marron cachés sous une casquette en jean. Lorsque son regard croisa celui de Chris, il eut à nouveau l’étrange impression de la connaître.

Bastien finit par se calmer et remercia le ciel que le camion avait de bons freins. Sans plus de discussion, la femme sauta derrière son volant et reprit sa route.

Chris s’installa sur une banquette du café face à Noémie, pendant que Bastien leur préparait une boisson chaude.

— Tu es certaine que tout va bien ? Tu ne veux pas que j’appelle une ambulance ? demanda Chris.

— Non, c’est inutile, je t’assure, je n’ai rien de cassé, juste une grosse frayeur, répondit-elle, le teint pâle et la voix tremblante.

Bastien apporta deux chocolats chauds fumant et s’installa à côté de sa compagne en passant son bras autour d’elle.

— Je n’en reviens pas que ce camion ait réussi à s’arrêter aussi vite, s’exclama-t-il en haussant les sourcils, les nouvelles technologies sont vraiment incroyables.

— Je ne suis pas sûr que ça venait du camion, lança Noémie, le regard fuyant.

— Qu’est-ce que tu veux dire par là, mon amour ?

— Je n’en suis pas certaine, mais... lorsque j’ai cru que le camion allait me percuter, j’ai vu…, elle marqua un temps et secoua la tête pour trouver ses mots, j’ai vu un fantôme se dresser devant moi.

Bastien pouffa de rire.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Tu es juste sous le choc.

— Il avait ton visage, assena-t-elle à Chris en relevant brusquement la tête et en pointant un doigt accusateur dans sa direction.

— C’est impossible… c’est juste parce que tu m’as vu au loin, dans le café, balbutia-t-il en ravalant sa salive. Je ne suis pas un fantôme... et puis, comment voudrais-tu que j’arrête un camion lancé à pleine vitesse ?

Noémie secoua la tête, comme pour chasser cette idée de son esprit.

— Vous avez raison, je suis juste sous le choc...

Elle leva la tasse à ses lèvres et but une grande gorgée du réconfortant breuvage.

— Il est délicieux, mon chéri, dit-elle à Bastien, le regard plein de tendresse.

Soudain, une sensation désagréable titilla Chris. L’intuition de devoir partir au plus vite.

— Bon, ben... si tout est en ordre... je vais me sauver ! Encore toutes mes félicitations à vous deux. On se revoit bientôt !

Il attrapa sa tasse et en but le contenu d’un trait.

— Tu viens tout juste d’arriver, restes encore un peu, l’implora Bastien.

— Désolé, j’ai oublié un rendez-vous important.

Il les embrassa et prit la fuite. Marchant à grandes enjambées dans la rue qui remontait vers son appartement, il rembobina le film des événements dans sa tête.

« Ce n’est pas moi qui ai arrêté ce camion. C’est complètement fou ! »

Il claqua si violemment la porte de son appartement qu’il en sursauta. Sans prendre le temps de se déchausser ou d’enlever son manteau, il retira nerveusement la clé de son cou et la posa sur la table basse puis s’assit dans le fauteuil. Une pensée traversa alors son esprit : « Si la clé dispose de pouvoirs magiques, peut-elle me les transmettre ? Est-ce grâce à eux que le camion s’est arrêté à temps ? Le regard de Noémie ne laissait aucun doute sur la vision qu’elle a eue, mais je ne suis pas un fantôme ! ».

Soudain, le souvenir de la vague d’air chaud qui s’était dégagée autour de lui se rappela à sa mémoire, mais il fut incapable de déterminer avec certitude sa provenance, même en visualisant clairement la clé et son éclat rougeoyant.

Abasourdi par l’incompréhension, il resta plusieurs minutes le regard figé sur la clé, lorsqu’elle se mit subitement à vibrer. Elle s’éleva doucement au-dessus de la table basse tout en scintillant d’un éclat blanc aveuglant. Les yeux plissés, Chris l’aperçut s’avancer dans les airs jusqu’à atterrir au creux de sa main droite.

— N'ayez crainte, maître Chris... je suis votre protecteur et votre guide... gardez confiance, raisonna une voix irréelle dans l’appartement.

Machinalement, Chris se tourna dans tous les sens, effaré à l’idée que quelqu’un pouvait se trouver dans la pièce.

— Je vous en supplie, maître... gardez-moi au plus près de vous et ne m’abandonnez plus jamais... l’avenir des mondes tels que nous les connaissons dépend de vos choix futurs...

La voix lui sembla subitement être dans sa tête.

— Qui êtes-vous ?, demanda-t-il, affolé.

— Je suis le tout et le néant à la fois... l’énergie mouvant chaque être peuplant les mondes infinis... je suis la connaissance et le salut des âmes damnées… je suis la vie… et la mort...

— Qu’est-ce que vous me voulez ? Que dois-je faire ? implora-t-il en cherchant un point inconnu autour de lui.

— Soyez patient... votre destinée vous sera bientôt révélée…

Les mots résonnèrent dans sa tête pendant plusieurs secondes.

— Quelle destinée ? hurla-t-il de toutes ses forces.

Mais il ne reçut aucune réponse. La voix avait disparu.

La chaleur et l’éclat de la clé s’estompèrent doucement et un lourd silence s’installa en quelques secondes.

Incapable de se maintenir, Chris tomba à genoux, submergé par d’intenses émotions qu’il ne tenta même pas de repousser. Quelque chose venait changer en lui et il sentit qu’un retour en arrière était impossible, que sa vie ne serait plus jamais la même. Délicatement, il ramassa la clé et la porta contre son cœur. Des flots de larmes roulèrent dans son cou tandis qu’il s’écroulait, à bout de forces…

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