015 - au fond d'une annexe
C’est celle que j’écoute le plus. Elle le sait. C’est pour ça qu’elle est là. Toujours aussi théâtrale :
- Megan Jenna Honest Jenkins, quelle est ta destinée ?
- Ma destinée, Brigitte Misty, elle est… derrière moi.
- Bonne réponse. On s’en fout, du moment qu’on est heureuses. Pour le reste, on a l’éternité.
Elle aussi elle se cache, bien tranquille dans sa petite vie avec l’amour de sa vie, Izzy.
- Comment tu l’as rencontrée ?
- Au boulot. En sport. Sur le terrain. De Tennis. À l’époque, j’étais avec Simone. Mais il a juste fallu un duel, une rencontre, à chaque balle renvoyée sur moi je sentais son emprise. En y repensant, c’est elle qui m’a séduite.
- Et moi, tu crois que je l’ai déjà rencontrée, mon Izzy à moi ?
- Plusieurs fois sans doute, vu la collection d’aventures que tu as eu. C’est pas une nouvelle venue qui va balayer tout ça.
- Bri, tu es mon amie, ma confidente, celle que j’écoute, celle en qui j’ai une confiance aveugle, la seule qui peut me faire changer d’avis. Et toi, tu as quelqu’une comme ça ? C’est Greta ?
- Oh que non, pas du tout. J’ai quelqu’un. Il est la meilleure chose qui soit arrivée à ma détestable mère, mon beau-père adoré, le professeur Big Bang. Un vrai homme mûr de la deuxième vague, même Greta ne jure que par lui. En sciences. Il est cool. Et ma mère est beaucoup plus cool aussi depuis lui. Il la fait crier, comme jamais j’ai entendu quelqu’une crier. Là, rien que pour ça, respect.
Big est surtout le seul à avoir compris comment tout fonctionne. Notre immortalité. Notre jeunesse. On pourrait même s’arrêter de manger et de boire qu’on vivrait encore. Et personne n’est jamais morte étouffée non plus. C’est pas que technologique. C’est aussi liée à notre dimension, aux lois physiques qui s’appliquent ici et pas sur la planète précédente. Genre, rien ne tombe jamais en panne. Tout est fiable. Il n’y a pas de hasard ni de surprises. Pas d’imprévu. Genre, tout est écrit, comme du temps de la Bible. C’est pour ça que tout le monde avait peur qu’on l’arrête. Mais quand j’ai constaté que la suppression du calendrier par Paloma s’était bien passée, je me suis lancée et j’ai réussi. Plus tard, j’ai compris avec Adé que la Bible continue son chemin mais qu’on en est devenues simplement aveugles. Et libres aussi. Depuis, on peut toutes avoir notre propre vie privée sans la lire un jour au fond d’une annexe.
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