050 - un carré d'extases
La nuit tombe doucement sur la Principauté, étendant son voile de pourpre et d'or sur les eaux calmes du Port. La grande maison carrée, massive et intemporelle, s’illumine de l’intérieur, pulsant doucement comme un cœur vivant. Avec Marie on vient d’arriver, accueillies par Victoria et Greta, nos fidèles hôtesses. Sans surprise, Marie et Victoria s’éclipsent vers l’aile nord pour leur rituels secrets. Je ne cherche même pas à savoir ce qu’elles font, ni comment elles s’aiment. Ce qui compte, c’était ici et maintenant, avec Greta. Nous nous retrouvons dans le grand salon aux rideaux lourds et aux fauteuils profonds, nos corps compatibles s’épousent sans résistance. Nos souffles entrelacés, nos peaux chauffées par l’excitante nuit avec elle, nous nous abreuvons l’une à l’autre, échangeant gorgées lactées et soupirs tremblants. Entre deux vagues d’extase, allongées l’une contre l’autre, Greta rompt le silence.
- Tu sais, Jenna, je ne me suis jamais demandé ce que je ferais après.
Encore ivre du plaisir passé, j’ouvre les yeux et je laisse mes doigts tracer des arabesques sur la hanche de Greta qui sourit doucement, un sourire empreint d’une mélancolie qu’elle ne montre que rarement.
- Après quoi ? Il n’y a pas d’après. Notre ère est éternelle. J’en suis la garante. Pas besoin de suite. On va faire avec ce qu’on a.
Greta n’a jamais évoqué un « après ». Notre monde, ma civilisation est conçue pour durer éternellement, sans rupture, sans effondrement, c’est le but. Greta pause sa tête contre ma poitrine, elle écoute mon cœur sincère qui bat pour elle, par elle, comme le sien, pareil, en rythme.
- J’ai survécue à l’extinction de mon monde, Jenna. J’ai porté la mémoire de l’Humanité 3, je l’ai sauvée, transformée, recréée en une ère nouvelle. Et maintenant ? Et si tout ça n’était qu’un cycle de plus ? Une transition vers une autre forme d’existence, qu’on n’a même pas encore conceptualisée ?
- Non, aucune chance, pas tant que je serai là. Oublie tout ça. Je prends le relais. Profite de ton éternité, paisible, enfin. Tu l’as bien méritée. Mais qu’est ce que tu veux, toi, vraiment pour toi, au fond de toi ?
- Toi. Que tu sois toujours là, pour moi, en moi, sur moi, etc.
Alors je m’applique à lui tatouer ce souvenir de mon corps contre le sien, je la secoue à lui faire lâcher prise, que le plaisir la submerge encore et encore, je m’applique à lui faire perdre haleine et à côté les cris de nos régulières amplifient notre bonheur de partager nos ondes et nos fluides intimes qui se mélangent dans un carré d’extases.
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