080 - ma fonctionnaire préférée
Edwige me laisse la place auprès de Marie. Edwige m’évite, elle plane comme une fantôme dans la Caserne. Je la soupçonne de faire des cérémonies occultes. Même sa chambre ressemble maintenant à une grotte où elle a l’air de disparaître. J’évite de m’y aventurer, on sait jamais, c’est peut-être un piège. Les bannies sont méfiantes de nature, j’ai bien connu ça avec Gloria et Onélia qui n’étaient pas accessibles au premier abord. Avec Edwige, je suis moins audacieuse. Je ne sais pas si je veux vraiment la connaître. Depuis qu’elle est là je ne suis plus que doute, je me conjugue à l’imparfaite face à la perfection même qu’est ma Marie rieuse et épanouie que je surprends aussi à la prière. La Bible est figée dans ses pages mais la Foi continue de se propager dans les âmes ouvertes à la spiritualité, l’essence même de notre Humanité. Finalement, le Pape François peut sécher ses larmes et il y a assez de Sœurs et de Clarisses pour officier, recueillir et orienter les esprits dans leurs corps et les corps dans les esprits. Edwige agit dans mon ombre, elle s’efface à ma vie comme je m’efface à la civilisation. Si je ne me concentrais pas sur elle, je pense que je ne saurais même pas qu’elle existe. Je m’en assure auprès de Marie qui me dit :
- Elle existe, elle est là mais elle a l’air absente, c’est vrai. C’est plus que comportemental, c’est dans sa nature. Elle est neuro-différente. Peut-être une névrose ou un trauma, voire les trois en plus de sa Foi.
- Une vraie sorcière, quoi. Une exorciste. Une mage. J’ai même déjà oublié pourquoi elle est là, si elle est vraiment là. Pour toi. Pour Alexa.
- Pour le mythe, la légende, Alexa est bien encore loin dans le temps.
Mais nous on est là, ensemble, maintenant, au contact, Marie et moi. Elle dans son monde de druides, moi avec mes pôles et Énola. Marie et moi sous le même toit, le nôtre, pour l’instant. Elle fait le bilan.
- Je vais à la Mairie autant que toi à l’Ambassade. J’aime bien Edwige, ce qu’elle me propose. Elle a l’air fascinée aussi, on me surnommait la vierge Marie dans ma promo alors… Elle est au courant de tout. Elle me connaît. Elle nous connaît. Elle est de notre côté. Tout va bien.
Et son corps glisse sur le mien, je me retrouve entre ses seins, sa chaleur, son odeur, ses gestes à elle, ses positions préférées, ses longs baisers langoureux, tout un langage, un partage, de fluides et d’émotions. Elle est à moi, je suis à elle, on s’appartient et rien ne nous sépare malgré les événements et les personnes qui gravitent intimement autour de nous. Marie a su canaliser Paloma pendant longtemps, c’est à mon tour de profiter de ses compétences et de ses services, ma fonctionnaire préférée.
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