087 - peuple de bannies
On a du temps devant nous. Marielle est au travail au Parlement. Énola m’invite dans sa couche vacante et encore chaude de leurs ébats.
- Tu nous enchaînes l’une après l’autre, sans véritable pause.
- C’est la continuité de l’amour dans notre ère en Paix où l’on glisse d’un corps à l’autre pour varier les plaisirs de la chair. Je t’offre mon corps, frontière ouverte, explore-le, installe-toi dedans.
Elle s’étale nue, les bras en croix, les jambes écartées et commence à méditer ou s’endormir, voire les deux. Mes mains, mon visage et mon ventre glissent sur sa peau, de bas en haut avec des escales aux points chauds que je stimule et que je goûte jusqu’à plonger dans son cou, sous sa chevelure pour tortiller le reste de mon corps sur elle. Ma main découvre un brisim sous l’oreiller. Je le descends en nous pour nous connecter et plonger dans le monde des rêves éveillés de l’extase intérieure qui unit et fait vibrer nos corps, nos cœurs, nos esprits et nos âmes. Nos poitrines se cherchent et se connectent aussi l’une à l’autre pour équilibrer leurs volumes dans une douleur sourde et chaude, on partage nos laits qui fusionnent dans nos seins qui ne font plus qu’un. Je suis en elle, elle est en moi, nous nous nourrissons l’une de l’autre dans le partage du territoire de nos corps intimes et profonds, hors de l’espace et du temps. C’est Marielle qui en rentrant nous sépare en s’installant entre nous pour étancher sa soif d’abord sur elle, ensuite sur moi. Elle m’entraîne ensuite en salle d’eau, laissant Énola gémir dans son monde de luxures. Toilette. Habillage. Coiffure. Son visage posé sur mon épaule face au miroir elle se confie.
- Toi tu as osé aller plus loin que moi, dans ta transformation.
- C’est pas du courage. Juste une nécessité, primaire. Reste comme tu es Marielle. Tu es parfaite ainsi. Avec Énola la femme parfaite. Comme moi avec Marie ta petite-fille parfaite, comme toi mamie Marielle.
Je ne sais plus où j’habite, je dois me concentrer pour me rappeler que c’est à la Caserne. J’ai besoin de sommeil. Je me prépare un thé et je prends des lunettes de soleil pour aller m’étendre sur un transat sur le toit, bien au milieu du revêtement noir qui chauffe l’air stagnant à l’abri des hauts murs. Sous une couverture, face au cosmos, ma conscience s’efface dans une grande respiration. La dernière ? Non, si je disparais, tout va partir en vrille. Je me redresse pour respirer. Le fait de la revoir, ma gloire me manque. Gloria. Pourquoi elle et pas une autre avant ou après ? C’est pour elle que j’ai fait tout ça, refaire le lycée dès notre rencontre, changer de nom, réhabiliter son peuple de bannies.
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