012 - livre à Lila
Aujourd’hui de me réveille dans la maison 44, à Laguna Beach. On est chez Greta. Elle dort. Dans les bras de Marie. Ça change. Où est Victoria ? Je vais voir sur la terrasse. Elle est en bas sur la plage, debout, droite, devant l’océan. Je connais ça. Elle fait le point. Je descends la voir et je m’arrête à son niveau sans rien dire. J’attends.
- Tu es quelqu’une de neutre, toi, Jenna. Une modèle de ta génération 4, presque 5. La 5 a échoué, pour l’instant. On est à l’arrêt dans cette civilisation en déclin. Mais c’est pas si mal. J’ai connu pire. Quand j’étais petite fille, j’étais mortelle. Mais j’ai pas eu le temps de grandir pour voir ce que ça fait. Un laser bien placé depuis l’espace, pointé sur le noyau de Gaïa et c’est parti pour une émission d’ondes à double hélices pour contrôler notre immortalité et le reste aussi. On peut tout perdre, mais pas ça.
- Quand bien même. Il nous reste l’amour. L’amour n’a qu’un désir, c’est de s’épanouir, que nous soyons mortelle ou pas, jeune ou pas. En attendant, on a tout, tant qu’on a l’essentiel. Pour moi, comme pour Greta, et maintenant pour Marie, l’essentiel est dans l’acte L. L’acte de donner notre lait. Il n’est pas que source de vie, il est bien au-delà, sacré, magique, influent, il tisse un réseau affectif et filial.
On rentre préparer le brunch. Mais comme il est encore tôt, elle me tire par le bras et m’entraîne à la salle d’eau, pour une toilette intime, rien que elle et moi. Pour se détendre. Pour s’ouvrir l’appétit.
- Moi aussi j’ai transformé mon corps, comme toi, Jenna. À l’origine je n’avais pas cette anatomie. Et je n’étais pas aussi belle. Quand on fait ça, ça fait vraiment partie de nous. C’est comme ça que j’ai pu le transmettre à Clémence. Elle n’a rien à voir avec les précédents enfants que j’ai eu avec mon ancien corps. Elle est exceptionnelle, j’en ai fait une Reine.
- Victoria, c’est toi ma Reine, ce matin.
En guise de réponse, elle promène ses mains sur moi, tout doucement, comme pour le mémoriser avant une sculpture. Je vais sûrement finir en statue quelque part dans sa Cathédrale Votre-Dame en Principauté, là où elle travaille sans relâche à l’aménagement esthétique du bâtiment. À mon tour de lui caresser chacune de ses forme, mais sans les mains, juste avec ma bouche. Il y a du chemin à faire sur cette grande belle dame. Je le ferai en plusieurs fois, je m’arrête dans un de ses plis sensible pour abréger nos ardeurs. En rentrant aux Suburbs, je remarque de la fatigue chez Marie. Il est temps de nous reposer mais Lila attend à la maison, elle a soif. Marie dort déjà, je la mets au lit et je me livre à Lila.
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