075 - arrivées à destination
À la Gare, Bri m’invite à rentrer dans le wagon.
- La ligne est ouverte jusqu’à Sylvania. On va y aller doucement.
D’après le plan inscrit au dessus de la porte, on peut aller jusqu’au Port de l’Est. En fait, sa gare à Laguna City n’est qu’un terminus. À Sylvania, un trajet va vers le Sud, en Principauté sans doute, en passant par le Village.
- Tu me ramène chez moi alors. C’était chez toi aussi, avant, Sylvania.
- Ouais, le Tennis Club. Mais j’ai toujours été une fille de l’Ouest.
- Moi aussi. Nous voilà bien.
À peine le wagon en mouvement, nos vêtements disparaissent comme une évidence. Nos corps s’effleurent, se découvrent encore, comme si c’était la première fois, et pourtant, on sait déjà exactement où s’abandonner. Brigitte me prend dans ses bras et me guide contre la banquette de velours. Son lait perle déjà de ses seins gonflés, et quand mes lèvres s’y posent, une saveur familière envahit ma bouche. Izzy. Son goût est là, imprégné en Brigitte, comme une mémoire vivante qui se transmet. Bri s’explique :
- Ton lait m’a transformée par tous les bouts. Laisse-moi encore me rassasier de ta poitrine sacrée.
Nous nous buvons mutuellement, échangeons nos essences, nos goûts, nos identités fluides qui se fondent dans l’extase de nos langues et de nos ventres. Entre deux gémissements, Brigitte murmure :
- Ça se stabilise, Jenna. Tout. L’ère. Nous. Chacune trouve sa place.
Elle caresse mon visage, son regard humide d’une tendresse infinie et entre deux cris elle poursuit son discours :
- Clémence règne avec plus de douceur. Énola veille sur les mystères. Rachelle contrôle l’ordre. Greta garde l’équilibre. Et toi…
Sa voix se brise. Tous mes doigts sont en elles.
- Toi, tu es ce qu’il y a de plus belle.
Ses larmes coulent, éclatent sur ma poitrine. Je monte à son visage les recueillir avec ma langue, je les bois comme on boirait un dernier aveu à sortir de sa bouche pulpeuse, essoufflée, vivante et prophétique :
- Je t’aime, Jenna…
Elle s’effondre dans mes bras, tremblante, et je la berce, sa peau moite de sueur et chauffée de nos fièvres mêlées comme l’ensemble de nos fluides même les plus profonds. Une petite cloche nous ramène à la raison, nous sommes arrivées à destination.
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