052 - l'extase attendue
Elle aussi, tellement. Alors elle reste en s’offrant à nous, pour une réunion qualifiée de diplomatique entre le Vatican, la Mairie et l’Ambassade. Paloma est curieuse des changements du corps de Marie, elle soulève son chemisier et embrasse le ventre fécond comme un geste sacré de bénédiction, un baptême. Nous aussi on redécouvre Paloma, on la découvre de sa tenue stricte, presque religieuse. Elle est si calme, si douce, prudente et respectueuse, entre nos corps nus, sous nos bisous. Juste des caresses, l’ambiance n’est pas aux outils invasifs du Pôle Sud.
- J’ai vos odeurs sur ma peau. Je vais avoir des ennuis avec Gloria.
- Si elle t’insulte en allemand, c’est qu’elle tient vraiment à toi.
Mais via son mono, Gloria donne son accord et est rassurée de la savoir entre de bonnes mains avec nous, leurs ex-régulières devenues occasionnelles. On n’a pas vues la nuit venir et partir, il refait déjà jour. Petit déjeuner et confidences de notre invitée.
- Avec ou sans magie, au Vatican, tout le monde reste ancré dans son délire, de messes incantatrices en cérémonies occultes, de lectures de textes sacrés en prières silencieuses. Tout continu comme avant, sans vérité, dans le mensonge. Leur fiction est passée de la Bible à leur réalité.
- Ce genre de délire collectif peut durer un millénaire ou deux.
- Mieux vaut ne pas regarder de calendrier alors.
Paloma se résout à partir. Elle passe la grande porte de la Caserne pour jauger le monde extérieur, se retourne pour un dernier regard avant son départ et le regret de ne pas pouvoir rester pour un autre gros câlin. Donc, Paloma maîtrise le monde spirituel au Vatican, Brigitte contrôle affectivement les ardeurs scientifiques de son beau-père alors je refuse l’invitation du Parlement Bleu qui veut me voir encore spectatrice de leur théâtre ennuyeux. La politique, ça se joue en dehors de leur Assemblée, loin des démarches administratives. Je vais me ressourcer en Principauté chez Greta qui entre deux gorgées me conseille :
- Pour rester soi-même, il faut se protéger des événements extérieurs. Les contrer par des expériences intérieures. Comme la nôtre. Contre toi je me sens bien plus vivante que debout et dehors à parler à une foule. C’est ici que ça se joue, en peau à peau, en bouche à sein, on se nourrit l’une de l’autre, on communie, on relie nos ventres, on n’est plus qu’une seule entité intime et absolue où par nos corps nos esprits s’évanouissent dans notre âme commune en jouissance d’exister.
Alors on se tortille l’une contre l’autre pour provoquer l’extase attendue.
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