044 - hors du temps
Le français, avec toutes ses lettres muettes, n’est pas une langue morte mais une langue fantôme, morte-vivante telle une zombie dont l’âme est absorbée par un livre, la Bible 4, toute écrite en français, qui nous racontait et qui maintenant se tait dans le silence des mediums du Vatican 4, au grand dam du Pape François 4, au profit de l’ère 4, devenue ainsi pérenne dans l’éternité de nos amours corporelles et spirituelles. Greta 4, de la maison 44, au chapitre du même nombre dans l’infini suite 8 à la forme évocatrice.
- Je ne vis plus à Laguna Beach. La Maison est vide. Je suis désormais en Principauté au bord d’un port calme, plein sud, avec ma victoire à mes côtés, bien occupée à entretenir les murs de Votre-Dame.
C’est le message qui apparaît sur le profil de Greta dans mon monoa, le Monolithe de l’Ambassade, cette boite plate faite d’écrans noirs qui éclairent notre perception de notre propre multivers social.
- Et si on avait juste changé de langue, peut-être que ça aurait suffi ? Ou alors plusieurs autres, anglais, allemand mais surtout pas latin. Ça aurait au moins repoussé le problème, à une autre génération. Qu’est ce que tu en penses, Marie ?
- Je ne suis qu’une simple fonctionnaire, loin du Vatican et du reste aussi. Une simple personne, qui n’est presque personne.
- Moi aussi je l’étais, et je ne suis même pas fonctionnaire, regarde où ça m’a menée. Je n’étais personne, j’ai même changé d’identité et voilà.
- Tu es dans aucun clan et c’est là qu’est ta place, en contact neutre avec toutes et tous. Ni plus, ni moins, ni Nord, ni Sud, juste neutre, à zéro, le repère de la calibration de notre civilisation.
On sort prendre l’air, dans le Parc Central. Marie me tient la main et me regarde avec l’autre sur son ventre, un petit sourire en coin. Elle nous visualise plus tard dans la même situation, à pousser une poussette. On n’est plus seules, Alexa est là, elle plane autour de ses mamans. Mais c’est avec tristesse et mélancolie que je me rends compte que :
- J’ai perdu mon pouvoir, de ne plus en avoir. Je vois trop de choses sans les voir ou les savoir. Mais heureusement, c’est juste avec toi.
- Non Jenna, c’est juste avec Alexa. Un instinct primaire, maternel.
- Tu vois si clair en moi, Marie, j’espère que tu es la seule.
- Je te vois juste depuis que Alexa s’est éveillée en moi.
On s’arrête devant la grotte où une cascade d’eau alimente le bassin aux poissons. Une brise nous caresse. On se réfugie dans une cabane pour boire une eau chaude florale. Ensemble elle et moi, hors du temps.
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