063 - encore en bouche
À un moment, j’ai eu peur, d’avoir imaginé son personnage, Cendrine. Mais non, elle est bien là, devant moi. Sûrement un effet secondaire de ses drogues. Je me demande si elle va rester. J’attends qu’elle en parle en première :
- Salut Jenna. Vous avez de la visite ?
- Greta, elle est venue avec sa fille, Mona Lisa. Merci, d’être revenue.
- Je ne partirai plus. J’ai fermé mes derniers labos. Fini la maintenance.
- Tu vas pouvoir survivre sans toutes tes drogues ?
- J’ai pas mal de stock, de quoi tenir une ère ou deux.
On passe en cuisine, elle m’aide à faire la vaisselle. Ça nous permet de discuter, de nous reconnecter. On s’était dit adieu, en secret, au cas où.
- On ne t’attendais plus. Qu’est ce qui te fait revenir ?
- C’est la première fois que j’éprouve un manque non lié aux substances.
- Tu es liée à mon lait, c’est une substance aussi. D’un autre genre.
- Oui, mais c’est toi qui me manque. Tu es d’un autre genre aussi.
- Je suis ton genre. Tu es mon genre aussi. Et plein de femmes de ton genre ont envahi mon Ambassade, des reprises de justice, des bannies, tu es leur porte drapeau, la preuve d’une réhabilitation possible, rédemption, miséricorde, si la religion était encore de la partie. À propose de spiritualité, Greta veut te voir. Vous avez des conflits d’intérêts ?
- On est concurrentes sur les Philtres. Les siens sont bien meilleurs.
- Ne te sous-estime pas, vous n’êtes pas sur la même posologie.
- En fait, je reviens aussi pour Marie. Elle est coincée avec elle ?
Mais moi je suis disponible. Je vérifie que Mona dort bien avant de suivre Cendrine dans sa chambre d’amie, intime, ouverte sur le firmament. Je m’approche d’elle et je la touche enfin. Elle est bien là, en vrai. Je l’embrasse pour vérifier son goût. Je l’aide à enlever sa robe blanche pour lécher sa peau. Ça la chatouille, elle rit. Je la chérie. Parce que je sais qu’au moindre problème, elle peut disparaître à tout jamais, comme une fantôme qui s’échappe dans une autre dimension. Elle n’est pas de celles qui se laissent attraper. Et l’Octogone la traque. Sauf que, tant qu’elle est avec moi, elle ne risque rien. Comme toutes celles réfugiées dans mon ambassade. La bouche de Cendrine sur mon sein me réveille au début de la nuit. Il n’y a aucun bruit dans la Caserne. Greta et Mona sont reparties. Marie prépare le souper en cuisine. Pour nous trois. Ravies de se retrouver. Cendrine embrasse Marie en laissant sur ses lèvres les traces blanches de mon lait qu’elle a encore en bouche.
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