030 - nos vies à venir
Marie me fait rire, sa façon de nager, comme une enfant, qu’elle est encore. Ça l’amuse aussi, cette piscine dans le sous-sol de la Caserne.
- C’est un réservoir, pour remplir les camions au dessus.
- Il y en a assez pour éteindre le feu de nos amours.
- Au contraire, il y a des traces de philtre dans les analyses.
- Ça a dû couler d’en haut, Greta a habité ici, ça a dû défiler sec pour mouiller les fondations.
Marie me tend la main, une invitation à la rejoindre. Je plonge lui chatouiller les pieds et remonter toute en caresses jusqu’à sa bouche pour l’embrasser. L’effet du philtre est rapide.
- Jenna tes yeux brillent comme jamais.
- Je comprends maintenant cette histoire de piscine à la Maison Bleue. On devrait sortir de là. On risque l’overdose. J’ai pas besoin de ça pour t’aimer.
Elle m’embrasse et on coule. Je me sens bien. Si c’est la fin, j’en suis contente. Mourir dans les bras de mon aimée. On tombe au fond et l’eau disparaît autour de nous. Vidange express dans les eaux bénites du Jordania qui coule non loin de là. Une nouvelle eau arrive et nous ramène en haut, vers les échelles pour remonter sur la quai. Mais on reste en surface, l’une contre l’autre, nos seins se trouvent et se collent, comme avec Greta, ça vient donc de moi. J’enfonce mon gros doigt dans son ventre et je prends sa main pour qu’elle fasse de même sur moi. Nos mamelles se libèrent et on peut regagner le bord.
- Jenna, qu’est ce qui se passe ?
- Un nouvelle connexion. Pour faire circuler nos laits. Sans les boire.
On remonte sur le quai de nos destinées, main dans la main. Marie pose une main sur son ventre puis l’autre sur le mien. Je sens quelque chose bouger en moi. C’est la première fois que je ressens ça avec mon corps primaire. Enceintes, nous le sommes toutes, en latence. Désormais, moi aussi. Le système m’accepte. Malgré mes différences. Sans la magie des pouvoirs. Par les laits de Greta et Marie qui circulent en moi, en elle, en elles, nous ne faisons qu’une, entité. Les prochains bébés à naître ne pourront même plus revendiquer une vraie mère. Nous basculons dans l’ère des filles de lait et des mères porteuses, ou juste donneuses, vu que la gestation se passe surtout dans les couveuses. Greta nous a fait promettre à toutes de ne jamais mener une grossesse à terme tellement elle a souffert de le faire avec sa Mona Lisa. Elle ne le souhaite à personne. Vive la science et le bien être pour toutes et pour tous jours, toutes les journées de nos vies à venir.
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