005 - quoi qu'il arrive
On a la visite de Greta, la déesse déchue du Pôle Nord, celle par qui les humains de la deuxième vague sont arrivés en 2057, la première ayant eu lieu en 1989. Greta était une autorité spirituelle de la planète 3, la Terre, sa Terre, qu’elle a finalement perdue, tout comme son pouvoir ici qu’elle a transmis petit à petit à une locale (descendante de la première vague), Énola, qui a le pouvoir de naviguer entre plusieurs dimensions, elle n’est pas toujours là. Contrairement à Brigitte, la guide de l’ère 4, spirituelle et indépendante des politiques et des religieux mais proche du monde scientifique et technique, en pleine régression. Pour se démarquer de Greta et devenir une alternative complémentaire, elle se proclame déesse du Pôle Sud, une plaisanterie que tout le monde a fini par croire. Mais aujourd’hui, sous le soleil des Suburbs, c’est Greta que nous avons devant nous, droite et énigmatique, le regard perçant et étrange d’une neuro-différente encore imbibée de pouvoirs occultes.
- Bonjour Greta, tu es toujours aussi belle, aussi pure et aussi attrayante.
- Pas autant que ta nouvelle dulcinée, ton dernier chef d’œuvre.
Marie est intimidée, elle se cache derrière-moi pour que je la protège de l’occultisme persistant qui se dégage de ce petit bout de femme. Elles se sont déjà croisées, les élèves des Grands Chelems rencontrent toutes les autorités importantes dans tous les domaines, ça fait partie de leur formation de future haute fonctionnaire capable d’être placée à la direction de n’importe quelle institution, quel que soit le régime en place. On va au Manoir prendre le thé. J’en profite pour ramener et ranger la Bible.
- La prochaine fois, viens avec Victoria.
- Je voulais d’abord vous voir seule, vous voir seules. Avec Victoria, on s’installe sur le Port, en Principauté. C’est plus pratique, pour elle. Elle veut aller au travail à vélo. C’est faisable depuis ma maison d’armatrice. C’est pas si loin d’ici, aussi, vous y êtes les bienvenues.
Greta nous rend l’invitation sur le champ. Victoria nous attend pour nous remercier de s’être bien occupées de sa mère, Émilie. Et Marie n’a plus peur de Greta, elle est bien trop occupée à aller jouer avec Vic dans le jardin, elles se plaisent beaucoup. Pendant ce temps, en intimité, Greta me parle, trop sérieusement à mon goût. Je dois l’embrasser pour la faire taire. Ça lui plaît. À moi aussi. Je suis sûre que Marie en fait autant avec sa nouvelle copine au milieu des rosiers. On rentre aux Suburbs enchantées d’avoir flirté ensemble.
- Je ne veux que ton bonheur, Marie. Je ne peux être heureuse que si tu es heureuse. Mais sache que je t’aime, quoi qu’il arrive.
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