067 - pour une prière
Je ne vais plus à l’Ambassade Universelle parce qu’on est en temps de Paix éternelle. Je n’ai rien à faire non plus et surtout au Parlement Bleu où les débats sonnent faux dans leur théâtre de fiction politique. C’est ma façon de faire, c’est ma manière d’être. Je n’ai aucune déclaration officielle à faire sur l’une ou l’autre, je renvois tout à Ariana, la pauvre, mais elle assure, elle joue son rôle, avec talent et efficacité. Elle me préserve. Je lui dois beaucoup. Alors je lui donne tous les pouvoirs. Elle est fiable comme une queue de promo du Grand Chelem. C’est Brigitte qui m’a apprise à voir les choses ainsi. L’excellence est corrompue par les critères qui la définissent. On est bien au-dessus de tout ça, bien en dessous plutôt. L’avis des unes ou des autres, leurs propos même, on s’en fiche. Seuls comptent les faits. C’est ce que je raconte à Dana qui n’a plus qu’à faire son travail de surveillance des soient-disantes menaces des ex-bannies lâchées dans la nature. Notre civilisation n’a qu’à faire face à elle-même, bordel ! La prochaine qui me fait chier je lui envoie un missile en pleine gueule. Je ricanne à voix haute de ma pensée basse. En attendant, oubliez-moi, je m’isole dans ma Caserne, mon paradis, là où je vis avec Cendrine et Marie. Je monte sur le toit pour crier ma frustration, faire sortir la rage qui est en moi. Stop, ça suffit. Cendrine inquiète, me rejoint sur le toit et je me jette dans ses bras pour pleurer et me faire consoler.
- Je ne comprends pas moi non plus, Jenna. Je n’ai rien à voir avec les bannies. Elles, n’ont rien fait. Moi je suis coupable.
- Tu ne peux plus l’être, tous tes labos sont fermés. Et pour le reste, les lois, ça se change, regarde ce qu’il se passe au Parlement Bleu. C’est à cette endroit là que se sont décidées une dizaine de guerres. Mais cette fois-ci, si ça se remet à déconner, la Reine est là.
- Tu te débrouilles bien pour une apolitique anonyme.
- C’est justement grâce à ce statut que je ne peux pas me tromper.
Cendrine me soulève, me porte dans ses bras, m’embrasse et on redescend à l’abri, chez nous, dans notre foyer refuge de privilégiées protégées de l’extérieur. Je me calme, sans artifices, juste par sa présence, son contact. Elle me tient contre elle, je ne touche pas le sol, son regard dans le mien comme une couverture, une mère. Drôle de sensation, je suis en l’air, je suis en elle, elle est ma navette. On se pose dans le grand fauteuil. Je suis en position de bébé contre sa maman, ma main sous son crop top pour caresser son petit sein ferme qui pointe. Je le dégage pour y poser mes lèvres et ma langue le caresse, je ferme les yeux pour une prière.
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