062 - son absence
Mona Lisa, une enfant dans mes bras, bien sage, presque endormie, les yeux fermés, ses mains ouvertes posées sur mon sein qu’elle titille de sa langue pour le réveiller. Quand elle finit par m’absorber, je la ressens en moi, la petite fille audacieuse est à l’aise, elle a connu des situations bien plus intimes avec ses copines. Rassasiée, elle ouvre ses grands yeux bleus pour me regarder avec sa bouche blanche de mon lait. Je passe mon doigt sur ses lèvres pour en enlever la trace et je le laisse sur sa bouche comme pour lui dire « chut », comme si cet instant partagé doit rester un secret entre nous. Elle attrape ma main qu’elle pose sur sa joue comme pour faire un câlin d’affection et de reconnaissance. En attendant, ça rigole bien à côté. Alors en attendant, Mona me suit en cuisine pour m’aider à préparer des gourmandises chaudes et sucrées. Je n’en reviens pas. La fille de Greta est maintenant ma fille de lait. Mona aussi réalise et se confie à moi qui suit maintenant devenue une proche intime, presque de la famille.
- Maman m’aime plus que Isa Love. Avec moi, elle a accepté de me garder en elle jusqu’au bout et de souffrir pour me faire naître. À l’ancienne. De façon primaire. Comme toi, tu es primaire. Raconte moi.
- Avant j’étais plus grande et plus grosse, une jolie blonde anglophone, cousine royale réfugiée de la deuxième vague. Grâce à ta mère, Aline et Aurélie, ma grand-mère a pu les accompagner dans le voyage vers la planète 4. Et me voilà en héritière maladroite, en bonne jeune fille de l’Ouest, avec une scolarité difficile, traumatisante, au point de faire autre chose de ma vie, perdue dans un autre monde fait de fictions utopiques. Au final, j’ai décidé de tout reprendre à zéro, à commencer par mon corps, ensuite par mon nom et ma formation. À zéro. Pour maintenant diriger une institution en forme de zéro, un lieu nul et neutre, comme moi, basique, primaire, vraie. Je suis devenue une héroïne anonyme et sans pouvoirs, c’est ma plus grande force. Alors toi, ne te sens pas prisonnière de ton destin ou de ta lignée, parce que tu as le choix, j’en suis la preuve vivante de ne pas être une légende et mon lait s’en souviendra à toi, en toi, tu es libre Mona, tu es toi, tu me bois, quand tu veux, ou tu veux, je suis à toi, tu n’es plus seule, je suis là, ta maman de lait.
Et on s’endort, sieste réparatrice. Je suis réveillée par la porte qui s’ouvre. Je vais voir. C’est Cendrine. Elle réapparaît enfin. Je suis soulagée. Elle est partie faire la tournée de certains de ses laboratoires clandestins. Incognita. Personne ne s’est aperçue de son absence.
Annotations